II
Seconde considération. — Ce que le péché nous fait perdre.
Si , après avoir considéré la multitude de vos péchés, vous vous appliquez à en considérer les conséquences, vous vous apercevrez bientôt du nombre et de l'étendue des pertes qu'ils vous ont occasionnées, et le repentir et la douleur s'élèveront naturellement dans votre àme. «La douleur, » dit saint Jean Chrysostome , « ne remédie à rien en ce monde, si ce n'est au péché; dans ce cas seulement, on peut dire qu'elle est utile. » Voulez-vous éprouver cette douleur salutaire? pensez à ce qu'un péché mortel vous fait perdre, et j'ose affirmer qu'il ne vous en faudra pas davantage.
Par le péché , on perd d'abord la grâce du Saint-Esprit , c'est-à-dire le don le plus excellent que Dieu puisse faire à une créature pendant qu'elle vit sur la terre. On perd la charité et l'amitié de Dieu , qui sont inséparables de cette grâce ; or, si l'on considère comme un grand malheur de perdre l'amitié d'un i prince de la
terre , que sera-ce de perdre l'amitié de Celui qui est le Roi du ciel et de la terre? On perd, à la seule exception de la foi et de l'espérance , les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit qui ornaient l'âme, qui en faisaient un objet agréable aux yeux de Dieu , et qui la rendaient forte et puissante contre les assauts de l'ennemi. On perd le droit à l'héritage du ciel; car c'est par la grâce que l'on va à la gloire. On perd l'esprit par lequel nous appelons Dieu notre Père et nous avons pour lui le cœur et l'affection qui animent de véritables enfants ; ce qui nous prive des soins paternels de sa Providence, c'est-à-dire de l'un des plus grands biens auxquels nous puissions prétendre ici-bas. On perd la paix et la tranquillité de la bonne conscience , les douceurs et les consolations du Saint-Esprit, le fruit et le mérite de toutes les bonnes œuvres que l'on avait faites pendant sa vie. Enfin , on perd sa part des biens spirituels qui sont dans l'Église , en ce sens que l'on n'y participe plus comme lorsqu'on était en état de grâce. Voilà ce que l'on perd par un péché mortel; et ce que l'on gagne en retour, c'est d'être condamné, pour toujours, aux peines de l'enfer, c'est d'être effacé du livre de vie, c'est d'être non plus l'enfant de Dieu, mais l'esclave de Satan, non plus le temple et la demeure de la très-sainte Trinité, mais un repaire de brigands et une caverne de basilics.
De toutes ces pertes , la plus grande , celle que nous devons le plus déplorer, celle qui les comprend toutes, c'est la perte de Dieu. Perdre Dieu, c'est perdre notre père , notre tuteur, notre pasteur, notre défenseur, notre tout ; c'est du plus miséricordieux des pères, nous faire un ennemi, un juge redoutable. Et nous ne pleurerions pas, et nous ne ressentirions pas une perte semblable ! w Ne te réjouis pas, Israël, » dit le Prophète, « n'exalte pas ta gloire, comme les autres nations ; a tu as été adultère à ton Dieu. » (Osée, îx, 1 .) Une troupe de soldats de la tribu de Dan s'en allant à la conquête d'une ville , rencontrèrent, sur leur chemin , une maison dans laquelle était une idole d'argent, et ils l'enlevèrent ; et comme le maître de l'idole les suivait en pleurant, ils lui dirent : « Que demandez -vous ? Pourquoi criez -vous? « Il leur répondit : Vous m'emportez les dieux « que je me suis faits, et vous me dites : Pourquoi « criez-vous? » (Juges, xvm, 23, 24.) Mais si, parce qu'on lui avait enlevé un Dieu de métal qu'il s'était lui-même fabriqué , ce malheureux pleurait et croyait avoir de si justes motifs de pleurer, combien le chrétien ne doit-il pas pleurer davantage, lui qui, chaque fois qu'il a péché, a perdu non pas un faux dieu façonné de sa main, mais le seul Dieu véritable qui a créé toutes choses?
Voilà donc ce que l'on perd par le péché : eh bien ! dites-moi, n'est-il pas vrai qu'il a raison de
gémir, celui qui par sa faute a perdu tant de trésors, celui qui du faîte de la gloire est tombé dans un abîme de misère? Comment ne pleurerait-il pas? Comment ne se confondrait-il pas, en voyant les maux qui l'entourent de toutes parts? « Ame malheureuse, s'écrie un saint Docteur, ouvre les yeux et considère ce que tu es , et ce que tu étais; la place que tu occupais, et celle que tu occupes maintenant. Tu étais l'épouse du Très-Haut, le temple du Dieu vivant, un vase d'élection; tu étais la couche du Roi éternel, Je trône du véritable Salomon, le siège de la sagesse, la sœur des anges, l'héritière des cieux, tu étais tout cela ; mais , hélas ! autant de fois je rappelle tes titres, autant de fois dois-tu gémir. Qu'est-ce que je vois, en effet? L'épouse de Dieu s'est abandonnée à Satan ; le temple du Saint-Esprit est devenu une caverne de voleurs ; le vase d'élection , un vase de corruption ; la couche de Jésus-Christ , un bourbier dans lequel se vautrent les pourceaux; le trône de Dieu, une chair de pestilence ; la sœur des anges, une compagne assidue des démons. Ah! pleure, malheureuse, pleure, car les cieux pleurent, l'Église pleure, tous les saints pleurent et saint Paul en particulier, parce que tu as péché et que tu n'as pas fait pénitence. Les prophètes pleurent, en voyant la justice divine qui s'apprête à te frapper, et c'est sur toi que Jérémie verse des larmes, lorsqu'il
parle d'Israël tombé des cieux, et de la fille de Sion qui a perdu sa beauté. (Lament, i.)
§ III
Troisième considération . — Majesté et bonté de Dieu, contre lequel nous avons péché.
Considérez, maintenant, la majesté et la bonté de Dieu, contre lequel vous avez péché, et vous trouverez là un nouveau sujet de vous exciter à la douleur de vos fautes. La gravité d'une offense se calcule d'après la dignité de la personne qui la reçoit ; d'où il suit que si la personne offensée est infinie en grandeur, l'offense qu'on lui fait a une gravité infinie. Voulez -vous connaître la gravité et la malice du péché? appliquez - vous donc à pénétrer, autant que vous le pourrez, l'immensité de Dieu. Levez les yeux en haut, contemplez la noblesse, la richesse, la dignité, la sagesse, la beauté, la gloire, la bonté, la majesté, la bénignité, la puissance, en un mot, les divers attributs qui le distinguent; pensez en même temps a ce que lui doivent toutes les créatures, sans exception, et vous comprendrez com bien vous vous êtes rendu coupable en l'offensant.
De toutes les grandeurs, de toutes les perfections de Dieu, celle qui va le plus au cœur des vrais pénitents (de ceux du moins qui la connaissent et qui en ont quelque expérience), c'est
sans contredit sa bonté. Cette bonté s'est surtout manifestée dans le mystère de l'Incarnation et de la Passion du Fils de Dieu , et dans l'institution du très-saint Sacrement de l'autel, où Jésus- Christ demeure, où chaque jour il s'immole pour nous, où chaque jour il se donne à nous en nourriture; mais elle se manifeste aussi dans la manière dont le Seigneur traite ceux qui lui appartiennent. Il les visite , il les console , il répand sur eux tant de faveurs , il les environne de tant de clarté, il les remplit d'une telle abondance de paix et de joie spirituelles, que plus d'une fois la faiblesse humaine ne peut y suffire et se sent dé faillir. « Seigneur, s'écriait un ancien solitaire, retenez , je vous en prie , retenez un peu les Ilots de vos consolations. » — « Seigneur, » disait -il encore , « éloignez-vous un peu ; car je ne puis supporter l'excès de votre douceur. » Tel est notre Dieu ; telles sont les grâces , les faveurs et les caresses que les justes reçoivent de sa munificence , de sa bonté , de sa douceur et de sa miséricorde. Après avoir bu pour ses amis au calice de la Passion, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il leur présente celui de ses délices.
A la vue d'une si merveilleuse bonté , quel pécheur demeurerait insensible et ne voudrait pas, au prix d'une vie passée dans les larmes, expier ses forfaits? Saint Jean Climaque rapporte qu'un de ces anciens solitaires dont il nous a
laissé la vie ayant commis une faute, demanda au supérieur de son monastère la permission de s'enfermer dans l'endroit que Ton appelait la Prison , afin d'y faire pénitence , et que l'ayant obtenue , quoique après beaucoup de difficultés, parce que sa faute était légère , il se sentit pénétré d'une telle douleur, douleur accompagnée de la charité
la plus vive, qu'au bout de huit jours il rendit
11 * ame.
Ceci nous paraîtra incroyable , et pourtant c'est
bien là l'impression que fait le péché sur ceux
qui , avec l'aide de Dieu , en savent découvrir la
malice. Mais si le solitaire dont il s'agit sentit si
vivement une simple faute dont il s'était rendu
coupable, que ne devons-nous pas sentir, nous
qui avons passé notre vie à entasser fautes sur
fautes et péchés sur péchés?
§ IV
Quatrième considération. — De l'injure que nous faisons à Dieu par le péché.
Considérez, en outre, l'injure que le péché fait à Dieu, et ce sera pour vous un nouveau motif de le haïr. Chaque fois que nous péchons, bien que nous n'en ayons pas toujours la conscience, voici ce qui se passe dans notre cœur. D'un côté, nous plaçons le plaisir ou l'intérêt que le péché doit nous procurer; et de l'autre, l'injure que nous allons faire à Dieu. Puis, tout bien examiné, nous nous déterminons pour l'intérêt ou le pi ai-
sir, et nous renonçons à l'amitié de Dieu. Or, quoi de plus horrible , quoi de plus outrageant pour cette Majesté souveraine, que cette indigne préférence? N'est-ce pas là imiter la conduite des Juifs qui, ayant le choix de délivrer Jésus ou Barahbas, se décidèrent pour ce dernier? N'est-ce pas là , autant du moins qu'il dépend de nous , enlever à Dieu la couronne et la gloire qui lui sont dues , en tant qu'il est notre dernière fin , et attribuer cette couronne et cette gloire au plaisir ou à l'intérêt? Estimer le plaisir plus que Dieu, préférer le plaisir à Dieu, c'est refuser de reconnaître Dieu comme notre fin dernière, c'est mettre le plaisir à sa place , c'est , en un mot , prendre la couronne du Créateur pour la déposer sur la tête de la créature. Or, quoi de plus abominable ! « Cieux, frémissez d'étonnement, » dit le Seigneur, « pleurez, portes du ciel; mon peuple a « fait deux choses mauvaises : il m'a abandonné, « moi la source d'eau vive, et il s'est creusé des « citernes, fosses entr'ou vertes, qui ne peuvent <( retenir l'eau. »(Jérém.,n, 12, 13.) Mais combien ne doit pas trembler et frémir davantage celui qui des milliers de fois s'est rendu coupable d'un pareil attentat ! combien ne doit-il pas désirer que ses yeux se changent en deux sources de larmes, afin de pleurer jour et nuit le mal qu'il a commis! Vois donc, misérable pécheur, contre qui tu as péché et pour quel motif tu as péché ; vois ce
que tu as laissé et ce que tu as acquis, ce que tu as perdu et ce que tu as gagné , et rougis de honte, pendant qu'il en est temps encore, situ ne veux pas être éternellement confondu, lorsque Dieu te jugera.
Cinquième considération. — De la haine que Dieu porte au péché.
Un moyen puissant de s'exciter à la douleur et à la détestation du péché , c'est de considérer la haine profonde que Dieu lui porte. Cette haine est si grande que l'intelligence humaine ne peut la concevoir. Que dis -je? toutes les intelligences créées réuniraient -elles leurs forces, toutes les langues ne formeraient - elles plus qu'une seule langue, qu'elles ne parviendraient jamais ni à la comprendre ni à l'expliquer. La raison en est simple. Plus quelqu'un est bon, plus il aime la bonté, et, par contre, plus il déteste la malice. Or, comme Dieu n'est pas seulement bon, mais infiniment bon, il s'ensuit qu'il aime infiniment la bonté, et qu'il déteste infiniment la malice. Aussi voyons-nous qu'il récompense la première en la couronnant d'une gloire éternelle, tandis qu'il punit la seconde en la condamnant au feu éternel et en la privant pour toujours de la possession du souverain bien. On peut ajouter que Dieu hait le péché autant que le péché mérite d'être haï , c'està-dire autant qu'il y a en lui de difformité et de
malice. Or, comme cette difformité et cette malice sont infinies, en tant qu'elles s'attaquent à Dieu, dont la majesté est infinie, il suit nécessairement que Dieu hait et déteste infiniment le péché.
Maintenant si nous voulons nous faire quelque idée de l'horreur que Dieu a pour le péché, il suffira de nous rappeler les épouvantables châtiments dont il l'a puni en ce monde ; car on peut juger des sentiments du cœur par les œuvres qu'il produit au dehors. Quel châtiment n'infligea-t-il pas , en effet , au plus beau des anges et aux complices de sa révolte , lorsque la créature la plus sublime qui fût au ciel devint la plus abominable qui soit en enfer, lorsque le plus grand ami de Dieu devint son plus grand ennemi? Quel châtiment n'infligea-t-il pas à Adam et à sa postérité? Parlerai-je de la terre entière engloutie sous les eaux du déluge , des villes de la Pentapole consumées par le feu du ciel? Parlerai-je de David et de son adultère , de Saul et de sa désobéissance , d'Héli et de la négligence qu'il mit à corriger ses enfants, d'Ananie, de Saphire, et de leur avarice, de Nabuchodonosor et de son orgueil? Chacun sait de quelle manière ces grands coupables ont été châtiés. Parlerai-je des peines de l'enfer, de ces peines qui sont réservées au péché et qui n'auront jamais de fin? Mais certes il y a quelque chose de plus terrible encore, c'est la vengeance que Dieu a exercée sur son Fils, uniquement parce
qu'il s'était chargé des péchés du monde ; car ici il n'a pas même eu égard à la dignité infinie de la personne contre laquelle il sévissait.
Le souvenir de ces divers châtiments, pour peu qu'on les considère avec soin, et que l'on en pèse les circonstances; nous aidera puissamment à comprendre la rigueur de la justice divine et la haine dont elle poursuit le péché. Ils éveilleront en nous la crainte de Dieu ; ils exciteront la douleur dans notre âme; ils nous feront haïr le péché autant qu'il le mérite, c'est-à-dire autant que Dieu le hait lui-même. Que si vous ne pouvez, si personne ne peut haïr le péché de cette manière , haïssez-le du moins autant qu'il vous sera possible, et demandez au Seigneur la grâce de le haïr toujours davantage, parce qu'en définitive c'est principalement dans cette haine que consistent la véritable pénitence et la justice chrétienne.
§ VI
Sixième considération. — De la mort et de ses suites.
Il faut aussi que le souvenir des peines de l'enfer, qui sont si affreuses, du jugement dernier, qui sera si rigoureux, et de la mort, qui à chaque instant nous menace , nous porte à la douleur et à la crainte du péché. Ce sont là des choses que le pécheur doit d'autant plus redouter, qu'il est luimême plus rapproché de sa dernière heure. Quand cette heure sonnera, et certainement elle sonnera
bientôt pour chacun de nous , que fera-t-il ? que dira-t il? quel sentiment éprouvera-t-il ? Oh! c'est alors que, s'adressant à son âme, il lui tiendra ce langage : Le voici donc arrivé le terme de ton orgueil, de tes vanités, de tes plaisirs, de tes folies, en un mot, de tout ce que tu as aimé, de tout ce que tu as servi de préférence à Dieu. Présomption, orgueil, qu'êtes -vous devenus? Plaisirs, amusements, où êtes-vous? Que m'avez-vous donné , que m'avez-vous légué pour tant d'années passées à vous servir? Pour vous j'ai fait l'abandon de la vie éternelle, j'ai perdu le ciel, j'ai mérité l'enfer, j'ai renoncé au souverain bien, j'ai consenti h vivre éternellement dans la compagnie des démons; encore une fois, que m'avez-vous donné en retour de tant de sacrifices? Mais si cela doit arriver ainsi, si toutes ces épines, tous ces remords de conscience doivent un jour déchirer votre cœur (et peut-être, hélas! sans fruit), pourquoi ne préfèreriez-vous pas qu'il fût déchiré, maintenant qu'il y aurait pour vous un si grand avantage ? Pourquoi n'entreriez-vous pas en jugement avec vousmême, afin de vous soustraire plus tard à la justice de Dieu?
S Vlï.
Septième considération. — Des bienfait, de Dieu.
M. lis ce qui contribuera surtout à augmenter en vous la haine et la douleur du péché, ce sera de
repasser dans votre mémoire les bienfaits sans nombre dont Dieu vous a comblé jusqu'ici . Plus vous vous persuaderez que Dieu a été bon envers vous , plus vous vous confondrez d'avoir été si ingrat enverslui. C'est le sujet sur lequel les Prophètes revenaient le plus souvent, afin d'amener le peuple de Dieu à faire pénitence, et c'est pour cela aussi qu'avant de reprocher à David son adultère, le prophète Nathan commença par lui représenter les dons et les faveurs qu'il avait reçus de Dieu.
Efforcez -vous donc maintenant de rappeler à votre esprit les bienfaits que vous avez reçus vous-même , et en particulier ceux de la création , de la conservation, de la rédemption, du baptême, de la vocation, des inspirations divines, de l'exemption d'une multitude de maux, sans compter une infinité d'autres grâces. Pour peu que vous sachiez réfléchir, vous reconnaîtrez sans peine que tout ce qu'il y a au ciel et sur la terre, tous les membres, tous les sens de votre corps , tous les instants de votre vie , le pain que vous mangez , la terre que vous foulez, le soleil qui vous réchauffe, le ciel qui vous éclaire , toutes les créatures enfin sont autant de bienfaits du Seigneur, et j'ajoute : tout le bien et tout le mnl qui existe dans le monde sont autant de marques de son amour envers vous ; car ce qui est bien, il l'a fait en votre faveur, et ce qui est mal, il vous en a préservé. Pourquoi, en effet, ne souffririezvous pas ce que tant d'autres souffrent?
Mais quoi de plus déplorable que d'avoir vécu ainsi dans l'oubli du Seigneur, de n'avoir pas eu le moindre sentiment d'affection pour Celui qui vous portait dans ses bras, qui vous nourrissait du lait de ses mamelles, qui vous animait de son souffle , dont le soleil vous réchauffait, dont la Providence vous guidait, en qui finalement vous aviez « la vie, le mouvement et l'être?» (Act., xvn, 28.) Quelle plus grande malice que d'avoir persévéré si longtemps à offenser Celui qui ne se lassait pas de vous faire du bien, et d'avoir répondu à tant de faveurs par une si noire ingratitude ? Mais surtout quelle plus grande malice que d'avoir offensé Celui qui pour vous a entrepris tant de voyages, supporté tant de jeûnes , répandu tant de larmes, passé tant de nuits en prières , souffert tant d'injures, enduré tant de travaux, essuyé tant d'affronts et d'ignominies, éprouvé tant et de si affreuses douleurs? N'est-ce pas Dieu, en effet, qui s'est soumis à tout cela , afin de satisfaire pour vos péchés et de vous donner à entendre combien il les déteste? Eh bien! dites-moi, en pensant combien de fois vous avez souffleté, flagellé, crucifié un Seigneur si bon et si aimable, n'est-il pas juste que vous pleuriez, que vous fondiez en larmes? Une dernière fois, considérez la miséricorde et la libéralité avec laquelle il vous a traité, l'ingratitude et les révoltes dont vous vous êtes si souvent rendu coupable a son égard, et avec les senti-
ments de la plus profonde humilité et du repentir le plus sincère , adressez - vous à lui en ces termes :