CHAPITRE XXXIY
Du parallèle qui fut établi entre Notre-Seigneur Jésus-Christ et Barabbas.
A cette injure en succéda une autre, la plus grande peut-être de toutes celles que le Sauveur eut à essuyer pendant le cours de sa Passion. Depuis que les Romains s'étaient établis dans la Judée, c'était la coutume chaque année, à l'occasion de la fête de Pàque , de délivrer au peuple un prisonnier, celui qu'il choisissait lui-même. Pilate, désirant arracher Jésus à la mort, offrit de le délivrer ou de délivrer Barabbas , qui s'était rendu coupable de sédition et de meurtre, et dont, par conséquent, personne ne pouvait songer à demander la grâce. Il espérait, par là, parvenir à sa fia ; car qui eût jamais supposé qu'un séditieux et un assassin serait préféré à l'homme le plus doux que Ton vit jamais? à son avis, le salut de l'Innocent était assuré. Admirez l'humilité du Sauveur : il consent à ce qu'on le compare à Barabbas, il permet que l'on mette en question lequel des deux vaut mieux et est plus digne de vivre , et quand la question a été débattue , et que l'on en vient à une décision, c'est lui-même qui est condamné, tandis que Barabbas sort libre de sa prison. Qui
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ne sera saisi d'épouvante en présence d'un tel abaissement de la part du Fils de Dieu? Cet abaissement fut pire que celui de la croix. Sur la croix il n'était ni plus, ni moins, qu'un malfaiteur condamné , qu'un malfaiteur crucifié entre des malfaiteurs, et confondu avec eux; mais ici on le met en parallèle avec Barabbas , et d'un consentement unanime, aux acclamations de la foule, ii est déclaré plus coupable que lui. 0 Roi de gloire , mais jusqu'à quel point avez -vous donc poussé votre humilité , votre patience , votre charité? Et toi, homme aveugle, que penses -tu de ton orgueil, d'un orgueil qui ne pouvait être guéri qu'à ce prix, et que, malgré cela, tu laisses subsister dans toute sa force? De bonne foi, voyons, quel cas dois-tu faire des jugements et de l'opinion du monde , après une sentence aussi inique que celle que nous venons d'entendre : que dis -je! après tant d'iniques sentences prononcées contre les prophètes, les apôtres et les martyrs qu'il sacrifia sans pitié ? S'il arrive à un de tes serviteurs de laisser échapper un mensonge, tu n'ajoutes plus de confiance à ses paroles, et, après que le monde a menti autant de fois qu'il a condamné de saints, après qu'il a poussé l'audace du mensonge jusqu'à déclarer Barabbas supérieur à Jésus, tu continuerais d'ajouter foi à son témoignage ! Ah ! certes il me semble que c'en est assez pour que nous fermions désormais nos yeux et nos oreilles, à
toutes les actions et à tous les dires de ce monstre à plusieurs têtes, si furieux, si aveugle, si insensé dans les jugements qu'il porte et dans les opinions qu'il avance.