‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 108 sur 170 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

De quelle manière la virginité de Marie et le mystère de l'Incarnation furent révélés à saint Joseph.

Quand la Vierge Marie fut de retour à Nazareth, FÉvaugéliste rapporte que saint Joseph, s'étant aperçu de sa grossesse et ignorant ce qui s'était passé, résolut, au lieu de l'accuser, de partir et de la laisser secrètement. Mais, tandis qu'il roulait cette pensée dans son esprit , l'Ange du Seigneur lui apparut et lui révéla le grand Mystère qui s'était accompli.

Considérez d'abord la douleur qu'éprouvait la très-sainte Vierge, en voyant le trouble et l'affliction qui désolaient à si bon droit le cœur de son Époux bien -aimé; et apprenez que le Seigneur abandonne quelquefois les siens aux peines, aux chagrins et aux angoisses, afin d'exercer leur foi, leur espérance, leur charité, leur humilité, leur patience, vertus qui se perfectionnent et s'accroissent dans les tribulations, comme l'or se purifie dans le feu, et comme le feu s'avive au contact de l'air.

Considérez ensuite la patience et le silence avec lesquels la très -sainte Vierge supporta cette

épreuve. Elle ne perdit rien de la paix de sa conscience, ni de l'humilité de son âme; elle n'eut pas un instant la tentation de divulguer le Mystère dont elle avait le secret ; elle ne songea pas à invoquer le témoignage d'Elisabeth, qui pourtant eût été d'un si haut poids, et qu'eussent appuyé la sainteté et l'innocence de sa vie, si exempte de tout soupçon. Elle ne fit rien de tout cela; mais, abîmée dans la prière, elle recommanda sa cause au Seigneur, s'abandonnant entièrement au bon plaisir de sa divine providence.

Considérez encore la grandeur de sa foi et de son espérance. Dans une circonstance où la prudence humaine ne laissait entrevoir aucune issue ni aucun remède, non-seulement elle ne perdit pas confiance , mais elle espéra contre toute espérance, et elle resta persuadée que l'Auteur du mystère qui s'était accompli en elle viendrait à son secours, et achèverait ce qu'il avait commencé, sachant très-bien que ses œuvres ne demeurent jamais défectueuses ni imparfaites. En quoi vous reconnaîtrez la vérité de ces paroles du Prophète : << De grandes tribulations sont réservées aux « justes; mais le Seigneur les délivrera de tous les « maux. » (Ps. xxxiii, 20.)

Considérez encore la sainteté du glorieux patriarche saint Joseph, qui, ayant tant de raison •l'accuser et de faire condamner la Vierge innocente, et pouvant se servir du glaive que la loi

elle-même mettait entre ses mains, préféra s'en aller errant et fugitif par le monde , plutôt que de poursuivre son droit devant la justice des hommes. C'est que la véritable justice est toujours remplie de miséricorde, et que la véritable charité n'estiuie pas qu'il puisse y avoir profit pour elle là où les autres éprouvent quelque dommage ; c'est, en un mot , que la miséricorde est tellement naturelle aux justes, que le Sage a pu formuler cette sentence : « Le juste s'inquiète de la vie des « animaux, la commisération même des méchants « est cruelle. » (Prov., xn, 10.) Aussi est-il vrai de dire que la conduite de saint Joseph fut bien plus celle d'un ange que d'un homme ; car on comprend que les démons fassent du mal à ceux qui ne le méritent pas ; que les hommes en fassent à ceux qui le méritent; mais n'en faire ni aux uns ni aux autres, cela n'appartient en vérité qu'aux anges. Or telle était la disposition où saint Joseph, cet ange de la terre , se trouvait envers Marie , laquelle pourtant, nous le savons, était exempte de toute espèce de faute.

Considérez encore la révélation qui fut faite à ce saint Patriarche, et vous comprendrez comment le Seigneur châtie et récompense, comment «il « tue et il vivifie , il conduit aux enfers et il en « ramène » (I Rois, n, 6) ; comment se vérifie, en un mot, ce que dit l'Apôtre : « Le Seigneur « sait délivrer le juste de la tentation.» (II Pierre,

n, 9.) Après cela, pensez à la joie et à l'admiration tlont il fut saisi lorsqu'il connut l'innocence de Celle qu'il ne pouvait se résoudre à regarder comme coupable , la dignité et la gloire à laquelle Dieu l'avait élevée, et qu'au lieu de songer encore à s'éloigner d'elle , il comprit qu'elle avait droit à toute sa vénération et à tous ses hommages. Oh î quelles actions de grâces, quelles louanges ne dutil pas rendre au Seigneur qui l'avait ainsi éclairé, détrompé, consolé, détourné de sa funeste résolution, et choisi pour être le dépositaire et le gardien d'un si riche trésor! Ah ! sans doute qu'il s'empressa d'accourir auprès de la Vierge, laquelle, selon toutes les prohabilités , suppliait en ce moment le Seigneur de lui venir en aide, et que, se jetant dévotement à ses pieds, les yeux mouillés de larmes, il lui demanda pardon de son erreur passée, et lui raconta en même temps la révélation que l'Ange venait de lui faire.

Mais quelle ne fut pas la joie de la très-sainte Vierge, quelles douces larmes ne versa-t-elle pas lorsque, d'un côté, elle put admirer le soin avec lequel le Seigneur adoucit les souffrances de ceux qui le servent, et que, de l'autre, elle vit son Époux bien-aimé délivré de la peine qui l'avait tant fait souffrir elle-même et ne se possédant plus de bonheur? Ah î sans doute que sa joie égala l'amour qu'elle lui portait; car, bien qu'elle demeurât toujours vierge, il est certain que ja-

mais épouse n'aima son époux autant qu'elle. Enfin, si, au témoignage de l'Ecclésiastique (xxxv, 26), « la miséricorde de Dieu est admirable au «temps de la tribulation, » combien ne dut -elle pas le paraître alors à ce bienheureux Couple? quels cantiques de louanges, quelles actions de grâces ne firent-ils pas monter vers le ciel, et de quelles larmes ne les accompagnèrent-ils pas?

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