‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 104 sur 170 · CHAPITRE 1Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1Y

De cinq choses qui peuvent intervenir dans l'exercice de l'oraison.

Bien que la matière principale de l'oraison consiste dans les considérations dont nous venons de parler, l'oraison elle-même doit néanmoins être précédée et suivie de certains actes, qui sont d'abord la préparation et ensuite l'action de grâces, l'offrande et la demande. Ce sujet ayant déjà été traité ailleurs, nous ne ferons que rappeler suc-

cinctement ce que nous en avons dit de plus essentiel.

De la préparation.

Pour ce qui est de la préparation, chacun doit se choisir le temps et le lieu qui sont le plus en rapport avec sa condition et son état. En général , le temps le plus propice pour faire l'oraison, est le milieu de la nuit ou le matin avant le jour. Quant au lieu, plus il sera obscur et solitaire, moins les yeux auront occasion de s'égarer, et moins on aura de peine à se recueillir.

Lorsque vous serez arrivé à l'endroit que vous aurez choisi, vous ferez le signe de la croix sur votre cœur et sur votre front; après quoi, levant en haut les yeux de votre âme, vous considérerez attentivement ce que vous allez demander, ce que vous allez faire , et avec qui vous allez vous entretenir.

Ce que vous allez demander, c'est la grâce et la gloire, ainsi que les différents moyens d'y parvenir, c'est-à-dire la plus grande de toutes les faveurs; mais, pour que votre demande soitelficace, il faut qu'elle soit accoinp agnéç de toutes les conditions que nous avons indiquées plus haut, et surtout d'une grande attention et d'une parfaite humilité de coiur.

Ce que vous allez faire, c'est travailler à acquérir l'esprit de dévotion , par la considération des choses de Dieu; seulement, vous vous souviendrez que si, d'après saint Thomas, pour obtenir une grâce quelconque, il suffit d'avoir l'attention que l'on nomme virtuelle , pour obtenir la dévotion, l'attention actuelle est de toute nécessité : certes il n'en" faudra pas davantage pour que vous compreniez combien il vous importe d'éviter les distractions.

Enfin , celui avec lequel vous allez vous entretenir , c'est le Dieu de majesté qui remplit le ciel et la terre de sa présence ; il faut donc que vous apportiez à une affaire aussi importante non-seulement beaucoup d'attention , mais une très-grande humilité et un très-grand respect.

Du reste, si nous voulons nous bien convaincre de cette vérité , nous bien persuader que dans l'oraison nous ne frappons pas l'air d'un vain son, et nous ne parlons pas à quelqu'un qui est trop éloigné de nous pour nous entendre , n'oublions pas que le Seigneur est présent en tout lieu, nonseulement par sa puissance, mais réellement et substantiellement ; par la raison que partout où il se rencontre un être, n'importe lequel, il est là, comme sa source et son principe, comme la cause qui est inséparable de son effet. C'est ainsi que l'entendait le prophète Élie, lorsqu'il disait : « Vive

« le Seigneur, le Dieu d'Israël, devant lequel je « suis présentement » (II. Rois., xvn, 1); et c'est ainsi que vous devez l'entendre , vous aussi. Chaque fois que vous entrez en oraison , vous devez croire , sans aucune espèce de doute , que le Seigneur écoute vos paroles , qu'il est témoin de votre dévotion, et qu'il se plaît à voir vos efforts ; car, s'il est présent à tout ce qui se passe dans le monde, il l'est plus spécialement à nos prières, ainsi que nous l'enseigne l'Écriture : « Quelle est la « nation, » dit Moïse, « si grande qu'elle soit , qui <( ait des Dieux aussi près d'elle , que le Seigneur « notre Dieu, présent à toutes nos prières? » (Deut., iv, 7.) Eh bien! n'est-il pas vrai, encore que vous ne le voyiez pas des yeux de votre chair, que ce bon Maître , ce Maître si puissant, et qui a tant à cœur de remédier à vos maux, ne cesse jamais d'attacher sur vous ses regards, et de vous prêter une oreille attentive ?

Lors donc que vous vous serez pénétré ainsi de sa présence, témoignez-lui le plus profond respect, c'est-à-dire reconnaissez sa Majesté souveraine, et pour cela, pensez à sa grandeur, à son immensité, à sa toute-puissance, à sa sagesse, à sa bonté, à sa beauté, en un mot, à toutes ses perfections, i au-dessus de la portée des intelligences créées. Cette considération fera que vous vous humilierez dans la poussière, et que, vous repliant sur vousmême, vous vous abîmerez devant lui. Elle vous

remplira de frayeur et de crainte, et ^lus cette frayeur et cette crainte s'empareront de votre âme, moins vous serez tenté de vous laisser aller aux distractions.

Après cela, comme « le juste est le premier à « s'accuser lui-même » (Prov., xvm, 17), commencez par faire une revue sommaire de toute votre vie, accusez- vous de vos péchés , et demandez-en très-humblement pardon ; car c'est là le plus sûr moyen d'intéresser en votre faveur le Juge avec lequel vous allez débattre vos affaires. Récitez aussi dévotement que possible le Confiteor, le psaume Miserere, ou toute autre prière, propre à secouer la torpeur que l'on éprouve généralement, lorsqu'on se met en oraison. Ne vous contentez pas de supplier le Seigneur de vous pardonner vos péchés ; suppliez-le aussi de vous venir en aide, afin que, pendant les quelques instants que vous passerez à converser avec lui , vous vous teniez en sa présence, avec la crainte et le respect qui sont dus à sa Majesté infinie, et avec l'attention et l'humilité qui sont requises, pour recevoir le Saint-Esprit et la grâce de la dévotion, à laquelle participent tous ceux qui persévèrent dans ce saint exercice.

En voilà assez pour ce qui regarde la préparation ; il y a là un vaste champ pour acquérir la connaissance de vous-même et de vos propres misères. Si cependant votre esprit continuait à

être distrait, le mieux serait de lire quelque livre pieux, ou bien de réciter quelques prières vocales, parce que d'ordinaire cela contribue beaucoup au recueillement.

§ lire la méditation.

Après la préparation vient la méditation, c'està-dire, comme nous l'avons clit au chapitre précédent , la considération de quelqu'un des traits de la vie de Notre-Seigneur, ou de quelqu'un des bienfaits divins ; car c'est là, à proprement parler, le fond et la substance de cet exercice, Mais , comme la vie de Notre-Seigneur est le sujet qui doit nous occuper le plus habituellement, nous allons indiquer, en peu de mots, de quelle manière il faut s'y prendre pour la méditer avec fruit.

On lira d'abord dans ce livre ou dans tout autre livre semblable le trait ou les traits de la vie du Sauveur que l'on se propose de méditer, à moins que l'on n'en ait conservé un souvenir très-distinct ; puis, avec le secours de ^'imagination, dont le propre est de peindre au vif les objets, on se représentera le mystère comme ayant lieu actuellement; on le contemplera, autant que possible, avec un cœur humble, compatissant, rempli de dévotion et d'amour, et, laissant de côté toute vaine spéculation, on en examinera avec soin les prin-

cipales circonstances. Ainsi, par exemple, s'il s'agit de la Passion, on se demandera : Quel est celui qui souffre? Pour qui souffre-t-il ? Pour quel motif souffre-t-il ? De quelle manière souffre-t-il? Quel est celui qui souffre ? C'est un Dieu dont la Majesté est infinie. Pour qui souffre-t-il ? Pour l'homme, créature ingrate s'il en fut jamais. Pour quel motif? Par pure bonté et pure miséricorde. De quelle manière ? Avec une humilité, une charité, une douceur, une patience, une soumission incomparables.

Bien qu'ici l'intelligence et la volonté aient une action commune, la première, en considérant le fait en lui-même, et la seconde, en s'en pénétrant et en s'y affectionnant, il faut néanmoins que la volonté joue le principal rôle, parce qu'en définitive c'est de là que dépend le fruit de l'oraison. En effet, il [ne manque pas de savants qui ont sur Dieu les notions les plus vastes et les plus sublimes, mais qui ne l'en aiment pas davantage pour cela ; et l'on a vu, comme dit l'Apôtre, des philosophes qui, « ayant connu Dieu, ne l'ont ni « glorifié ni servi.» (Rom., i, 21.) Ce que nous devons nous proposer, ce n'est pas d'acquérir une connaissance spéculative de Dieu (chose qui n'a rien de blâmable en soi); mais l'amour et la crainte de Dieu, l'horreur du péché, le mépris du monde et de nous-mêmes, la joie de l'Esprit-Saint, la dévotion intérieure et autres affections semblables

qui sont des mouvements et des effets de la volonté, à l'aide desquels nous nous avançons dans la vertu. Toutefois, comme la volonté, ainsi que nous l'avons dit plus haut, est une puissance aveugle et incapable d'agir, si elle n'est éclairée et mue par l'intelligence, nous nous servons de l'intelligence pour qu'elle l'éclairé, qu'elle la guide et qu'elle y excite les mouvements et les affections que nous avons en vue. Nous nous en servons comme d'un moyen, et, de même que l'on commettrait une grande erreur si l'on s'occupait des moyens sans viser à latin, ainsi ceux-là se trompent grossièrement, qui, dans la considération des mystères, font plutôt usage de l'intelligence que de la volonté ; car c'est là étudier pour prêcher, et non pas méditer pour prier ou pour s'affectionner aux choses de Dieu.

Afin de parer à cet inconvénient, il faut autant que possible, lorsqu'on s'applique à méditer la vie de Notre-Seigneur, qu'on le fasse en ne laissant agir que la volonté, c'est-à-dire avec un cœur humble, dévot, amoureux, respectueux et pénétré de la présence de Dieu, parce que c'est à cette seule condition qu'on en retirera du fruit.

Au moment où le Sauveur naquit, les Anges n'annoncèrent pas la paix aux hommes de bonne intelligence, mais bien aux hommes de bonne volonté ; c'est que la sanctification consiste dans la réforme de la volonté, et que s'il se rencontre des li "in mes à intelligence droite qui manquent de

bonne volonté, il n'en existe point qui aient une bonne volonté, sans avoir en même temps une intelligence droite.

On doit suivre cette règle , non-seulement lorsqu'on se recueille pour méditer, niais chaque fois que, le jour ou la nuit, on veut élever son cœur vers Dieu ; et si Ton prend l'habitude de le faire avec une volonté sincère, c'est-à-dire avec toute l'humilité, tout le respect, tout l'amour et toute la dévotion dont on est capable , il n'est pas douteux que l'on en retirera les plus grands fruits; car, à mesure que l'on deviendra plus familier avec ce bon Maître, on sentira toujours davantage le besoin de la paix, de la ferveur et des consolations qu'il communique à ceux qui le cherchent.

Si, par hasard, après avoir fait tout ce qui dépend de soi, en pensant aux mystères de la vie du Sauveur, on continue de se sentir le cœur sec et glacé, que l'on ne se laisse point abattre pour cela, parce que le Seigneur n'abandonne jamais ceux qui attendent fidèlement et patiemment sa venue, et que d'ordinaire il les dédommage, en leur accordant quelque faveur signalée.

Que Ton ne se fatigue point et que l'on n'espère point obtenir la dévotion à force de bras, il suffit qu'on s'abandonne aux sentiments que fait naître dans l'âme la considération des mystères, ou bien que l'on suive pas à pas le Sauveur, et qu'on

l'accompagne partout où il a souffert pour notre amour. Qu'on ne perde point courage, parce quel'on se verra assailli de mille pensées ; souvent ces pensées nous arrivent sans qu'il y ait aucune faute de notre part, et uniquement à cause de notre nature mauvaise, l'essentiel est qu'on les rejette et qu'on les combatte avec vigueur : on n'obtient pas toujours de prime abord ce que l'on désire, et en général, ce n'est qu'après les plus vives et les plus longues instances. C'est pourquoi, mon frère, vous ne devez pas vous laisser abattre, mais travailler, défier les obstacles et persévérer vaillamment: les grâces que le Seigneur tient en réserve à ses amis, valent bien quelques années de peines et de fatigues.

Il est vrai que souvent la cause de nos sécheresses vient de la dissipation de notre esprit, lequel, étant tout occupé des objets extérieurs, éprouve les plus grandes difficultés à \ s'élever jusqu'aux choses de Dieu. Mais c'est justement une raison pour que nous le contraignions à se livrer à un exercice dont le résultat sera de l'échauffer et de lui rendre facile, ■ par l'habitude, ce qui actuellement lui paraît impossible.

Deux choses peuvent nous aider en ceci : d'abord la lecture des livres pieux, dont le propre est de nous familiariser avec la doctrine qu'ils contiennent; mais surtout l'exercice de la présence de Dieu. Ce dernier point est très - important. En efT(it, nous ne devrions jamais perdre Dieu de vue ;

ou du moins nous devrions constamment lever les yeux vers lui , et profiter de toutes les occasions pour lui adresser, jour et nuit, de fréquentes oraisons jaculatoires; le matin en nous levant, le soir en nous couchant, quand nous nous mettons à table, quand nous avons à parler ou à travailler, quand nous sommes tentés, quand nous entendons le son de l'horloge , quand nous arrêtons nos regards sur une campagne couverte de fleurs, ou bien sur un ciel émaillé d'étoiles, quand enfin nous sommes témoins de quelque malheur spirituel ou corporel qui arrive à notre prochain. C'est le moyen d'être continuellement en rapport avec lui ; et , à dire vrai, ces sortes d'oraisons sont comme autant de tisons ardents qui servent à entretenir le feu de son amour. Le bois sec ne s'enflamme pas avec plus de promptitude qu'un cœur ainsi habitué à la prière , à la lecture, et à la méditation des choses divines.

§ in-

De l'action de grâces.

La méditation terminée, nous rendrons grâces au Seigneur , pour le mystère que nous venons de contempler, ainsi que pour ses autres bienfaits généraux ou particuliers, publics ou secrets, dont il sera question plus tard ; nous appellerons à notre aide toutes les créatures du ciel et de la terre , et

nous les inviterons à le bénir et à le remercier, en récitant la prière qui se trouve au vingtième chapitre du livre précédent.

§ IV

De l'offrande.

Après Faction de grâces, nous nous offrirons nous-mêmes à Dieu ; nous lui offrirons toutes nos actions et toutes nos souffrances, afin qu'il n'y ait plus rien en nous qui ne tende à son honneur et à sa gloire. En effet, il est impossible qu'au souvenir des grâces que nous avons reçues, nous ne disions pas comme le Prophète : « Que rendrai-je au Sei- « gneur, pour tous les biens qu'il m'a faits? » (Ps., cxv, 3.) Et dès lors, que nous reste-t-il à faire, sinon de nous abandonner entre sesmains, de nous ranger au nombre de ses esclaves, de consentir à être marqués de son sceau et de renoncer à notre volonté, pour nous consacrer entièrement à son service ?

M;iis offrons-lui surtout les souffrances et les mérites de Jésus-Christ notre Sauveur; c'est la plus riche offrande, l'offrande la plus efficace et la plus méritoire que nous puissions lui faire, et cela avec d'autant plus de raison que Jésus-Christ s'est donné à nous louf entier. Il est notre chair, notre sang, notre salut, notre rédemption ; par son testament il nous a établis héritiers de ses travaux et de ses

mérites, nous pouvons donc les offrir successivement à son Père, soit en expiation de nos fautes, soit pour obtenir un remède à nos maux, soit pour glorifier son saint Nom.

De la demande.

Demandons ensuite tout ce qui est nécessaire à notre salut, en suivant les règles que l'on a indiquées au second chapitre du livre précédent, à propos delà cinquième condition de la prière.

Pendant tout le temps que dure J'oraison, il faut que nous ayons principalement en vue de nous entretenir humblement avec Dieu, en présence duquel nous nous trouvons, parce que de cette manière notre cœur s'élèvera plus facilement, et nous serons plus attentifs, plus respectueux, plus dévots, que si nous nous contentions de ruminer en nous-mêmes la pensée de la mort, du jugement, des peines de l'enfer, ou de tout autre sujet semblable. La chose est facile au moment de l'action de grâces, de l'offrande et de la demande, alors que l'on entre forcément en communication avec Dieu , et que l'esprit prend en quelque sorte son essor pour arriver jusqu'à lui; mais dans la préparation et dans la méditation, on doit, autant que possible, se proposer le même résultat.

Comme on le voit, l'oraison se compose de cinq parties. Afin d'être court, je m'abstiens d'alléguer les textes de l'Ecriture et les passages des Pères qui ne cessent de nous les recommander ; l'essentiel est que l'on n'en néglige aucune ; j'en ai dit rapidement les raisons; mais si Ton voulait plus de détails, on les trouverait dans mon Traité de V Oraison et de la Méditation.

En traçant les règles qui précèdent, je n'ai pas eu la prétention d'imposer une loi à laquelle on ne pût se soustraire ; j'ai voulu seulement montrer le chemin à ceux qui commencent, persuadé qu'une fois qu'ils y seront entrés, qu'une fois admis dans la chambre de l'Époux et dans les celliers où il conserve ses vins précieux, l'exercice et la dévotion les guideront bien plus sûrement. L'expérience prouve que si, après avoir recommandé l'oraison aux novices, on n'a pas soin de les mettre sur la voie et de leur en spécifier la matière, tout ce qui en résulte, c'est que, donnant libre carrière à leur esprit, ils passent d'un sujet à l'autre, d'une pensée à l'autre, sans jamais se fixer, sans jamais s'arrêter à rien de sérieux. Or, bien qu'à la rigueur on puisse donner à cela le nom de considération, ce n'est ni la considération dont nous voulons parler, ni une considération capable de porter des fruits. «Par contemplation, dit Richard de Saint- Victor, on entend tout à la fois (a pensée, la méditation et la contemplation;

mais il y a entre elles cette différence que la pensée va et vient, sans efforts ni profit, ou du moins avec très-peu d'efforts et très-peu de profit; que la méditation s'attache à un sujet, avec effort et profit, et que la contemplation s'y arrête avec très-grand profit et sans efforts d'aucune espèce. » Cette distinction suffit pour nous faire comprendre combien il est peu avantageux de laisser errer cà et là sa pensée, en dehors de tout but et de toute intention déterminée. L'oraison est un exercice qui demande de la fermeté, de la constance, du soin et de l'attention; faute de quoi l'esprit s'égare et se perd, emporté par des distractions à perte de vue.

Il faut donc, du moins daus les commencements, que nous prévoyions le sujet de notre oraison , et qu'à l'exemple de ce que fait l'Église, lorsqu'il s'agit de la prière publique ou de l'office divin, nous ayons des heures fixes où, libres de toute occupation, nous ne pensions qu'à Dieu; mais ceci n'est pas tellement de rigueur, qu'il y ait péché à s'en dispenser. En effet, en dehors du temps et du lieu que l'on a choisis pour faire oraison, on peut toujours élever son cœur à Dieu, à l'aide de n'importe quelle méthode, pourvu qu'elle favorise la dévotion, qui est lafin à laquelle on doit tendre. Que si, par hasard, on trouvait plus de goût ou plus d'avantage à telle où telle considération en particulier, tout le monde s'accorde à dire que

l'on aurait tort de la laisser pour passer à une autre.

D'après ces principes, voici de quelle manière les confesseurs et les directeurs spirituels pourront former à l'exercice de l'oraison les personnes qui désirent s'y avancer. Ils commenceront par leur faire lire, ou par leur raconter les principaux traits de la vie du Sauveur, et ils leur indiqueront ensuite les points sur lesquels elles doivent porter leur attention , ainsi que nous avons tâché de le faire dans les chapitres suivants. Mais afin que les faits se gravent mieux dans leur mémoire, chaque jour, quand la chose sera possible, comme par exemple dans les noviciats, on leur demandera compte de la lecture qu'elles auront entendue, en exigeant qu'elles racontent d'abord l'histoire du mystère , et qu'elles disent ensuite les réflexions que ce mystère leur aura suggérées. Cette méthode a produit, de tout temps, les meilleurs résultats. Du reste, une fois qu'on les aura mises sur la voie, elles s; i uront bien s'arrêter d'elles-mêmes aux considérai ions qui seront de nature à les toucher davantage, et, on les verra s'exciter, tantôt à imiter les exemples de Jésus-Christ, tantôt à le remercier de ses grâces, tantôt à compatir à ses douleurs, tantôt à produire des sentiments de dévotion et d'amour, ou autres affections semblables envers Dieu, qui leur a donné tant de preuves d'alfection

de tendresse.

Après ce court préambule, il est temps que nous en venions à la matière de la méditation ou de l'oraison mentale, d'autant plus que c'est là ce que nous nous sommes proposé dans ce livre. Nous commencerons donc par la vie du Sauveur, où se manifestent surtout la bonté, la justice, la miséricorde de Dieu, et son amour envers les hommes ; mais, quoique ce sujet soit très-riche, très-abondant, et je dirai même divin, uous aurons soin d'en parler très-brièvement, en nous renfermant dans le cadre que nous nous sommes tracé dès le début.

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