CHAPITRE X
De la Circoncision de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
« Quand les huit jours pour circoncire l'Enfant « furent accomplis, » dit saint Luc (n, 21 ) , «il fut a nommé Jésus, nom que l'Ange lui avait donné, « avant qu'il fût conçu dans le sein de sa Mère. »
Considérez d'abord la douleur que dut ressentir la chair tendre et délicate du Fils de Dieu, lorsqu'il se soumit au martyre de la circoncision; car cette opération était si douloureuse, surtout au huitième jour, que souvent elle occasionnait la mort. Comprenez par là combien vous êtes redevable à ce doux Sauveur, qui commence de si bonne heure à souffrir et à faire pénitence afin d'expier vos turpitudes et vos excès. A peine est-il né, en effet, qu'il verse des larmes, et huit jours après il offre les prémices de son sang, pour vous convaincre que sa charité ne se lasse jamais, et que plus il avancera en âge, plus il donnera aux hommes des preuves de son dévouement.
Considérez ensuite la douleur et les larmes de saint Joseph, qui avait pour cet enfant une affection si tendre ; mais surtout l'amour et les larmes
de la très-sainte Vierge, qui l'aimait bien davantage encore. Voyez comme elle s'efforce d'apaiser à force de caresses les cris de son Fils, qui, quoique vrai Dieu , pleure et se lamente à la manière des petits enfants ; comme elle recueille avec respect ces saintes reliques et ce sang précieux, dont la valeur lui est si bien connue !
Remarquez encore que le Fils de Dieu en commença ses prédications qu'à l'âge de trente ans, tandis que dès le huitième jour après sa naissance, il voulut être circoncis et faire l'office de Rédempteur. Admirez comment cet Époux de sang n'a rien de plus pressé que de répandre son sang pour l'Église son épouse; comment ce nouvel Adam, à peine sorti du Paradis , c'est-à-dire des entrailles virginales de sa mère, connaît déjà le bien et le mal; comment ce riche marchand, ou pour mieux dire ce Rédempteur du genre humain, se hâte de donner un à -compte sur la somme qu'il s'est obligé à payer, et de verser quelques gouttes de sang en gage de celui qu'il se propose de verser un jour avec plus d'abondance; et, en le voyant mettre sitôt la main à l'œuvre, comprenez les désirs qui l'animent du moment qu'il paraît en ce monde. 0 mon âme, adore avec le sentiment de la vénération la plus profonde cette goutte de sang, dans laquelle est enfermé le prix de ton salut , et qui à elle seule suffirait pour sauver tous les hommes, si l'infinie miséricorde de Dieu n'a-
vait pas à cœur d'offrir elle-même une satisfaction surabondante.
Enfin , arrêtez votre esprit sur le nom de Jésus que l'on donne à l'Enfant nouveau-né; et si les apparences du pécheur que vous découvrez en lui vous laissent quelque doute, abandonnez- vous à une confiance sans bornes en pensant que Jésus signifie Sauveur. Adore, ô mon âme, embrasse et répète avec amour ce très-doux Nom, Nom plus doux que le miel, plus suave que l'huile, plus salutaire que le baume , plus puissant que toutes les puissances du monde. C'est là le Nom que les patriarches désiraient, après lequel les prophètes soupiraient, que les psaumes chantaient, que toutes les générations célébraient à l'envi; c'est là le Nom que les anges adorent , que les démons craignent, que les esprits infernaux ne peuvent entendre prononcer sans prendre la fuite , que les pécheurs n'invoquent jamais en vain. 0 Nom consolant, Nom délectable, Nom glorieux, digne d'être écrit en lettres d'or dans nos cœurs!
Eh quoi ! homme lâche et sans courage , si la vue d'un petit enfant qui ne fait que de naître, ne suffit pas pour dissiper tes craintes, pense à la vertu de son Nom et cesse de t'éloigner de lui ; approche-toi, au contraire, et dis-lui avec les sentiments d'une respectueuse confiance, et en empruntant les paroles du dévot saint Anselme : « 0 Jésus, pour la gloire de votre Nom, soyez-
moi Jésus! Que veut dire Jésus, sinon Sauveur? Oh ! de grâce , montrez et faites-moi sentir la puissance de votre Nom, et accordez-moi le véritable salut. »