CHAPITRE XL
De la venue du souverain Juge.
Au même instant où le Sauveur montait au ciel, les Anges annoncèrent à ses disciples qu'il viendrait encore une fois, de la même manière, pour juger le monde. Ils voulaient nous avertir par là qu'un excellent moyen pour nous de persévérer dans le bon chemin, c'est de bien nous per-
suader que si la première venue de Jésus-Christ a eu pour trait distinctif la miséricorde, la rigueur et la justice présideront infailliblement à la seconde. Ce sera un jour terrible que celui du Jugement; mais quelle parole pourra nous le dépeindre ? Plus d'une fois le Seigneur a exercé ses jugements sur le monde : le genre humain tout entier abîmé sous les flots du déluge ; Sodome et les villes voisines , consumées par le feu ; l'Egypte , frappée d'une multitude de plaies; Dathan et Àbiron, engloutis parla terre qui s'entrouvre, sont là comme d'effrayants exemples de sa colère. Pourtant, avouons -le, tout cela n'est rien en comparaison du dernier jour : c'est l'ombre placée à côté de la vérité.
Voulez-vous en concevoir quelque idée ? représentez-vous les signes effroyables qui le précéderont; car il y en aura dans le soleil, dans la lune, dans les étoiles, au ciel et sur la terre. En les vovant, les hommes seront saisis d'un frisson mortel; « ils sécheront de frayeur, » dit l'Evangile, « dans l'attente de ce qui doit arriver à « l'univers. » (Luc, xxi, 26.)
Prêtez l'oreille au son redoutable de la trompette, qui retentira par toute la terre, et à la voix lugubre de l'Archange , qui criera : « Morts ! levezvous, et venez au Jugement. » De quelle épouvante ne se sentira-t-on pas pénétré, lorsqu'on verra sortir de tous côtés, de la terre comme de
la mer, des hommes qui , revêtus des mêmes corps qu'ils eurent jadis , se rassembleront en un même lieu pour recevoir la récompense ou le châtiment qu'ils auront mérité? De quelle épouvante ne se sentira-t-on pas pénétré , lorsqu'on verra tant de corps, les uns réduits en cendre ou en poussière depuis des siècles, les autres dévorés par les animaux ou bien par leurs semblables, recevoir de Dieu, chacun ce qui lui est propre, et cela sans la moindre confusion ni le moindre désordre?
De quelle épouvante, dis-je, ne se sentira-t-on pas pénétré au milieu du monde qui brûle, des édifices qui tombent, de la terre qui est ébranlée, des éléments qui s'altèrent, du soleil, de la lune et des étoiles, qui perdent leurs clartés, des sépulcres qui s'ouvrent, du bruit que fait la trompette, de l'effroi où sont les nations, des consciences qui se manifestent, des démons qui se montrent çà et là, de la fumée et des flammes qui s'échappent du gouffre infernal, mais surtout à la vue de l'étendard royal de la Croix, des insignes de la Passion et des reproches que le Seigneur adressera à ses ennemis , en leur rappelant tout ce qu'il a souffert pour eux?
Pensez à la venue du souverain Juge, et à l'effroi des méchants, quand, le voyant arriver environné de toute sa gloire , ils crieront aux montagnes de tomber sur eux et de les dérober à ses regards. Admirez la séparation qui aura lieu entre
les hommes : les humbles et les doux seront placés à la droite; les orgueilleux et les rebelles seront placés à la gauche. Oh ! alors, quelle ne sera pas la surprise des grands de la terre , quand ils verront ceux pour lesquels ils affectaient tant de mépris élevés à un si haut degré de gloire ?
Réfléchissez sur le compte sévère que vous serez obligé de rendre , puisque , d'après l'expression formelle de l'Évangile , on ne vous fera pas même grâce d'une parole oiseuse. Jésus-Christ, le souverain juge, qui,, lors de sa première venue, s'était montré la douceur même, lancera des regards terribles, et ne respirera plus que vengeance. En vain voudrez-vous en appeler devant un autre tribunal que le sien : il est toutpuissant , et vous ne pourrez lui échapper ; il est « le Dieu des sciences » (1 Rois, n, 3), vous ne pourrez rien lui cacher ; il déteste souverainement le péché, vous ne pourrez l'empêcher de le punir. Alors vous serez forcé de vous expliquer sur tant de choses , que la moindre vous causera de terribles perplexités : on vous interrogera sur l'emploi de votre temps, sur la manière dont vous aurez traité votre corps , sur le soin que vous aurez mis à veiller sur vos sens , à garder votre cœur, à répondre aux inspirations de Dieu, à lui témoigner votre reconnaissance pour ses bienfaits, à faire un bon usage de ces mêmes bienfaits. Il y aura là contre vous autant de témoins qu'il existe de
créatures dont vous aurez abusé, et ils vous jetteront dans un tel trouble , que , sans le privilège de l'immortalité, l'effroi seul vous tuerait. Ditesmoi, quel sera le désespoir du méchant ! De quelque côté qu'il se tourne , il n'apercevra que des objets qui rempliront son âme de terreur : sur sa tête , le souverain Juge; sous ses pieds, l'enfer avec sa gueule béante; à sa droite, ses péchés, devenus ses accusateurs; à sa gauche, les démons, qui se disposent à l'entraîner; au dehors de lui, le monde dévoré par les flammes; au .dedans de lui, sa conscience bourrelée de remords. En proie à de si mortelles angoisses, où ira-t-il? que fera-t-il? Se cacher, il ne le peut; se montrer, il ne l'ose. Hélas ! s'il est vrai que le juste ne se sauvera qu'avec peine, quelle chance restera-t-il à un malheureux pécheur comme lui ?
Mais écoutez , voici la terrible sentence : « Allez, « maudits, au feu de l'enfer, qui a été préparé ce pour le diable et pour ses anges : car j'ai eu a faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; « j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à « boire, etc. » (Matth., xxv, 41 , 42.) Apprenez par ces paroles à connaître ce que valent les œuvres de miséricorde. La joie et le contentement seront l'éternel partage de celui qui se sera montré libéral envers ses frères, parce que Dieu à son tour se montrera libéral envers lui; l'avare, au contraire, après avoir été dépouillé de ses biens, sera exclu pour toujours du royaume des cieux.