‹ Le mémorial de familleChapitre 7 sur 24 · SS LK HÉHOBUL DE FAMILLE · texte numérisé non relu

SS LK HÉHOBUL DE FAMILLE

1er les rruils.échemUer les rosiers, faire le plan de tous les travaux à exécnter dans la swsos. le pris gravement mon calepin, el j'écrivis pour ne rienooblier.

On décida qne les corbeilles seraient garnies de géraniums, que ronsèmeraitdu réséda, qu'^ l'automne prochain te chèvrefeuille serût transplanté, et qne je sablerais surle-champ les allées.

Les plates-bandes du pourtour devaient aussi être rectifiées ; deux arbres furent choisis pour saspendre le hamac madécassc donné par mon frère, et l'on marqua des places à quelques nouveaux arbustes.

Celle grave affaire nous occupa plusieurs soirées : lejardin fut dis fois déplanté et replanté en imagina^on avant que j'eusse songé k prendre la bêche ni le râteau. Enfin je me mis à l'œuvre, et ce fut pour mes heures de loisir, une occupation ausù saine que distrayante. Il y avait toujours quelques herbes parasites a arracher, quelques Beurs à redresser, quelque labourage à perfectionner. Marcelle, assise sous la tonnelle, me regardai! foire en brodant, m'encourageait de la voix et du sourire.

La tante Roubert avait d'abord voulu usurper mes plates-bandes pour les choux et la laitue. Après les avait défendues pied h. pied, je dus lui abandonner le coin le plus reculé ; mais, malgré nos conventions, les ciboules et le persil tendaient toujours à envahir le parterre. Il fallut procéder k une délîmination précise; on nomma pour commissaires mon père et Marcelle Le partage une fois bien établi, une bordure d'osûlle servit h. dessiner nos

frontières. La tante Ronbert, empiétait bien encore parfois de quelques pouces sur mes semis de fleurs d'automne, et je ne me refusais pas toujours le plaisir d'entamer ses lignes de oresson aiénois ou de cerfeuil; mais nous nous passions réciproquement ces légères usurpations, inévitar blés entre voisins actifs et ambitieux.

Mon père avait applaudi à mes nouvelles distractions.

— La terte, me disait-il souvent, est notre première amie; c'est sur son giron que les sociétés ont grandi. Tout ce qu'elle produit flatte nos yeux ou sert à nos besoins; aussi sa >ne a-t-ellepour Thomme de perpétuels enchantements i Qu'il regarde la moisson qui ondule, la forêt qui se dresse ou la fleur qui parfume, il sent son cœur s'ouvrir devant cette gigantesque corne d'abondance d'où sort à Uots incessants ce qui charme et ce qui enrichit. L'histoire constate que les peuples cultivateurs ont toujours eu des instincts plus doux, des mœurs plus hospitalières ; ils le doivent surtout à l'influence attendrissante de la création, qui, en donnant sans cesse, entretient au fond des âmes une sorte de contentement interne et de reconnaissance confuse. L'homme qui travaille sous le ciel, respirant h pleine poitrine l'air vivifiant des campagnes, et les yeux toujours frappés par les prodigalités de la nature, ne sent autour de lui aucun des malaises, en lui aucune des amertumes qui assombrissent le travailleur des villes. Son existence passe librement comme l'air des vais, coule doucement comme l'eau des ruisseaux I Aussi la vie champêtre, point de départdes sociétés, est-elle encore l'espérance

S6 LE HtHOBUI. nm MHILLI.

de iMt cittdn ncilli. Aytte arai> Inversé les I: les plaisirs, les ^swlionsde l'Ht, on va coume Âbi»ianyme, ce dernier (Itsciadaut lits nos, cuIUth «d diamp elfiure mûrir dos fruits loin du B>owle«k \'o» a réglé.

La localioD du jardis m'avait ctté «n travail Dour ks heures de rciio- , mais je Bepovais avoir loqoars La serpe oa la bêche à la main; il ae auSiaMt pdH d'aiUcars d'occaper mes Unis ; je sentais le bescia dekîsirainleUeclttels de comrauuicuiions de senlioientE q«e je ne trauvais peiat à coDlier. L'à^o et les lanières élablissaicat trop de dis* lance entre mon père et moi ; arrivé au sommet de la ibo»tagne, presqLic 'lôgagé despassims huDMineset éclairé par le dedans, il r^L-^rdait le monde du kaut de sa sérénité lumineuse, tandi-s qu'atrété dans les brouillards de la vallée je ne pouvais encore bien distinguer la réalité des nuées. J'avais besoin d'un compagnon d'ignorance et d'ulopîes pour oser tout lui dire et pour eonlpèler mes erreurs par ses erreurs.

Marcelle uc j>ouvail jouer ce rôle; naiqaement occupée d'aimer, d'être lieureuse, elle avait comme toMes les Itmmes, ta S'Ugm-m qui outsent k l'ignoranœ ; la sagesse des simples et des génies I Elle ne comprenait rien aax préoccupations d'un esprit toujows en quête de qneJque idéalité chimérique; j'avais en elle une «œor et «ne amie: il me manquait feulement m iaterlocutcar I

Malheureuse m enl n«s retations de (annUa et de voisinage ne seniblaienl deveîr n'es foorair aictwl Tous ceox dont le hasard noui avait (ait des aousa{»pMlemieatkcette

LB ICilfORIAL »B PàMlLLB. S4

4las9& d'boBHMS mofMeoriet dv&l l'espril ne pouvait rendre qa'un son. Attelés à une idée comme le cheval denanége à soi tîsion^ ils b ftiisaima twner perpéhiellenient dans le oémo corole saM& qœ tm pAt la faire dévier.

U y avait d'akord le capitaîB» Le Sor, excellent soldat qui avait pareoura l*£ivDjpe iMing s'en apercevoir, remporté quarwÉe victoires sans miïïcit oonmeût, et qui détestait le pékin sans savoir poarqiioL Oeitte haitte générale, k laquelle j*av^s ôcluqppé en oMsidéralîon des campagnes de mon père, fanait, avec la cnUnre d'«n vei^ger loué hors ville, Tunique occupation du héros retraité, il était hbd possession d'une domaine d'aneodoles de bivouac, toutes à la home du hourgeoia, et c|a'il ne manqunîl jamais de répéter k chaque visite : c'était ce que Marcelle appelait leê douze troMmx éa tapitmim Le Sur.

Le second m^onocorde, ancien marchand (fni avait acmé du drap pendant quarante ans, consacrait maintenant sa virilksse à Tédncation des lapins H au piquet. Dès sept heures du fioàr, la table de jeu était dressée dams son petit salon, les paniers à couver des serins, qui renfermaient les fiches d'ivoidre^ étaient placés des deux côtés du tapis vert; on apportait les cartes enveloppées dans la feuille d*uB anci^ livre lHt)«flIard, et les haMués anrivaîeftt pour leur partie quotidienne. Alors s'en§ageait la conversation habituelle sor le prix des denrées, Theune de départ des diligences» les laaladies des vcnsins, le teat entrecoupé des gaietés de M. Duplessis, qui recommençait (oqs les soir» sur le ocenr ^ le carreau deux ou trois calcfnlKHnrgf

33 Lt HilIOKIlL Dl riHILLB.

invariables qui faisaient rin les partners depuî8 la fin de J'Empire.

f armi ces derniers se troamt le père Ricard, autrefois employé des droits réonis et mamtenant en retraite. Sa Epécialité à lui était 1» ponctualité. Pendant trente années il avait fait les méiues choses et prononcé les mêmes phra- Ees à la même heore t Sa montre, réglée à midi an cadran d'un de ses Toïs'ns, était son code universel. Il la consultait pour savoir s'il avait appétit ou sommeil, s'il était bon de se promcnerou de se mettre an lit. Cette vie, au service de laquelle Dieu avait mis un cœur et une intelligence, il en avaittroavéle vrai but; c'était, comme le héros de l'épigramme, l'homme de France qui rëvait le mieux l'heure qu'il était.

La plupart de DOS antres voisins, parents ou amis, n'evaient pas même une de ces plaisantes physionomies. Emportés par le flot de l'existence, heurtés aux événements sans les voir, ils rappelaient les cailloux roulés de l'Océan, qui se ressemblent tous et ne diffèrent que de couleur ou de volume. Vainement je cherchais parmi eux un caractère ; le va-et'VÎent du monde avait effacé toute empreinte sur cette monnaie humaine I

J'exprimais an jour k mon père le chagrin irrité que me causait la foule sans visage qui m'entourait.

— Parce qu'ils remuent ou croit qu'ils vivent, disais-je, mais regardez dans leurs yeux, vous ne verres point de flammes ; écoutez les mots qui sortent de leurs lèvres, ce n'est an'uae vaine redite; on les prend pour des hommes,

LB MiMORIAL DK FAMILLl. 3S

ce ne «ont qoe des automates ; c'est la mort mise en action! ie moyen de choisir parmi ces simulacres parlants quel* qu'un qui m*entende, me réponde? Qu'y a-t-il de commun entre nous?

— La qualité d'homme répondit mon pèrel Parce que tu as désiré trop, ce que tu rencontres te paraît misérable ; l'idéal te rend injuste pour la réalité. Tu vois le vide où il n'y a que le vulgaire I Regarde mieux, et, dans chacun de ces êtres que tu déclares des cadavres, tu trouveras une étincelle de la vie. Aucun d'eux n'a été tellement déshérité qu'on ne puisse le retrouver homme par quelque côté. Celui-ci a l'ordre, celui-là le contentement, cet autre le courage I Ce qui dénature ces qualités, c'est que tu les vois isolées, et par conséquent sans équilibre ; mais la tante Roubert te dirait, dans sa morale pratique traduite de Sancho Pança, < qu'il n'y a si mauvais moulin dont on ne puisse tirer une mouture ; > elle te conseillerait d'apprendre du capitaine à cultiver avec persévérance ; du vieux mar* cband à te délasser par instant de la pensée dans ces jeux dont les combinaisons nous refont enfants; du père Ricard à régulariser les actes extérieurs de ta vie et à nouer aux pieds delà fantaisie les sandales de plomb de l'habitude I Moi je te dirai seulement que tu te trompes dans tes réclamations, et que tu demandes à des connaissances ce qu'on ne doit attendre que d'un ami. De celui-ci tu peux exiger la communication intérieure qui fortifie; de celles-là seulement la bienveillance extérieure qui délasse ! L'un et l'autre sont nécessaires à des degrés différents ; mais Tes cou*

3i LK «taOlUL Dl rÀHILLt.

Qlùssftnces te sont Imniies par ]t hMnd, tes uais Km: larétriinpesiBAde to« dévouenenL Cherche avec le oœnc dans in fmte, offire-tû g^Méroaieneiit à ^uonqoe aora beâoin; tOt oatard tu verras une main s'étendre vers Is tienne «.t use ime s'o&rir à sm tou. N'imite p«8 tdS hommes ([ui, renfermés dan leur (letsBnAayiécomBe dans une ciladelle et indiBérenls à tous œux qui passent, crient mélancûlittuemuit aui quatre aires di ci^ : ■ Il n'y a point d'amiâ t 1 1! y en a, sois-en eùr, mais ponr «eux qni fouillent, poureenx qui s'intéressent, pourcen qui ne seconleuloiit point de tisser leur vie dans un coin coammune loile d'araignée destinée k prendre le bonheurl

Li.'» ijaroleede mon ]tère me persuadaient, mais sans me donner le courage de chercher, ni la patience d'attendre l'occasion. J'accusais l'étroite encunle de nn ^te ville, doDl je croyais connatlreieos les habilanU et où nul nerépoDiJail ttmesbesoinsd'amitié. I>é)àaceoutnn)éàmafé}Kité domestique, je sentais un videfc mon foyer, «t, comwie le Sybarite, je ne pouvais supporter ce pli d'one feuille de rose.

En f.Lce du pavillon qui sous servait de logement, de l'autre i'6lé delà «onr, un corps de b&timent plus eouâdéralile renfermait plusieurs ménages avec lesqnelsnoas n'avions eu jusqu'alors qne peu de relations. Tout s'était borné à de:; saluts, à qoelqaes mots é(^ngés, à ces petits services qui !X>Bstatent senlement le bon voisinage. Le Iroisièiae étage eiait occupé par nn employé inférieur arrÏTé Jepuis queli|u('smoiE, et qui vivait trte^retiré avec sa jeune femme et un eufant. H. et madame Hubert, piacésaux bords île la

LB HiVORIiL Dl PAMILLB. 8S

fftiiTr^» s'y retenaieiit évidennefit avec peine ; im^ il eût été difficile de dire si leur muette résignation était dn cadrage ou de te langueur, lamais ancnn bmit de roix ni atH nm chant ne se fiirsait en tendre dans rhinnble ménage; \m fenêtres restaient fearmées ; on if^ait s<vtir et rentrer le mari aux heures de son bureau ; la femme descendre an pnils, promener l'eniluit, rappiM'ter les provisions néces- !:aires, le tout silencieusement. — Du reste polis avec les voisins, répondant aux saints et aux soorires, calmes d'à»» pect, mais de ce calme que voile un nuage!

Marcelle et moi avions remarqué, dès le premî^ joor, ces deux ombres mélancoliques plutM que douloureuses et nous nous étions pris pour elles d'un intérêt sympathique; mais cette inclination instinctive n'avait eneen amené que quelques caresses à Tenfant et l'échange de quelques mots bienveillants, Ioïqu*wie aventiwe de vtmnage nous rapprocha.

Slarcelle descendait sonvettt pour travailler sous la tonnelle pendant que les aiaires me retenaient au bureau; un soir qu'elle avait oublié sa broderie elle dut remonter et laissa la porte du jardin entr'ouverte. Mon travail avait été achevé ce jonr-là plus tét que d'habitude; je rentrais au moment où elle allait redescendre ; elle me prît par la main el m'entratna pour me montrer une corbeille de perce-neiges qui venaient d'éclore.

C'étaient mes fleurs favorites; les ptents m'avaient été envoyés de Paris par les soins d^ln ami, et j'attendais leur floraison avec une impatience passionnée.

Noos courûmes donc ensemble jusqu'au Jardin, Harcelfe on peu en avant pour avoir la joie de me servir de guide. Nous avions fait le tour du premier massif et nous arrivions quand ma conductrice s'arrêta brusquement avec un cri retenu ; je suivis la direction de son regard et je demeurai à mon tour immobile I

Devant la corbeille se tenait la petite fille de madame Hubert, et, de son tablier blanc, relevé par un coin, tombaient à flots les perce-neiges qu'elle venait de cueillir. La corbeille complètement dépouillée n'offrait plus que des feuillages froissés et des tiges défleuries I La mère, à qui l'enfant avait échappé un instant tandis qu'elle étendait son linge sur les lilas de la cour, venait de la rejoindre et regardait avec désespoir l'œuvre de destruction.

Lorsqu'elle nous aperçut, elle devint très-pâle, joignit les mains et ne put que balbutier une excuse désolée. Mon premier mouvement de dépit tomba devant cette humilité. Marcelle, qui devait encore mieux comprendre l'embarras affligé de la jeune mère, ne s'en tint pas à la résignation ; elle sut donner toute sa grâce au pardon, et, s'avançant vers la voisine avec un sourire :

— Ce n'est rien, dit-elle, quelques fleurs que le soleil nous remplacera I Je suis la seule coupable ; j'aurais dû refermer la porte en montant, ou plutôt l'ouvrir depuis longtemps à votre fille pour lui apprendre à reconnaître les plants qu'elle devait épargner.

Ft se mettant à genoux devant l'enfant qu'elle attira dans fesôras:

LE MÉMORIAL DB miILLX. 37

— N'est-il pas vrai, Renée, que vous ne cueillerez plus le perce-neiges si je vous en prie ? dit-elle.

La petite fille la regarda, les yeux gros de larmes, et se* coua la tête.

— Et vous vous contenterez de jouer dans les allées, sans marcher sur les gazons et sans briser les branches?

Renée fit de nouveau un signe afGrmatif.

— Eh bien ! je veux voir si vous savez tenir vos promesses, reprit Marcelle en l'embrassant; à partir d'aujourd'hui je prierai votre mère de vous envoyer pour quelques heures sous nos tilleuls, à moins qu'elle ne préfère vous j conduire elle-même.

Tout cela avait été dit avec une bienveillance si libre et si gaie, que madame Hubert se remit, remercia avec effo* sion et accepta de faire le tour du jardin, qu'elle ne connaissait pas.

Je fus frappé de la douceur de sa voix, de l'élégance de son langage et de la délicatesse réservée de ses manières. Sans être jolie elle avait ce charme qui semble venir du dedans et transluire au dehors. Elle n'accepta Tinvitation fitite par Marcelle à Renée qu'après mon insistance , et ne vint que de loin en loin et peu de temps.

A la longue, pourtant, le bon accueil de Marcelle la rendit plus familière ; l'enfant servit d'anneau entre les deux femmes ; les caresses accordées à la fille ouvraient le cœur de la mère ; nous sûmes peu k peu son histoire.

Pauvre et orpheline, madame Hubert avait été élevée .dans un pensionnat dont elle avait dû payer l'hospitalité

38 LS MÉirOKlÂL DF rAlHLLE.

' d'abord pur des soecès destinés k recommander rétablissement , ensuite par un dévonemefit de tontes les heures. Enehatnée k an biffait dont la spéculation Sî un place* ment à intérêt . elle avait tout supporté sana se plaindre 'jusqu'au moment où un jeune parent , abandonné comme elle, l'avait connne et associée à son sort. Longtemps oppressés tous deux sous la rude bîenTeîllance des protecteurs, ils n'avaient pu encore reprendre une libre attitude ; leur bonheur restait timide et craignait de &îre du bruit ; l'effort que la plupart font pour se produire, its le faisaient pour se cacher.

Ce ne fut que peu k peu et par hasard que nous pftmes pénétrer dans cette existence fermée, en découvrir tous les trésors.

Il y avait plusieurs mois que nous connaissions mamadame Laure Hubert lorsqu'en entrant un jour dans la chambre de Marcelle, elle posa machinalement la main sur Je piano ouvert et en fit sortir une modulation si ferme et si douce que nous dressâmes tous deux la tête en même temps ; la jeune femme rougit, mais il était trop tard : elle s'était trahie. Nous la forçâmes de s'asseoir devant le clavier, et notre petit logement fut bientôt inondé d'harmonie.

M. Habert, de son côté, savait plusieurs langues, avait beaucoup lu et réfléchi davantage; c'était une de ces intelligences d'élite où tout germe en silence, et où les moissons s'entassent sur les moissons*

Contents de recevoir le pain de chaque jour, ayant leurs lêles dans lenrs cieurs et montant ensemble cette édKlIe

de Jacob dont chaqae degré est une idée , les deux jeunes époux vivaient inconnus sans rien désirer.

— Nous avons ce qui est nécessaire, me dit un jour Hu^ bert ; à quoi nous servirait d'élargir notre champ f Nous en possédons un sans [imites, celui delà pensée I N'est-ce point là le vrai domaine de Thomme ? Une fois en règle avec la réalité et assuré de la vie journalière, quoi de plus safe que de reporter ses yeux sur le monde, d^étudier ses progrès, d^applaudir à ses conquêtes?Qael rAle vous semble plus digne, dites-moi, celui de Thomme qui trouve sa joie à regarder ses richesses? entassées dans un coin, oa celui de rhomme qui la cherche dana leS: richesses distribuées partout au proiBt de. rhumamté? De quoi devons-Aoïis le plus nous^ réjouirf d'une gratification obtenue ou d'une idée utile mise en circulation dans le moBde? d'un héritage qui ajoute un plat à notce: table ou d'une découverte qui multiplie le pain pour les affamés? Notre vie individuelle n'est qu'une nécessité^; la vie générale est l'intérêt véritable!

Je rapportai ces parQles>k mon père.

— Voilà l'interlocuteur que tu cherchais, me dit-il ; la tante Rouhert et moi t'avons initié à la vie. pratique ; Marcelle t'a ouvert le monde des affections; il te fallait un ami qui t'ouvrit celui de l'idée : le hasard, vient de te le donner. Tu a& maintenant tout ce que tu penvaifr attendre ici pour aider au développement de ton. être et. compléter ton éducation humaine; le reste dépend; de Dieu et de toi.

Page 1