‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 10 sur 170 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Considérations propres à exciter en nous la douleur et la détestation du péché.

Première considération. — Nombre et multitude de nos péchés.

Afin d'exciter la contrition dans votre àme , la première chose que vous ayez à faire, c'est de vous représenter toutes les actions de votre vie et de fixer votre attention sur les péchés que vous avez commis, en même temps que sur les grâces et sur les bienfaits que vous avez reçus de Dieu . et dont vous avez si souvent abusé. Or, comme le péché est une déviation du souverain bien , et de la fin pour laquelle nous avons été créés, vous

n'avez qu'à considérer cette fin, et vous apercevrez bientôt jusqu'à quel point vous vous en êtes écarté. L'homme n'a pas été créé et mis au monde pour planter des vignes, bâtir des maisons, amasser des richesses, et vivre dans les délices, ainsi que plusieurs se l'imaginent, à en juger du moins par leurs œuvres; mais il a été créé et mis au monde pour connaître Dieu, pour l'aimer, pour observer ses commandements, et pour arriver par là au souverain bien , c'est-à-dire atteindre sa fin. Dieu lui a donné une loi qui lui servît de règle , et , afin qu'il pût observer la loi , la grâce, qui est renfermée dans les sacrements; il lui a donné des maîtres pour lui enseigner cette loi, et chaque jour, par de secrètes inspirations, il ne cesse de l'exhorter à la suivre. Que dis- je? il s'est donné lui-même, afin de le délivrer de ses maux et de lui aplanir tous les obstacles. C'est pour la même raison , c'est afin que l'homme se consacrât entièrement à son service, qu'il lui a donné la vie, la santé, les forces, les facultés de l'âme, les sens, les membres du corps, tous les biens de la nature, en un mot. C'est afin que l'homme eût les moyens de conserver sa vie, de subvenir aux nécessités de ses frères, et de mériter la gloire éternelle, qu'il l'a pourvu en dernier lieu des biens de la fortune.

Tels sont les dons, et bien d'autres encore, que Dieu vous a prodigués, afin de vous porter à le

connaître, à l'aimer et à le servir. Examinez Tusage que vous en avez fait , de quelle manière vous avez obéi à ses lois, avec quelle exactitude vous vous vous êtes acquitté de vos obligations.

Et d'abord si vous considérez la lin pour laquelle Dieu vous a créé , et celle que vous vous êtes proposée vous-même, vous verrez bientôt combien vous avez fait fausse route. Dieu vous avait créé pour lui, c'est-à-dire que vous deviez lui consacrer votre intelligence, votre mémoire, votre volonté, et placer en lui votre amour, votre foi, votre espérance; mais vous, oubliant vos devoirs les plus essentiels, vous n'avez pas craint de mépriser le Créateur; vous avez tout employé au service des créatures, et vous leur avez attribué ce qui appartenait à Dieu seul. Vous les avez aimées, vous les avez adorées, vous avez mis en elles votre foi, votre espérance, votre repos, votre joie, votre bonheur; en d'autres termes, vous avez fait pour les créatures ce que vous eussiez dû faire pour le Créateur, vous avez mis dans les choses de la terre la confiance que les choses du ciel étaient seules en droit d'attendre de vous. Or, vous pouvez juger par là combien vous avez mal rempli la première de vos obligations, et avec combien peu de fidélité vous avez obéi au premier des commandements.

Considérez ensuite dans quel oubli du Seigneur vous avez vécu , passant, pour ainsi dire, votre vie sans vous souvenir de lui ; combien vous

yous êtes montré insensible à ses bienfaits, ne songeant jamais à l'en remercier; combien vous avez affecté du mépris pour ses commandements , les violant presque à chaque instant; combien vous avez peu aimé Celui qui à tant de titres méritait votre amour, lui préférant mille vanités et mille bagatelles; combien enfin vous avez peu redouté sa Majesté souveraine, alors que vous trembliez devant de misérables vers de terre.

Ce n'est pas tout, considérez combien de fois, et pour quels misérables motifs vous avez souillé vos lèvres, profané son saint Nom par des jurements et des blasphèmes, l'appelant en témoignage de vos défis et de vos mensonges ; comment vous avez sanctifié les fêtes qui sont établies pour le louer, pour le glorifier, pour faire pénitence , entassant ces jours -là péchés sur péchés, et n'ayant d'autre vue que de plaire au démon. Quel respect avez -vous eu pour vos parents, pour vos pères spirituels, pour vos supérieurs? Quel cas avezvous fait de leurs ordres et de leurs prescriptions? De quelle manière avez-vous aimé votre prochain? Pour un misérable point d'honneur, pour un rien, ne l'avez -vous pas souvent méprisé , maltraité? ne lui avez-vous pas souhaité la mort? Quels moyens avez-vous pris pour préserver votre corps et votre âme des atteintes du vice charnel? Combien de fois par pensées, par paroles, par œuvres, par désirs, ne vous êtes-vous pas plongé

dans des délices infâmes, n'avez-vous pas profané le temple que Dieu avait sanctifié pour en faire sa demeure? Qui dira la liberté de vos regards, la turpitude de vos pensées, la licence effrénée de vos paroles? Que penser de votre luxe, de vos promenades, de vos liaisons, de vos conversations, des inventions de votre malice? Que penser des larcins auxquels vous a porté votre avarice? Vous avez préféré l'argent à toute chose, vous l'avez adoré , vous l'avez regardé comme votre fin dernière , vous l'avez servi , vous l'avez aimé , vous avez fait pour lui ce que vous n'eussiez dû faire que pour Dieu. Enfin qui comptera vos murmures, vos médisances , vos calomnies , vos imprécations , vos flatteries, vos mensonges, vos faux témoignages, alors que votre bouche semble ne pouvoir proférer autre chose , et que vos conversations s'attaquent constamment à la réputation de vos frères? Après vous être examiné sur les commandements de Dieu , parcourez les sept péchés que l'on nomme capitaux, et voyez de combien de manquements vous vous êtes rendu coupable. Quels sentiments d'ambition, de présomption, de vaine gloire, d'orgueil, n'avez-vous pas entretenus dans votre cœur? Quelle jactance dans vos discours, quelle vanité dans vos œuvres, quels emportements dans vos colères ! On ne finirait pas si on voulait parler de vos jalousies, de votre gourmandise , de votre sensualité , de votre paresse , de la

lenteur incroyable que vous apportez au bien , de la légèreté et de la promptitude avec lesquelles vous vous précipitez dans le mal. Parcourez aussi les diverses œuvres de miséricorde, spirituelles et corporelles , et comparez le soin que vous prenez de votre personne avec l'indifférence que vous affichez à l'endroit des misères et des nécessités de vos frères.

Passant ensuite aux bienfaits de Dieu, je vous prie de me dire l'usage que vous en avez fait. Qu'avez -vous fait de la vie que vous teniez de lui? L'intelligence, les forces, les talents naturels, la fortune, tous ces biens terrestres qu'il vous avait prodigués en si grande abondance, à quoi les avez-vous employés, sinon à satisfaire votre orgueil, à offenser sa Majesté divine? Vous vous en êtes fait des armes contre lui, et, au lieu de lui témoigner votre gratitude en le servant avec plus de zèle, en l'aimant avec plus d'ardeur, vous avez pris occasion de là d'aggraver et de multiplier vos péchés. Enfin vous avez vécu comme si vous n'aviez aucune obligation envers Dieu, comme si vous n'aviez rien reçu de lui, comme si vous vous étiez créé vous-même et que vous ne fussiez point sous sa dépendance.

Quel est celui qui, à la vue de tant de désordres, de tant d'obligations mal remplies, de tant de commandements violés, ne regretterait point ses erreurs? Quel est celui qui, en présence de tant

de inaux etiroyables , ne pleurerait pas , ne verserait pas un torrent de larmes ? Quel sentiment lui resterait-il s'il ne sentait point une pareille infortune, et sur quoi s'apitoierait-il s'il ne s'apitoyait pas sur lui-même? En vérité, il faudrait qu'il eût perdu la conscience des ravages que le péché a causés dans son âme.

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