CHAPITRE II
Des principaux moyens par lesquels on obtient la contrition et en particulier la douleur de ses péchés.
Le pécheur qui désire acquérir la pierre précieuse que l'on nomme contrition doit, avant toutes choses, s'adresser à Dieu et la lui demander humblement et avec instance. Il ne dépend point de l'homme de se repentir de ses péchés comme il convient, c'est là une faveur que Dieu se réserve d'accorder quand il lui plaît. En effet, Dieu avait mis de la rectitude dans la nature humaine, il l'avait créée dans l'ordre ; mais le péché originel l'a fait sortir de cet ordre. Dieu l'avait créée docile et capable de s'élever jusqu'à lui par l'amour; mais le péché l'a tordue et courbée de telle façon qu'elle demeure attachée à ellemême et aux bipns de la tprre, au détriment de
l'amour qu'elle doit à son Créateur. Maintenant , de même que personne n'a le pouvoir de redresser un homme qui est sorti courbé du sein de sa mère, personne non plus n'a le pouvoir de redresser notre nature, de lui inspirer l'amour de Dieu par-dessus toutes choses, ou, ce qui revient au même , de lui faire haïr le péché pardessus toutes choses , si ce n'est Dieu qui l'a créé. « Nul, » dit le Sauveur, « ne peut venir à « moi, si le Père ne l'attire. » (Jean, vi, 44.) Aller à Jésus-Christ, c'est aimer Jésus-Christ par-dessus tout , c'est avoir une douleur souveraine de l'avoir offensé; nul, par conséquent, ne peut éprouver un tel amour et ressentir une telle douleur si le Père ne lui en fait la grâce.
Et remarquez que pour le pécheur il ne saurait y avoir de plus grand bien: car encore que la gloire l'emporte sur la grâce, cependant, vu la distance qui sépare le péché de la grâce , et la grâce de la gloire, il est certain que c'est chose plus difficile de faire passer une âme du péché à la grâce, que de l'introduire dans la gloire après l'avoir rétablie dans la grâce. Saint Thomas, traitant des œuvres de Dieu, ne craint pas de dire que la justification du pécheur est au-dessus de la création même du monde, par la raison que le monde est un bien limité et fini, tandis quelajustification, élevantl'hommejiisqu'à le rendre participant de la dignité et de la gloire de Dieu, est un bien immense et infini.
Hâtons-nous donc de recourir à Dieu , et sachant que c'est sa miséricorde seule qui peut nous inspirer le repentir de nos fautes , demandons-lui cette grâce, demandons-la avec humilité, avec persévérance, empruntons les paroles de la Chananéenne, et disons -lui du fond du cœur : « Sei- «gneur, fils de David, ayez pitié de moi; ma fille, » c'est-à-dire mon âme,« est cruellement tourmentée « du démon. » (Matth., xv, 22.) Peut-être tout d'abord le Seigneur se montrera sévère , comme il le fut pour elle; mais ne nous décourageons pas, continuons de prier et de prier encore , nous souvenant que l'apparente sévérité dont il usa envers la Chananéenne n'avait d'autre but que de nous exciter à la confiance et à la persévérance ; « car, » comme dit l'Apôtre , « Dieu ne peut pas « être contraire à lui-même. » (II Tim., h, 13.)
Les personnes qui n'ont pas l'habitude de s'entretenir avec Dieu trouveront plus bas diverses considérations et diverses prières qui les aideront à demander les grâces dont elles peuvent avoir besoin, et en particulier celle de la contrition.
La seconde chose que doive faire le pécheur, c'est de se recueillir en temps et lieu convenables, et, là, de repasser dans son esprit toutes les raisons qui sont de nature à exciter en lui le repentir et la douleur de ses fautes; plus il pèsera ces raisous, plus il verra combien son état est fâcheux et déplorable. Ce nVsf point sans cause que les yeux
servent en même temps à voir et à pleurer. Celui qui voit bien pleure bien, c'est-à-dire que celui qui voit le mal tel qu'il doit être vu, le pleure comme il doit être pleuré. Que l'homme ouvre donc les yeux, qu'il les arrête d'abord sur les péchés sans nombre qu'il a commis, qu'iUes tourne ensuite vers Dieu, vers Dieu qu'il a si grièvement offensé, et il ne lui sera pas difficile de comprendre combien il a de motifs de pleurer et de verser des larmes.