CHAPITRE XIII
LEÇONS P1UTI0UBS BB LÀ TANTB ROUBBRT. — HISTOIBE Dl M. LB MARQUIS BB NIHIL BT DB SA SŒUR» MADEMOISBLLB m NIHILBTTB. — PROMBNABB D'HIYBR.
Notre nouveau genre de vie avait , comme je l'ai dit» ramené ii notre foyer mon père et la tante Roubert. Tous deux avaient repris, dans notre intérieur, le rôle du chœur dans les tragédies antiques : mon père était la voix poétique de la sagesse ; madame Roubert la voix plaisante du bon sens.
Elle trouva un jour Marcelle qui faisait lire à Claire et k Léon une historiette remplie de détails rustiques qu'elle s'efforçait de commenter pour leur instruction; la vieille tante laissa aller jusqu*au bout ; mais , quand le livre fut refermé et le couple d'enfants parti, elle interroinpit brusquement son tricot.
— Tu veux donc apprendre tout k tes enfants ? demanda* t-elle.
— Nullement, répliqua Marcelle; mais je ne veux pas que le monde soit pour eux une série d'hiéroglyphes dont
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ils chercheront en vain le sens. Il Tant qu'ils comprennent ce<\iit se Tait dans la société oh ils vivent, qu'ils connais- Gent la part de travail de chacun, aSn qu'ifg en sentent l'utilité cl qa'ils s'en montrent reconnaissants.
— Très-bien, reprit madame Ronbert; mus veux-tu ({ue je le dise... Il me semble que tu t'y prends comme un manchot ù. ramer des pois.
— En quoi donc?
— En ce que tu te donnes beaucoup de mouvement pour rien. Que signifle toute cette histoire oii l'on raconte à tes gcrants ce que c'est qu'une charrue ; comment on rouit le ehaiivre, et le moyen de faire des fromages mous? Gage qu'ils n'y ont pas compris un mot, malgré tes planches de dessins et les petits hon^mmes?
— Ils saiwNffltmietfxi'une seconde lecture.
— C'oî-tiiMittle; je me charge de leur enseigner tout ctla du manière k ea restontrer ii l'auteur du livre.
— Ed leur expliquant?
— Non, en leur toontrantl Ta gais qrte je n'ai guère lu, Djoi Du mon temps, la bibliothèque d'une femme de ménage se composait (te la Journée du Chrétien, du Parfait Cuisinier, et d'an Recueil de Chantons. Mais on apprenait ce que IcsimprîmésD'enseignerontjaamis: à regarder! Maintenant vous renfermez tout eo volumes et dans de petites boîtes ; on met le monde aous verre pour les enfants; on leur apprend à jouer au petit ménage avec la création! Conduisez-les platdt la voir! Montrez-leur la charrue dans le nlIoD, le chanvre à la mare et la laitière
èTéiabie. Ce sera bien plussimple, vois-tu, et, selon moD idée^plns cbréiien;car les livres sontrouvragedeshom^ mes, au lien qae les choses soot Tenvrage dn bon Dtea !
Le premier jour de congé, madame Roubert tint sa promesse; elle vint chercher ks enâmts, et partit a^ec^ix pour la ferme qui lui fournissait son beurre el son lait
Kous pûmes juger, le soir même, par tout ee kjaq bous racontèrent les enfants, du résultat de cette première excursion dans le monde pratique. Léon avait essayé à labourer sous la directiom du fermier; Claire eommençiél à savoir iiaire, et tous deux avaient tu fitire les meules de -fr^ ment et battre lavoiae.
La tante avait réussi àa^er leur attention sur ce qu'ils avaient ap^çu par un conte ipi'ils répétèrent plusi^rs fois en se reprenant et se complétant Tun l'autre.
C'était rhisloire de M. le marquis de Nihil et de sa sœur, tous deux élevés Bellement h se rien faire, si ce n'est àe la tapisserie et des nœuds d'épée.
Or M. le marquis de NiUl et mademoiselle de Nibiletto ayant atteint quatorze et quinze ans fiirant conduits loin de Paris, au ehàtieau de leur Mmr^ car tous deux étaient orpbelins. Comme c'était la première fois qu'ils ap^ce* valent la campagne., iis fiment bien smrpris de voir des routes sans pavés, des terres oii Ton cultivait autre chose que des tulipes^ des moutons qu'on ne conduisait point par des rubans roses, et des arbres qu'on n'avait pas taillés en forniâ de perruques.
Jilais ce fut un bien, autre émerveillement quanU ils ar«
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rivèrent chez leur tuteur, oh ils apprirent qa*U (allait semer du blé pour manger des pains mollets , qu on n'avait point de lait sans herbe et que le vin ne coulait pas des ceps de vigne ii la clef, comme il coule du tonneau. Tous deux se promenaient avec stupéfaction au milieu des grandes prairies que n'encadrait aucune balustrade de fer, el[ le long d'une belle rivière où il n'y avait ni quais ni boutiques.
Us arrivèrent ainsi un matin, en se communiquant leurs réflexions, jusqu'au bord d'une petite crique dans laquelle flottait une jolie barque verte dont l'avant se courbait en cou de cygne. Le marquis de Nihil , qui se rappelait avoir passé la Seine, au-dessus de Saint-Cloud , dans un bateau presque pareil, y entra sans balancer, et mademoiselle de Nihilette le suivit, par respect pour son atné. Mais le canot était mal attaché à la rive, la secousse délia la corde, et voilà qu'il se mit à descendre la rivière avec le courant.
Yous devinez l'étonnement et l'eSroi de M. de Nihil et de mademoiselle de Nihilette I Celle-ci se mit à crier, comme c'était son habitude, toutes les fois que les choses n'allaient pas à sa fantaisie, et le marquis mit la main à la garde de son épée comme devait le faire , lui avait-on dit, tout gentilhomme contrarié ; mais, voyant que la barque n'en descendait pas moins au fil de Teau, il se décida à prendre de préférence un aviron qu'il aperçut sur les bancs.
Par malheur, M. le marquis de Nihil, qui connaissait très^bien le blason et qui dansait le menuet dans la perfec-
lion, ne savait point de quel cAté prendre une rame ; aussi toutes ses tentatives, furent inutiles. Il ne réussit qu'à faire tourner deux ou trois fois le bateau sur lui-même et à le conduire au milieu du courant.
Celui-ci les emporta alors plus rapidement , et , comme la rivière s'élargissait , ils perdirent tout à fait Tespoir d'obtenir du secours de Tune des rives.
M. le marquis se borna donc à laisser là sa rame et à s'asseoir à l'avant de la barque, l'air triste et penaud, tandis que mademoiselle de Nihilette continuait de pleurer à Tarriëre, pour faire quelque chose.
Ils arrivèrent ainsi à une grande tle qui divisait la rivière en deux bras, et, comme la barque s'arrêta dans les saules, ils furent naturellement portés à terre, oh tous de^ sautèrent, à leur grand contentement.
Après avoir attaché la corde du bateau à un arbre , ils , se mirent à parcourir l'Ile dans l'espoir d'y trouver un bureau de poste où ils pourraient écrire à leur tuteur de les envoyer chercher ; mais ils en firent le tour sans rencontrer autre chose que des troupeaux de vaches et de brebis, des poules qui picoraient dans l'herbe, et une maison où il n'y avait personne.
Tous deux furent persuadés qu'ils venaient d'aborder une tle déserte, comme celles qu'avait autrefois visitées le capitaine Cook, et qu'ils étaient condamnés à y vivre sans autre ressource que leur génie.
Cette perspective épouvanta mademoiselle de Nihilette ; mais M. le marquis, jaloux de soutenir l'honneur de son
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nom, montra plus de courage et s'efforça de la rassurer.
— Ne vous désespérez point trop , mademoiselle ma sœur, dit-il gravement à la jeune pensionnaire ; j'ai quelque idée qu'avec de la patience et de l'industrie nous ponrroos pourvoir à notre subsistance. Ces vaches doivent four* nir le lait en abondance ; il est probable que les poules de cette ile pondent à peu près comme celles des pays civilisés, et j'ai aperçu dans la maison abandonnée un sac de cette farine blanche avec laquelle la gouvernante de notre tuteur prétend qu'on peut £aiire du pain. Voyons donc à profiter de ces misérables ressources , et ne balançons pas à BOUS servir nous-mêmes, puisque les valets et les servantes sont restés au château.
Mademoiselle de Nihilette tomba d^àccord que c'était le seul parti à prendre ; mais, quand il&IIut en venir à Fexécution, on ne pouvait avoir de lait des vaches sans les traire, et, outre qu'aucun d'eux ne savait Comment s'y prendre, ces grandes bétes cornues les épouvantaient. Cependlsint U. le marquis finit par faire de nécessité courage ; 3 tira résolument son épée à poignée d'acier, s'avança vers la vache la plus rapprochée, et la menaça de mort si elle refusait de livrer son lait; mais la vache tourna tranquillement sur lui son regard doux et absorbé en continuant à ruminer; si bien que M. de Nihil fut obligé de remettre son épée au fourreau.
11 ne fut pas plus heureux avec les poules, qui s'éparpiFlèrent en gloussant à son approche.
Quanta mademoiselle de Nihilette, qui était entrée dansia
maison, elle allait de la porte à la fenêtre sans plus de siio eès. Elle avait bien retrouvé le sac de farine aperçu par son frère, mais elle ignorait comment on pouvait eo faire da pain ; elle voyait bien un large quartier de lard fumé so^h pendu à la poutre, mais elle se demandait ce que ce pouvait être. Le foyer était d'ailleurs refroidi, et elle ne connaissait d'autre moyen de rallnmer les feux éteints que d'appeler sa mie Catherine.
Pendant ce temps , les heures s'écoulj^ient et la faim de faisait sentir. M. le marquis commençait k avoir une moue piteuse qui nuisait singulièrement à sa dignité, tandis que mademoiselle deNihilette s'était remise à plem'er etàsemoo^ cher, ce qui, dans les drconstancesdifEk^iles, était, comme nous l'avons déjà dit , sa ressource ordinaire. Enfin I« grand jour commençait à tomber; tous deux sortirent d« la maison, comme le loup sort du bois, et recommencèrent à chercher quelque chose qui pôt se manger.
Us aperçurent bien des noyers et des chàtaigners char^ gés de fruits ; mais les châtaignes étaient cachées dans leurs envetoppes hérissées et les noix dans leurs coques vertes , de sorte qu'ils ne purent les reconnaître ; leur ré- Cfdte se borna à quelques morises lfi»bées que les pouîles s'occupaient à picota ei qu'ils leur disputèrent.
Us achevaient ce repas d'anachor^ lorsqu'ui^ exclar tnation poussée derrière eu leur fit retourner la tête. Pltt* sieurs hommes et plusieurs femmes venaient de débarquer à quelques pas : c'étaient les fermiers de Ttle, qui arrivaieni de <x)&per les loins sur les praffies de la grande terre.
H. le marquis de Nihil leur raconta son aventure, et, malgré leur respect, deux ou trois fois ils éclatèrent de rire ; mais ils méritèrent bien vite leur pardon pour cette irrévérence en reconduisant le frère ^t la sœur à la ferme^ où la maltresse du logis leur servit un excellent goûter, uniquement composé de ce que renfermait l'Ile, leur prouvant que, jjowr pro/î^er des ressources t it ne suffisait pas de les avoir y mais qu'il fallaU encore avoir appris à les connattre et à s'en servir.
Cette historiette , racontée bien plus au long par la grand'tante, avec force âneries de M. de Nihil et de mademoiselle de Nihilette, avait excité les enfants à tout regar- , der et à tout comprendre. Ils ne voulaient pas se trouver, le cas échéant , dans la position de M. le marquis ni de sa sœur ; ils y mirent leur point d'honneur. Il fallut les initier àlous les détails de la ferme, leur en expliquer tes travaux, leur montrer ses richesses.
Cette seule excursion les avait plus instruits que tous les petits traités pratiques dont nous les avions jusqu'alors fatigués. Je remerciai vivement madame Roubert, qui pro* mit de n'en point rester là.
Elle voulait les conduire aux moulins de la vallée, chez les forgerons des faubourgs, à la fabrique de papier d'un de nos parents , partout enfin où s'accomplissait quelqu'une de ces transformations de la matière qui sont en même temps la tâche de l'homme, son encouragement et sa gloire. Elle sentait instinctivement, sans chercher à l'expliquer, que la véritable école de l'enfant était là , au milieu de U
sainte et grande bataille de l'industrie humaine contre les forces brutes de la nature. Destiné par Dieu à devenir un soldat du travail, il doit s'y aguerrir dès ses jeunes ai^nées, s'accoutumer à l'action , prendre le pas de l'humanité en marche , et concourir, pour sa part; à cette conquête jamais achevée de l'héritage d'Adam.
En même temps que ces enseignements développaient le sens pratique de Léon et de Claire, je m'efforçais d'éveiller leur sens religieux ; quand leurs yeux s'étaient arrêtés quelque temps sur les œuvres de l'intelligence, je tâchais de les fixer plus haut sur l'œuvre divine.
Nos promenades m*en fournissaient de continuelles occasions. Je leur montrais la verdure en fleurs, les moissons, les troupeaux, source éternelle de vie qui coule toujours et ne s'épuise jamais; je leur faisais sentir cette palpitation qui vibre derrière, toute chose et annonce une puissance cachée; j'ouvrais leur cœur à une reconnaissance attendrie devant ce merveilleux spectacle dont nous devenons le centre partout.
Mais tous deux ne comprenaient qu'à demi. Encore noyés dans ces limbes de l'enfance où l'intelligence n'est qu'un, crépuscule, et où Têtre ne se dégage qu'à moitié de la matière, ils ressemblaient à des statues dégrossies, dont la tête déjà ébauchée commence à refléter une âme. tandis que le reste du corps demeure enseveli dans le bloc : ce n'était que lentement, à force de soins et de patience, que ce voile grossier pouvait tomber pièce à pièce et faire sortir du rocher" deux êtres complets.
47i LE UÉUOBIAL DB FAMILLE.
Nous étions entrés dans un hiver triste el Troid qui avait retenu Claire et Léon, pendant plusieurs gemaines, au logis. Voyant ua matin que la neige avait cessé de tomber, et que de pâles lueurs entr'ouvraient par instants le ciel grisâtre, je me décidai à sortir avec eus.
Nous suivîmes des rues humides pour atteindre la campf^^nc qui était blanche et déserte. Les maisons couvertes de neige bosselaient çà et Ik le vallon, i peine reconnais' salilus aux légers flocons de fumée qui s'en échappaient. La Ii:rre des sentiers où nous marchions était durcie p» la geli'i^; un vent âpre, qui venait des montagnes, nous coupait le visage, et les ouvertures lumineuses que j'avais reraari [nées dans le ciel s'étaient déjà refermées ; tout y avait pris la teinte rigide de l'acier.
Les deux enfants, souffrant du flroid et glissant & chaque pns, me suivaient assez tristement; leurs regards ne renroTiIraient de tous côtés que solitude et aridité. De grands arbres étendaient çà et là leurs rameaux dépouillés comme des membres desséchés ; les pointes du roc perçaient seules le suaire blanc dont la terre était enveloppée; ou n'entcodait aucun bruit dans le paysage mort et glacél
Nou» arrivâmes ainsi, presque sans parler, jusqu'à des piorîÈres abandonnées. La plaie les avait transformées en ùiaugs dont la surface gelée formait alors un miroir rabolL'ux et trouble, sur lequel nous aperçûmes le cadavre d'un cheval à demi dépecé par les bêtes fauves ou les oiseaux de proie. Ses cdtes décharnées laissaient passer le jour; la neige avait rempli la cavité des yeux, et ses deaU
cénudées sein^blàient se serrer «acore convulsiveirent
Claire recula en poussant un cri; Léon se contenta de . s'arrêter; mais ses yeux demeurèrent fixés sur les restes du noble animal avec une pitié mêlée d'hOTreur.
— Ailons-nous-eB, dit Claire, qui prit la main de son frère et voulut l'entraîner loin de la pierrière.
Mais celui-ci résista. Évidemment ce spL'il y avait de hideux dans ce speeiacle le iTmhhii et le retenait en même temps ; il éprouvait «ne curiosité combattue de dégoût , Apres m'avôir interrogé sur les causes probables de la mMt du cheval , pixis suf les mcHifs qui avaient pu laire traosporter s(Mi cadavre daais la vieille pierrière, il jeta un dernier regard à cette carcasse à demi dépouillée, et se remît esi marche la t^te basse.
Quelque triste réflexion le préoccispait visièlemeni; après un assez long silence, je lui demaniiaî à quoi il pensait.
— Je pense à la mort, dit-il ©a releva»t les yeux. Poui^ quoi Dieu qui nous aime a-t-il lût la mort? Pourquoi a-t-il fait rhiver? Vois comme tout est trisie autour de nous! Ces arbres noirs et sans feuilles, ce pauvre cheval dont se nom^' rissent les corbeaux, je no puis les voir sans me d^aander : c A quoi boa? »
— C'est-k-dipe que tu veux juger ics desseins soprêmes, répliquai-je doucement ; c'est «ne infirmité onliaafre k tous les hommes gramds ou petits; mais ne Tois4ii dœc pis ffOQ partout la cause preauère t'échappe? Comprends-tu siieux ce (pu te plaît que ce ^ te déplait? L'inoonnu mn»
enveloppe ; notre rôle devant Dieu n'est pas de juger, inaig d'accepter. Sais-ta mieux, dis-moi, pourquoi chaque chose vit que pourquoi elle meurt? Est-tu sûr seulement qu'elle meurt? Le monde, qni te paraît un cimetière de générations entassées poussière sur poussière, n'est en réalité qu'un laboratoire divin où tout se transforme sans cesse et se renouvelle. Les feuilles tombées de ces arbres, la chair arrachée à ce cadavre ne sont point anéanties ; elles sont mêlées à une nouvelle vie : celles-là ont formé la sève qui s'amasse dans les plantes; celle-ci le sang qui circule dans les oiseaux de proie. Rien ne périt dans l'œuvre de Dieu, mais tout change de forme, tout va emporté par le fleuve de vie dont nous ne sommes que d'imperceptibles atomes. Tu as vu, pe: dant les chaudes journées de Tété, l'eau s'élever en vapei.r et le lac décroître entre ses berges. Pour le poisson qui habite son lit à demi desséché, Tonde n'existe plus, elle a pari ; mais pour toi, qui vois plus loin, elle s'est seulement condensée en nuages que le vent emporte, qui iront répandre loin de là ces ondées de pluie dont la terre sera fécondée, puis retourneront aux ruisseaux souterrains qui entretiennent le lac lui-même, et lui ramèneront ainsi l'eau que le soleil lui avait empruntée. Ceci n'est qu'un exemple; l'histoire du lac est celle de la création entière. Tout y obéit aux lois de la transformation établie par le souverain Maître; tout ce que renferme la terre et le ciel devient agent de sa volonté. Nous sommes devant cette immense machine comme toi-même, l'autre jour, devani celle de la filature qui mettait tout en mouvement. Noud
ne pouvons en comprendre rensemble, mais nous voyons le résultat, et il suffit pour nous prouver la suprême intelligence qui préside. Plus tard, quand chaque observar tion nouvelle viendra confirmer ce que je t'ai dit, tu en sentiras mieux Fimportance. Uhorreur de la mort s'amoindrira pour toi, parce que tu sauras qu'elle n'est qu'une apparence : la séparation de ce qui appartient au monde visible et de ce qui appartient à Dieu. Alors aussi la vue de cette grande œuvre du Créateur, loin de t'attrister dans ses détails, te sera un apaisement et une consolation; tu te laisseras emporter sans résistance dans ie flot de vie ; ta personnalité s'amoindrira au milieu de son immensité; mieux convaincu de ce que ton existence a de-transitoire, tu accepteras plus tranquillement ses épreuves... Mais je m'aperçois que je ne parle plus pour toi, je parle pour moimême ; en te répondant je me suis laissé aller à un monologue.... Tâche de te rappeler ce que tu as pu comprendre ; le reste s'éclaircira plus tard. Il en est des idées comme des semences: beaucoup tombent là où il n'y a pas encore de terre et dorment longtemps stériles; mais à la longue quelques grains de poussière peuvent la Recouvrir par hasard, le germe brise son enveloppe et produit une moisson I