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CHAPITRE XII

De la Purification de la très-sainte Vierge (îc mystère joyeux).

Lorsque les quarante jours de la purification furent accomplis selon la loi de Moïse , l'Évangéliste rapporte que la Vierge se transporta à Jérusalem pour se conformer à la loi et pour offrir l'Enfant divin dans le Temple. Là le Sauveur fut déposé entre les bras du saint vieillard Siméon, qui depuis longtemps soupirait après ce jour, et il fut reconnu et adoré par Anne la prophétesse, qui se trouva là en ce moment.

Considérez d'abord la profonde humilité de cette Vierge qui , après son enfantement , est restée plus pure que les étoiles du ciel, et qui se soumet néanmoins à la loi de la purification,

offrant volontairement un sacrifice que les femmes ordinaires étaient seules tenues d'offrir. Hélas! combien sa conduite et celle de son Fils diffèrent de la nôtre! Nous voulons être pécheurs, mais non pas le paraître, tandis que Jésus- Christ et sa Mère, qui n'ont jamais commis de péché, se confondent parmi les pécheurs : Jésus - Christ , comme nous l'apprend l'Ëvangéliste, en consentant à être circoncis le huitième jour après sa naissance , et Marie , en allant à Jérusalem pour y être purifiée le quarantième jour après son enfantement.

Considérez encore l'humilité et la charité du Fils de Dieu, qui en ce jour s'offre pour nous dans le Temple, comme une victime très- agréable à son Père, afin qu'en le lui offrant nous-mêmes chaque fois que nous aurons besoin d'obtenir quelque grâce, nous ayons le droit d'être exaucés. Voyez comment la sainte Vierge, dont le cœur brûle d'amour pour les hommes et qui sait que son Fils seul peut les sauver, se hâte, elle aussi, de l'offrir au Père éternel. Mais admirez avec quelle joie, quelle promptitude, quelle générosité ce Fils unique de Dieu se dévoue pour le salut du genre humain. Ah ! on recounaît bien là Celui qui nous a aimés au point de descendre du ciel sur la terre, de se revêtir de notre nature, de courir à notre poursuite pendant trente ans, de s'immoler sur la croix , d'assurer que notre con-

version était sa nourriture et son breuvage, et de s'écrier en mourant : « J'ai soif, » tant était violent le désir qu'il avait de notre bonheur ! On a vu des pères qui, réduits à la dernière extrémité, ont vendu leurs enfants, on en a vu même qui les ont tués, afin de se nourrir de leur chair; mais, tout au contraire, le Père du siècle futur, qui du ciel est venu jusqu'à nous , se livre et donne sa vie pour les siens.

Considérez encore comment la très-sainte Vierge ne craint pas de faire une offrande d'aussi mince valeur que celle d'une paire de tourterelles ou de jeunes pigeons, en même temps qu'elle offre son Fils, dont le prix est infini. Cela vous apprendra à unir vos faibles œuvres et vos faibles mérites aux mérites inestimables de notre divin Sauveur, si vous voulez que la valeur de ceux-ci leur soit communiquée. Le lierre n'est pas capable de s'élever par lui-même au-dessus de la terre; mais s'il rencontre un arbre qui lui serve d'appui, il atteint bientôt les plus hautes branches. Il en est de même de nos œuvres; unies avec celles de Jésus-Christ , c'est-à-dire appuyées sur l'arbre qui est planté au milieu du Paradis de l'Église, elles ne tardent pas à monter jusqu'au ciel. Unissez donc vos prières aux prières de Jésus - Christ , vos larmes à ses larmes, vos jeûnes à ses jeûnes, vos veilles à ses veilles, et offrez -les au Seigneur, afin qu'il leur donne une valeur que d'elles-

mêmes elles ne sauraient avoir. Une goutte d'eau en soi n'est qu'une goutte d'eau; mais jetée dans une grande pièce de vin, elle se change en vin, c'està-dire en une substance supérieure. Ainsi en est-il de nos œuvres : prises à part , elles ne sont rien ; mais unies à celles de Jésus- Christ, avec le secours de la grâce elles acquièrent la même valeur que ces dernières.

Remarquez aussi que la très-sainte Yierge offre à Dieu des oiseaux dont le chant est un gémissement continuel, pour nous apprendre que , dans ce lieu d'exil et de pèlerinage , l'occupation des justes est de voler et de gémir , de passer du vol de la contemplation au gémissement de la componction. En effet, tandis qu'ils se prennent à réfléchir sur la distance qui les sépare de Dieu, sur les misères de cette vie, sur l'exil auquel ils sont condamnés, sur les péchés, les dangers et les séductions du monde, ils ne peuvent s'empêcher de gémir, et ils redisent avec le Prophète : « Mes larmes jour et nuit sont ma nourri riture pendant qu'on me dit sans cesse : Où « est votre Dieu? » (Ps. xli, 4.)

Considérez encore la joie incomparable que firent naître dans le cœur de Siméon la vue et la présence de l'Enfant divin. Quand ce saint Vieillard, si zélé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, si désireux de voir, avant de mourir, Celui après lequel les patriarches n'avaient cessé

de soupirer, et qui devait être le remède et le salut de toutes les générations , fut admis à le contempler, à le presser dans ses bras, et que, par une révélation particulière du Saint-Esprit, il connut que dans son petit corps était renfermée la Majesté de Dieu tout entière; quand, dis-je, il se trouva en face d'un tel Fils et d'une telle Mère, oh! alors, au milieu de tant de clartés et de tant de merveilles, quels ne furent pas les sentiments de son cœur! Que dit-il? Que fit-il? Que se passa-t-il en lui? Quelles douces larmes s'échappèrent de ses yeux! Quelles douces émotions se manifestèrent sur son visage ! Avec quelle dévotion n'entonna-t-il point ce cantique qui contient l'abrégé de tout l'Évangile ! Seigneur, que ceux qui vous aiment et qui vous servent sont heureux! Combien leurs peines et leurs travaux sont utilement employés , puisque dès cette vie , et avant que l'heure de la récompense ait sonné, vous les consolez et vous les traitez d'une manière si magnifique !

Après avoir examiné ce qui se passa dans le cœur du vieillard Siméon, examinez aussi ce qui se passa dans le cœur de la Yierge, et vous trouverez ce cœur, d'une part, rempli de joie et d'admiration en entendant les merveilles et les hautes destinées que l'on prédit a son Fils, et, de l'autre, en proie à une incomparable tristesse en apprenant, comme l'annonçait Siméon, que cé.mAme

Fils serait un signe de contradiction , une sorte de but contre lequel les méchants décocheraient toutes les flèches de leur fureur, qu'il serait l'objet de leurs haines les plus violentes, et qu'ensuite de cela, son cœur de vierge serait percé d'un glaive de douleur. Pourquoi , Seigneur , permettez - vous que l'on révèle sitôt à votre Épouse innocente ce qui sera pour elle un martyre aussi long que sa vie ? Pourquoi ne pas lui cacher ce mystère jusqu'au dernier moment, et lui épargner ainsi d'effroyables angoisses? N'êtesvous pas satisfait que votre Épouse soit vierge : faut-il encore qu'elle devienne martyre ? Pourquoi alïliger à ce point Celle que vous aimez avec tant de tendresse , Celle qui vous a servi avec tant de fidélité, qui ne vous a jamais offensé et qui n'a jamais mérité aucun châtiment? Seigneur, si vous l'affligez, c'est parce que vous l'aimez; c'est parce que vous ne voulez pas la priver du mérite de la patience et du martyre ; c'est que vous ne désirez rien tant que de la voir s'exercer à la pratique de la vertu, imiter Jésus-Christ votre Fils , et travailler à se rendre digne de la couronne que vous promettez à vos serviteurs , couronne d'autant plus éclatante que leurs travaux auront été plus constants et leurs épreures plus pénibles. Après cela, que personne n'ose élever la voix contre les peines de cette vie; que personne n'ait horreur de la croix,

que personne ne regarde la tribulation comme une preuve qu'il est abandonné de Dieu, puisque la plus aimée et la plus favorisée des créatures a été aussi la plus délaissée et la plus affligée.

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