CHAPITRE Y
Du fruit qui naît de la considération des mystères sacrés de la vie de Jésus -Christ notre Sauveur.
Avant de passer en revue les différents traits de la vie du Sauveur, nous devrions dire quels sont les fruits qui naissent de cet exercice ; mais, obligé de nous restreindre , nous nous contenterons de faire remarquer que de toutes les considérations, c'est assurément celle qui porte le plus de lumière dans notre intelligence, et qui nous donne sur Dieu les connaissances les plus exactes ; ce qui est le commencement de notre félicité. En effet, ici-bas nous ne connaissons pas Dieu en lui-même,
nous ne le connaissons que par ses œuvres, et nous le connaissons d'autant mieux, que ses œuvres sont plus grandes et plus excellentes; or, comme parmi toutes les œuvres de Dieu , l'œuvre de l'Incarnation (c'est-à-dire le mystère d'un Dieu fait homme par amour pour les hommes), tient sans contredit le premier rang, il est clair qu'il n'y en a point qui soit plus capable de nous découvrir sa sagesse, sa bonté, sa charité, sa miséricorde, sa justice, sa clémence, ainsi que toutes ses autres perfections. On peut comparer la considération de ce mystère à l'échelle miraculeuse que vit le patriarche Jacob , où les Anges montaient et descendaient, parce que les personnes pieuses qui s'y livrent, s'élèvent à la connaissance de Dieu, et descendent aussi à la connaissance d'ellesmêmes.
Cette considération a cela de particulier, qu'elle est avantageuse à tout le monde, à ceux qui commencent à peine, comme à ceux qui ont déjà fait de grands progrès dans la vertu. En vérité, c'est bien là l'arbre de vie qui a été planté dans le j-inlin de l'Église, et qui pousse des branches dont les unes s'élancent vers le ciel , et les autres s'inclinrut jusqu'à terre ; les premières pour les grands e'eM^à-dlre pour ceux qui sont capables d'approfondir lés pi'ifrolionsdeDieu; les secondes pour 1rs petits, c'est-à-dire pour ceux qui, forcés de s'arrêter à la contemplation des souffrances de
Jésus-Christ, ou de leurs propres péchés, ne peuvent encore produire que des sentiments de douleur et de compassion.
Le vrai chrétien doit s'attacher aux pas de Jésus- Christ, et suivre « l'Agneau partout où il va. » (Apoc, xiv, 4.) C'est ce que nous enseigne le prophète Isaïe (xi, 5), lorsque, parlant du Messie, il dit que « la justice sera la ceinture de ses reins, « et la bonne foi, son baudrier;» c'est-à-dire, selon l'Interprète chaldéen, que les justes et les fidèles se tiendront constamment autour de lui, ne le quittant jamais, ne le perdant jamais de vue, et l'accompagnant, par la pensée, depuis sa naissance jusqu'à son ascension glorieuse. Mais si, pour celui qui a le sens spirituel, Jésus Christ est véritablement ce baume dont parle l'Épouse; si Jésus-Christ ne cesse d'exhaler une odeur suave de sainteté, d'humilité, de charité, de dévotion, de compassion, de douceur, de toutes les vertus, en un mot, il est clair que les serviteurs qui l'approchent, semblables à ceux qui passent leur vie au milieu des parfums, finiront par exhaler eux-mêmes une odeur d'humilité, de charité, de patience, et de toutes les autres vertus qui le distinguent.
C'est en vue de ce résultat que nous avons écrit le présent livre. Nous avons exposé d'abord l'histoire de chaque mystère de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ; puis, afin d'ouvrir en quelque sorte la voie aux fidèles, nous leur avons présenté
quelques courtes réflexions, dont les unes ont pour but de réveiller en eux la dévotion ; les autres , de les exciter à la compassion; les autres, de les porter à imiter le Sauveur, à l'aimer, à lui témoigner leur reconnaissance , ou à produire des sentiments de la même espèce. Ce petit traité est calqué sur ceux que saint Bonaventure écrivit pour sa sœur, et qui sont intitulés, l'un : Méditation sur la vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et l'autre : V Arbre de la vie du Crucifié. Seulement, nous nous sommes permis de lui donner une forme plus succincte, afin que chacun put porter sur sa poitrine ce qu'il doit avoir dans le cœur, et répéter ces paroles de l'Epouse : « Mon Bien-aimé a est pour moi comme un faisceau de myrrhe, « il dormira sur mon sein. » (Cant., i, 13.)