‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 113 sur 170 · CHAPITRE XIIJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIJ

De la Faite en Egypte-

Lorsque les Mages, dociles à la voix de l'Ange, s'en furent retournés dans leur pays par un autre chemin , Hérode ne recevant plus de nouvelles de l'Enfant, et comprenant qu'il avait été trompé, résolut de faire périr tous les enfants qui étaient dans Bethléhem , ainsi que dans le pays d'alentour, afin d'envelopper dans ce massacre Celui dont il avait un si grand désir de se défaire. Au même instant un Ange apparut à Joseph dans le sommeil , et lui ordonna de prendre l'Enfant et sa Mère , et de fuir en Egypte , parce qu'Hérode cherchait l'Enfant pour le tuer. Joseph, se levant, prit l'Enfant et sa Mère, et se retira en Egypte, où il demeura sept ans, c'est-à-dire jusqu'à la mort d'Hérode. Alors le même Ange ordonna à Joseph de retourner dans la terre d'Israël, parce que ceux qui en voulaient à la vie de l'Enfant étaient morts.

Considérez d'abord comment la crainte et l'épouvante succèdent à la joie dans le cœur de la Vierge , quand elle apprend qu'un Roi puissant cherche son Fils bien -aimé pour le faire périr. Elle n'a rien de plus pressé que de mettre à couvert le riche Trésor qui lui est confié , et pendant tout le temps que durent les préparatifs du voyage , en songeant aux poursuites dont son Fils est l'objet , en voyant que déjà les douloureuses prophéties de Siméon commencent à s'accomplir, elle pleure, et les larmes qui s'échappent de ses yeux arrosent le visage de l'Enfant qu'elle presse sur son cœur virginal. A la fin elle se lève en grande hâte, elle prend son Enfant entre ses bras, et, dans l'espoir de sauver ce qu'elle a de plus précieux, elle abandonne sans regret son pays , ses parents, ses amis , sa maison , ainsi que les pauvres meubles qu'elle renferme.

Considérez ensuite tout ce que Marie et Joseph eurent à souffrir dans un voyage auquel ils étaient si loin de s'attendre , tant à cause de leur peu de ressources, que par suite de la précipitation avec laquelle ils avaient été forcés de fuir ; tout ce qu'ils eurent à souffrir pendant un exil qui dura sept ans , au milieu d'un pays idolâtre, où les habitants étaient d'autant moins bien disposés en faveur des étrangers, qu'ils vivaient entre eux comme des barbares : en un mot, tout ce qu'ils eurent à souffrir de leur pauvreté, pau-

vie té bien grande , puisque au jour de sa purification , au lieu d'un agneau , la Yierge n'avait pu offrir que deux tourterelles ou deux pigeons, ainsi que la loi de Moïse le prescrivait aux indigents. Ils étaient là comme des étrangers , manquant des choses les plus nécessaires, vivaut à l'écart, mal logés, mal vus du monde, mais joyeux et contents , parce que leur Trésor était en sûreté. C'est de cette manière que le Seigneur traite ses meilleurs amis ici-bas; c'est de cette manière qu'il les afflige, qu'il les éprouve et qu'il les exerce sur cette terre , afin de les récompenser et de les couronner dans le séjour de la gloire éternelle.

Considérez en même temps comment notre divin Sauveur eut à essuyer de bonne heure les injustices, les persécutions et les contradictions du monde, et jugez par là quels sont les traitements auxquels doivent s'attendre ceux qui sont ses membres et qui ont un même esprit avec lui.

Considérez aussi la cruauté d'Hérode , qui ne recula pas devant la pensée de verser tant de sang innocent ; et la tyrannie de ce Roi qui, pour se débarrasser d'un enfant dans lequel il entrevoyait un rival, en fit périr des milliers d'autres, vous montrera jusqu'où peut aller la peste de l'ambition. Fuyez donc les honneurs du monde; méprisez les fausses et trompeuses richesses, si vous ne voulez pas tomber dans les mêmes excès.

Si, quelques jours seulement après la naissance du Sauveur , il se trouva un Hérode pour lui déclarer la guerre , soyez bien persuadé que quand ce Sauveur sera né spirituellement dans votre âme, il s'élèvera aussitôt une multitude d'Hérodes pour le faire mourir. En effet, le monde par ses persécutions, la chair par ses caresses, les faux amis par leurs mauvais conseils , le démon par ses artifices, s'efforceront de vous détourner de vos bonnes résolutions, c'est-à-dire d'étouffer en vous Jésus-Christ. Fuyez donc au désert avec la femme de l'Apocalypse, tenez- vous à l'écart, éloignez - vous de la compagnie des hommes , de ceux surtout qui peuvent être dangereux pour votre âme. Jésus-Christ trouva plus de sûreté en Egypte que dans la Judée, parmi les infidèles que parmi les fidèles : il en est de même du chrétien; souvent il a moins à craindre au milieu des païens qu'au milieu des chrétiens charnels et méchants; car mieux vaut un ennemi déclaré qu'un faux ami, et le loup qui se présente sous la figure d'un loup n'est jamais si terrible que celui qui se cache sous la peau d'une brebis. C'est pourquoi l'Apôtre disait aux Corinthiens : « Je vous ai écrit dans ma k lettre , n'ayez point de commerce avec des a i'ornicateurs, ce qui ne s'entend point des force nicateurs de ce monde , non plus que des « avares, des rapaces, des idolâtres, autrement

« vous devriez sortir de ce monde; mais je vous a ai écrit de ne pas avoir de commerce avec « celui qui, portant le nom de frère, est forni- « cateur, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, « ou ivrogne , ou rapace , et même de ne pas « manger avec un tel homme. » (I Cor., v, 9-1 i.)

Après avoir accompagné en esprit le Sauveur jusqu'en Egypte, ne le quittez point, ne quittez ni Joseph ni Marie , mais partagez volontiers l'exil qu'ils endurent pour vous, et promettezleur de ne jamais les abandonner ; car vous pourrez par là acquérir autant de mérite que si réellement vous eussiez fait le voyage avec eux. L'Écriture ne nous dit rien de ce qui se passa en Egypte pendant tout le temps que la sainte Famille y demeura ; mais il vous sera facile d'imaginer une foule de circonstances relatives à l'enfance de Jésus qui rempliront votre àme de dévotion. Pareillement vous vous imaginerez qu'au retour vous les suivez jour par jour jusqu'à leur arrivée dans leur pays , tantôt vous empressant de leur rendre les services dont ils ont besoin, tantôt vous entretenant avec la Mère des perfections de son Fils , tantôt couvrant ce doux Fils de vos caresses et le suppliant de vous prendre pour son serviteur et de vous donner sa bénédiction. C'est ainsi que votre cœur s'attendrira, et qu'en se rapprochant du Soleil de jus-

tice il recevra la lumière et la chaleur de la dévotion.

Enfin, en considérant qu'Hérode étant mort sept ans après , l'Enfant Jésus et sa Mère purent retourner dans leur pays , vous vous convaincrez que ni la félicité des méchants, ni les épreuves des justes, ne sont jamais de longue durée, avec cette différence néanmoins que la. première aboutit à une tristesse éternelle, tandis que les secondes se changent en joies qui se perpétueront dans les siècles des siècles, ainsi que le Seigneur nous l'assure par la bouche de son Prophète, ce Je t'ai « délaissée pour un peu de temps,» dit- il en s'adressant à l'âme fidèle, « et dans ma miséri- « corde je te rappellerai. » (Is., liv, 7.)

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