‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 118 sur 170 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Considérations servant de préambule àl'histoire de la Samaritaine, de la Chananéenne, de Madeleine et de la Femme adultère.

Quoique toutes les actions et tous les bienfaits du Sauveur nous offrent de nombreux sujets de méditation, nous croyons néanmoins devoir nous attacher de préférence à la bonté et à la miséri-

corde dont il fit preuve à l'endroit de quatre femmes pécheresses, la Samaritaine , la Chananéenne, la Madeleine, et la Femme adultère.

Dieu, ainsi que cela ressort de la doctrine du Sage (Prov., xvi, 4), a fait toutes ses œuvres, les œuvres de la nature, comme celles de la grâce, pour sa gloire, c'est-à-dire pour la manifestation de ses vertus et de ses perfections. Ces vertus et ces perfections, innombrables et infinies comme lui-même, peuvent en dernière analyse se diviser en deux classes : les unes qui regardent sa miséricorde , et les autres sa justice ; les unes qui nous portent à l'aimer, et les autres à le craindre. Et, bien que l'on en découvre des traces dans toutes ses œuvres, parce qu'en lui la miséricorde et la justice sont inséparables, il est pourtant des œuvres qui semblent émaner plus particulièrement de sa justice , et d'autres de sa miséricorde. Ainsi, par exemple, dans les divers châtiments infligés à l'Ange superbe , à l'homme désobéissant, au monde entier, lors du déluge , ou bien encore à ceux qui sont condamnés au feu de l'enfer, que l'Apôtre appelle « des vases de co- « 1ère » (Hom., ix, 22), c'est la justice qui éclate ; mais lorsqu'il s'agit des élus, de ceux que l'Apôtre appelle « des vases de miséricorde » (Ibid., 23 ) , lorsqu'il s'agit de leur fournir les moyens d'arriver à leur fin , c'est évidemment la bonté et la miséricorde qui prennent le dessus.

Le Seigneur, voulant donner aux hommes une idée exacte de ces deux perfections, a choisi deux époques : l'une pour faire éclater sa justice, et ce sera au dernier jour lorsqu'il viendra juger le monde ; l'autre pour faire éclater sa bonté et sa miséricorde, et c'a été lorsque, s'étant revêtu de notre chair, il est venu accomplir l'œuvre de notre rédemption. On comprend maintenant pourquoi le prophète David s'écriait : « Seigneur , « montrez - nous votre miséricorde , et donnez- « nous votre salut. » (Ps, lxxxiv, 8.)

Le Fils de Dieu est donc venu dans le monde afin de faire connaître aux hommes sa miséricorde et celle de son Père, qui ne diffère en rien de la sienne, puisqu'il dit lui-même dans l'Évangile : « Philippe, qui me voit, voit aussi mon u Père » (Jean, xiv, 9); et un peu auparavant : « Si vous m'eussiez connu , vous auriez connu « mon Père ; mais bientôt vous le connaîtrez , « et vous l'avez déjà vu » Tbid. , 7); comme s'il eût voulu dire, vous le connaîtrez plus parfaitement, quand l'Esprit-Saint, en vous éclairant de ses lumières, vous l'aura mieux fait connaître. Déjà vous l'avez vu, puisque vous m'avez vu, moi, et que vous savez avec quelle douceur, quelle bonté, et quelle miséricorde j'ai traité les hommes. Mon Père est en tout semblable à moi, et, s'il venait dans le monde, il traiterait les hommes, il converserait avec les hommes , de la même ma-

nière que je les ai traités et que j'ai conversé avec eux ; il ne leur tiendrait pas un langage différent, parce que tout ce que je dis et tout ce que je fais, c'est lui qui le dit et qui le fait en moi.

Il suit de là que si nous voulons connaître la bonté et la miséricorde du Père éternel, nous n'avons qu'à jeter les yeux sur son Fils unique , lequel n'est pas seulement l'image parfaite de sa substance et de sa beauté , mais aussi l'image de sa bonté et de sa miséricorde , bonté et miséricorde qu'il est venu manifester aux hommes , comme il les manifeste aux anges , afin que partout dans le ciel et sur la terre, pour les anges comme pour les hommes , il fût ce qu'il convient que soit un fils, le portrait de son Père et l'image de la gloire de Dieu. Arrêtons donc nos regards sur cet aimable Seigneur; admirons son incarnation , sa naissance , sa vie , sa mort , toutes ses actions, en un mot, parce qu'elles sont autant de preuves de sa bonté et de sa miséricorde, et que c'est pour cette fin qu'il a fait sa première apparition dans le monde. Comprenons aussi par là combien nous avons de motifs de l'aimer de tout notre cœur , et d'espérer en lui au milieu des tribulations. L'objet de sa volonté étant la bonté , une si grande bonté demande tout notre amour ; une si grande piété , une si grande miséricorde, toute notre confiance ; car ce serait en vain que DOus exalterions la miséricorde de Dieu, si, au

moment où nous sommes éprouvés par l'affliction, nous cessions d'espérer en elle; et celui-là cesserait véritablement d'espérer en elle, qui dans un cas de pressant besoin se laisserait aller au découragement, ou n'attendrait plus son secours de la prière.

Mais s'il vous faut quelque chose de plus particulier et de plus frappant, laissant de côté toutes les actions de la vie du Sauveur, considérez la conduite qu'il tint envers les quatre Femmes pécheresses que nous avons nommées tantôt , et à mesure que vous apprendrez à mieux connaître sa bonté et sa miséricorde ineffables , vous vous sentirez plus de désir de l'aimer et de vous confier en lui.

Page 1