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CHAPITRE XXXVIII

De la Résurrection de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ.

(1er mystère glorieux.)

Le combat terminé, au moment même où le dragon infernal se croyait sur de la victoire , tout à coup Jésus-Christ fit éclater la toute-puissance de la divinité qui résidait dans son âme. Comme un lion courageux , il descendit j usqu'au fond de l'abîme, il se saisit du fort armé, le terrassa, lui enleva les victimes qu'il tenait captives, et le priva des droits qu'il avait exercés jusqu'alors sur les membres, pour le punir d'avoir voulu violenter le chef : nouveau Samson , il écrasa ses ennemis en mourant; Agneau sans tache, « avec le sang de « son Testament, il délivra ses prisonniers du lac « où il n'y avait point d'eau» (Zach. ix, 11); véritable David, il coupa la tête de Goliath avec Fépée même de Goliath. Par sa mort, enfin, il vainquit celui qui était l'auteur de la mort, et qui se servait

de la mort pour assujettir tous les hommes à son empire. Le troisième jour après cette victoire, l'Auteur de la vie, vainqueur de la mort, ressuscita des morts : le véritable Joseph, délivré de sa prison par ordre du souverain Roi, fut dépouillé des cheveux de sa faiblesse et de sa mortalité, et revêtu d'une robe resplendissante et immortelle.

Ici vous vous représenterez les différentes apparitions qui eurent lieu en ce jour : la joie des patriarches , qui étaient dans les limbes , auxquels le Sauveur se montra d'abord , et qu'il délivra de leur captivité; la joie de la très-sainte Vierge ,; des saintes femmes, qui s'en allaient au sépulcre pour embaumer son corps, et enfin des disciples , si désolés d'avoir perdu leur Maître , et qui furent remplis de tant de consolation en le revoyant.

Considérez en premier lieu la joie que dut causer aux patriarches la visite et la présence de leur Libérateur, et combien ils durent le louer et le remercier de ce qu'il avait bien voulu venir leur annoncer le salut qu'ils désiraient, qu'ils attendaient depuis tant de siècles. On dit que la joie qu'ils éprouvent en rentrant dans leur pays fait oublier aux navigateurs qui retournent des Indes toutes les fatigues et tous les dangers de leur voyage : mais si cela est vrai après un exil d'un an ou deux, dites-moi quels ne durent pas être les transports de ces saints personnages, lorsqu'après

un exil de trente, de quarante siècles, ils reçurent la nouvelle de leur salut, et virent s'ouvrir sous leurs pas la terre des vivants !

Mais qui nous dira la joie dont la très-sainte Yierge fut inondée en voyant son Fils ressuscité ! Évidemment, après avoir pris la plus grande part aux douleurs de sa Passion , elle eut aussi la plus grande part au triomphe de sa Résurrection. Qui nous dira les sentiments de son cœur, lorsqu'elle aperçut son Fils vivant , glorieux , accompagné des Saints qui étaient ressuscites avec lui, les embrassements qu'elle lui prodigua, les caresses dont elle le couvrit, les pieuses larmes qui s'échappèrent de ses yeux, le désir qu'elle eut de le suivre ?

Mais que penser de la joie des saintes Maries, et en particulier de Celle qui s'était tenue pleurant près du sépulcre , lorsqu'il lui fut donné de se prosterner aux pieds du Sauveur et de contempler son glorieux visage. A coup sur, en prenant congé de sa Mère, c'est à elle que le Sauveur apparut le premier, à elle qui l'avait aimé davantage, qui s'était montrée plus constante envers lui, qui l'avait pleuré, qui lavait cherché avec plus de diligence. Soyez certain, à votre tour, que si vous cherchez Dieu avec les mêmes larmes et le même soin, vous le trouverez infailliblement. ,

Considérez d'un côté la faiblesse des disciples,

qui, en présence du scandale de la Passion, furent si prompts à se décourager, à perdre la foi; et comprenez par là combien est profonde notre misère, combien il faut peu pour nous ôter le courage et la confiance, quels que soient d'ailleurs les gages et les assurances que Dieu nous a donnés. Considérez aussi, d'un autre côté, la bonté et la providence de Dieu, lequel n'abandonne jamais les siens pour longtemps, mais qui s'empresse toujours de les consoler et de les secourir en les visitant. Il connaît très-bien notre misère, il sait de quel limon nous sommes formés, et il ne permet pas que nous soyons jamais tentés au-dessus de nos forces. Cinq fois il leur apparut le jour même de sa Résurrection, il réduisit à quarante beures les trois jours qu'il devait passer dans le sépulcre à partir du moment où il était mort sur la croix, et en place de ces quarante heures de tristesse il leur accorda quarante jours de joie. Voyez comme il est bon pour ceux qui l'aiment, et comme il leur prodigue les consolations bien plus que les épreuves.

Considérez ensuite de quelle manière il apparut, sous la forme d'un voyageur, aux disciples qui allaient au village d'Kmmaus , de quelle affabilité il fit preuve à leur égard , avec quelle familiarité il les entretint pendant le voyage , avec quelle douceur il leur cacha qui il était, avec quel amour enfin il se découvrit à eux, les

laissant, pour ainsi dire, tout embaumés de ses discours. Que vos conversations soient semblables à celles de ces deux disciples , qu'elles roulent sur la Passion et les souffrances du Sauveur, et soyez persuadés que le Sauveur viendra aussi vous honorer de sa présence.

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