‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 132 sur 170 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

De quelle manière Notre-Seigneur Jésus-Christ fut présenté à Pilate et flagellé à la colonne. (2e mystère douloureux. )

Quand le matin qui suivit cette nuit de douleur et d'ignominie fut venu , toute l'assemblée se levant, ils lièrent le Sauveur, le conduisirent à Pilate , qui gouvernait la Judée au nom des Romains , et supplièrent celui-ci avec les plus vives instances de le condamner à mort. Or, pendant qu'ils étaient là criant, accusant Jésus, avançant contre lui les mensonges et les faussetés les plus détestables, au milieu de tout ce tumulte et de toutes ces vociférations , Jésus était comme un doux agneau , qui n'ouvre point la bouche devant celui qui le tond ; il ne s'excusait point , il ne se défendait point, il ne prononçait pas même une parole; si bien que son silence, sa gravité, la sérénité de son visage causaient au Juge un étonnement dont il n'était pas le maître.

Pilate savait, à n'en pouvoir douter, que c'était la jalousie qui mettait tout ce monde en mouvement. Vaincu néanmoins par sa propre pusillanimité et par la crainte de déplaire à l'Empereur, il ordonna de flageller l'Agneau innocent, dans

la persuasion qu'après cela ses ennemis cesseraient de demander sa mort. A peine a-t-il donné cet ordre , que le Sauveur est dépouillé de ses vêtements. On l'attache fortement à une colonne , et les bourreaux commencent à frapper sa chair virginale : les coups succèdent aux coups , les plaies s'élargissent, les blessures se multiplient , le sang coule à grands flots à travers ses épaules et en telle abondance, que la terre en est rougie. Quel supplice plus douloureux et à la fois plus infamant! C'est le supplice, non pas des hommes libres, mais des esclaves, des voleurs et des criminels de bas étage : d'après la loi romaine, tout citoyen, de quelque méfait qu'il se fut rendu coupable, en était exempt ; et, dans une de ses harangues , Cicéron n'a pas de termes assez forts pour flétrir la conduite d'un juge qui l'avait infligé malgré les justes réclamations du patient. Mais dis-moi, ô mon âme , si le cœur se révolte à la vue d'un citoyen romain qu'on flagelle, que sera-ce donc de voirie Maître de l'univers attaché à une colonne et recevant sur son dos une pluie de coups, comme un vil malfaiteur? Anges du ciel, vous qui connaissiez la majesté du Sauveur, que faisiez -vous en le voyant frappé et maltraité de la sorte? Que signifie ceci, ô Roi de gloire , que signifie ce supplice? que veut dire ce châtiment? Quel larcin avez-vous commis pour que l'on en soit venu jusqu'à vous

flageller? Ah ! je le comprends, la cause de ces coups, la raison de ce châtiment, ce sont mes larcins, mes crimes, et non pas les vôtres! La même charité qui vous a porté à vous revêtir de ma nature, vous a porté aussi à vous charger de mes dettes, et c'est pour payer ces dettes que vous souffrez maintenant. On voit bien là ce que vous êtes et ce que je suis : ce que je suis, moi, qui ai commis des actions qui méritent de tels châtiments ; ce que vous êtes , vous , dont la miséricorde n'a pas craint de s'en rendre responsable.

Les Évangélistes se taisent sur le nombre de coups que le Sauveur reçut dans sa flagellation ; mais nous pouvons en juger par la multitude de nos iniquités, comme aussi par la cruauté de ces bourreaux impitoyables , qui se plaisaient à le torturer et à voir couler son sang. Malheureux pécheur ! toi qui es la cause de cet épouvantable supplice, comment peux-tu encore ne pas aimer ton Sauveur, ne pas le craindre, ne pas espérer en lui, ne pas compatir à ses souffrances? ne pas l'aimer , en voyant ce qu'il souffre pour ton amour; ne pas le craindre, en voyant de quels châtiments terribles il punit le péché; ne pas espérer en lui, en voyant combien la satisfaction qu'il offre à Dieu pour ce même péché est copieuse et abondante; ne pas compatir à ses souffrances, en voyant les tourments qu'il endure et les flots de sang qui ruissellent par tout son corps ?

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