CHAPITRE III
Conclusion de ce que l'on vient de dire.
D'après la doctrine que nous venons d'exposer, il y a trois sortes de choses qui peuvent servir de matière à l'oraison. La première est la considération des perfections divines , telles que sa bonté , sa charité, sa beauté, sa justice, sa miséricorde, sa providence, etc. ; la seconde est la considération des bienfaits divins, et en particulier du bienfait de la Rédemption, auquel se rattachent tous les traits et tous les mystères de la vie du Sauveur, qui n'en sont que les différentes parties; le troisième, c'est la connaissance de nous-mêmes, ou la considération de nos défauts et de nos misères, d'où naissent le mépris de nous-mêmes, et l'hu-
milité, qui est le fondement de toutes les autres vertus. Comme la première de ces considérations sert principalement à exciter l'amour de Dieu dans les âmes, nous n'en parlerons qu'au livre suivant; mais nous parlerons tout de suite des deux autres, et ce sera comme un dépôt où chacun sera libre de puiser quand il voudra se livrer à l'étude de la philosophie céleste.
Il y a des personnes tellement occupées, qu'il leur serait difficile de se recueillir plus d'une fois le jour. Pour celles-là il suffit qu'à chaque fois elles considèrent un ou deux mystères de la vie de Jésus-Christ, ou bien, si elles préfèrent, un ou deux bienfaits divins, jusqu'à ce que, les ayant tous parcourus, elles reprennent de nouveau le même exercice. C'est une espèce de cercle qu'il leur faut décrire; car de cette marche dépend leur avancement spirituel, tout comme de la marche du soleil à travers les signes du zodiaque dépendent l'ordre et l'harmonie de l'univers. Mais celles qui ont plus de loisirs, comme les ecclésiastiques et les religieux, dont l'office est de s'occuper de Dieu et de prier pour les pécheurs, et un grand nombre d'autres qui sont libres de leur temps, feront bien • I*' se recueillir deux ou trois fois le jour, en ayant soin de prévoir les sujets qu'elles se proposent de méditer; puis, quand elles les auront épuisés, elles rcrommenceront de nouveau, ainsi que nous venons de le dire.
Nous avons cru qu'il fallait diversifier la matière de l'oraison, afin qu'on ne fût pas obligé de revenir sans cesse sur le même ordre d'idées ; car autant les répétitions engendrent le dégoût , autant, selon la remarque de saint Thomas, la nouveauté des mystères contribue à réveiller la dévotion : témoin les novices, qui sont plus fervents et ont plus de goût pour les>" choses de Dieu, au commencement de leur conversion que plus tard , et qui , précisément parce qu'ils font des découvertes dans un champ qui jusque-là leur était inconnu , ne peuvent se défendre d'un vif sentiment d'admiration et de joie.