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CHAPITRE XXIV

Considérations servant de préambule à l'histoire de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De quelle manière nous devons la méditer.

Après avoir passé en revue les principaux

mystères de la vie de notre Sauveur, il est temps

que nous disions quelques mots de sa Passion

douloureuse. Ce sujet est si consolant, si avan-

iix aux Ames, qu'on ne saurait trop y insister;

mais comme nous sommes obligé de nous restreindre, nous nous réserverons pour une autre occasion, et nous nous contenterons de donner ici quelques règles, afin qu'on puisse le méditer comme il faut. Cela est d'autant plus nécessaire, que beaucoup de personnes s'attachent uniquement à compatir aux souffrances que Jésus-Christ a endurées pour nous ; ce qui est en soi une chose sainte et excellente, mais non pas le seul fruit que l'on doive recueillir de cet arbre de vie. 11 y a, en effet, cinq autres points auxquels il faut faire attention lorsqu'on s'occupe de la Passion du Sauveur; il faut d'abord que nous nous excitions à la douleur et au repentir de nos fautes. Tout ce que Jésus-Christ a souffert, il l'a souffert à cause du péché , et s'il n'y avait pas eu de péchés dans le monde, jamais il n'eût été forcé d'employer un remède aussi coûteux. Ce sont les péchés, les vôtres comme les miens, comme ceux de tous les hommes, qui ont été ses bourreaux ; ce sont les péchés qui l'ont lié , qui l'ont flagellé , couronné d'épines et attaché à la croix. Ce sont les péchés qui ont été la cause de ses atroces souffrances : non pas qu'ils aient pu lui faire violence iet le forcer à les endurer malgré lui, mais parce qu'ils ont fourni à la Justice divine l'occasion id'exiger une satisfaction dont jusque-là on n'avait point vu d'exemple.

Il faut, en méditant la Passion du Sauveur, que

non-seulement nous nous excitions à la haine du péché , mais que nous nous efforcions aussi d'aimer et d'imiter les vertus qui hrillent plus particulièrement en lui , comme l'humilité , la patience, l'obéissance, la douceur, le silence, etc. Cette manière de méditer est d'autant plus parfaite et plus avantageuse, que de la contemplation on passe à l'imitation.

Quelquefois il sera bon d'arrêter nos pensées sur la grâce que le Sauveur nous a faite , et en considérant combien il nous a aimés, combien il nous a donné, combien lui a coûté ce qu'il nous a donné , notre premier mouvement sera de lui offrir des louanges et des actions de grâces infinies.

D'autres fois nous tâcherons de nous élever jusqu'à la connaissance de Dieu, et pour cela nous considérerons la grandeur de sa bonté, de sa miséricorde, de sa justice, de sa longanimité, mais plus particulièrement de sa charité, parce que nulle part ailleurs on ne la voit briller comme dans la Passion de son Fils ; c'est là, en effet, qu'il nous a, donné la plus grande marque d'amour. La plus grande marque d'amour qu'un ami puisse donner à son ami n'est pas tant de lui faire du bien que de souffrir pour lui ; mais Dieu étant impassible de sa nature , il nous eût toujours semblé quu son amour laissait à désirer quelque chose, et c est pour cela qu'il a plu à sa

bonté souveraine de se revêtir de notre nature , afin de pouvoir souffrir et souffrir de telle façon, que, n'ayant plus de doute sur son amour, nous fussions portés à l'aimer comme il nous a aimés lui-même, c'est-à-dire sans bornes et sans mesure.

D'autres fois enfin nous pourrons considérer la profondeur des conseils de Dieu , et la convenance du moyen qu'il a choisi dans sa sagesse pour guérir le genre humain, c'est-à-dire pour payer nos dettes , allumer la charité dans nos cœurs, fortifier notre patience, confirmer notre espérance, abattre notre orgueil, mettre un frein à notre avarice et à notre sensualité , en un mot , pour nous inculquer l'humilité, le mépris du monde, la haine du péché , l'amour de la croix, et une foule d'autres vertus semblables.

On voit par là que l'on peut méditer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ de six manières différentes : 1° en compatissant à ses douleurs; 2° en lui témoignant le regret de l'avoir offensé ; 3° en cherchant à imiter ses vertus; 4° en le remerciant de ce qu'il a enduré ; o° en s'efforçant de lui rendre amour pour amour; 6° en admirant la sagesse des conseils divins dans l'économie de ce mystère. Ce sont là autant de méthodes qu'il ne faut jamais perdre de vue , parce que l'occasion de les appliquer revient sans cesse , mais dont pourtant on ne doit se servir qu'avec discrétion, et en prenant

l'Esprit-Saint pour guide. Disons pourtant que les deux premières, dont le but est d'exciter à la componction, conviennent davantage à ceux qui commencent, et les quatre autres à ceux qui, plus avancés dans la piété , éprouvent un vif désir de voir le feu de l'amour divin s'allumer dans leur cœur.

L'essentiel est que, dans tous ces exercices, nous nous efforcions de comprendre et de pénétrer autant que possible la grandeur des souffrances de Jésus-Clirist. Plus il a souffert, plus ses souffrances nous inspireront de la compassion. Plus il a souffert pour détruire le péché, plus le péché nous paraîtra détestable. Plus il a souffert, plus il s'est abaissé, plus il a supporté d'injures, plus les épreuves auxquelles il s'est soumis ont été rudes , et plus nous admirerons sa patience, son humilité, sa douceur, son obéissance et ses autres vertus. Plus il a souffert pour notre amour, plus nous nous convaincrons qu'il y a obligation pour nous de l'aimer. Plus il a souffert en voulant nous sauver, plus nous nous ferons une juste idée de la reconnaissance que nous lui devons pour un bienfait de cette importance. Enfin par là nous apprendrons aussi à connaître Dieu, ou, si vous préférez , les choses les plus capables d'imprimer en nous l'amour et la crainte de Dieu, ainsi que le respect de ses commandements : je veux dire sa charité, qui lui a attiré

tant de cruels traitements ; sa bonté, qui s'est étendue si loin ; sa miséricorde, qui Ta porté à se charger de tant de misères; sa justice, qui, pour expier le péché, lui a fait exercer tant de rigueurs sur sa propre personne.

Il faut donc qu'avant toutes choses nous nous pénétrions de la grandeur des souffrances de Jésus-Christ. Quand une fois cette idée nous sera devenue familière, le reste ne nous offrira plus aucune difficulté, et nous n'aurons qu'à nous laisser aller tantôt à une affection , et tantôt à une autre, selon que notre âme y trouvera plus de goût ou plus de profit ; c'est d'ailleurs le but que je me suis proposé en parlant de ces différentes affections, tant s'en faut que j'aie prétendu gêner la liberté de personne !

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