‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 141 sur 170 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Des peines de l'enfer.

Après que Jésus-Christ aura prononcé la sentence finale, les justes iront à la vie éternelle, et les méchants au feu éternel. Pour vous faire une idée de cette dernière peine, il faut vous représenter l'enfer, ainsi que nous le conseillent les saints, comme un horrible chaos, comme un lac souterrain enveloppé d'épaisses ténèbres; ou bien comme un puits d'une profondeur effroyable rempli de feu jusqu'à son ouverture ; ou bien encore comme une ville désolée, livrée, pendant une nuit obscure, à toutes les horreurs de l'incendie, du sein de laquelle on entend s'élever les lamentations et les cris de désespoir que la douleur arrache à ses malheureux habitants.

Pensez ensuite à la nature, au nombre et à la durée des tourments que l'on y endure. Quel sera ce feu, qui brûlera toujours et qui ne s'éteindra jamais? Que dire de ce froid et de cette puanteur qui régneront à jamais dans ce lieu épouvantable? Remarquez bien, je vous prie, les expressions dont se sert l'Éleriture , en parlant de l'enfer : il s'agit de grincements de dents, de pleurs, de gémissements, de blasphèmes et d'accès de rage»

Mais tâchez de vous rendre compte des divers supplices que souffrent les damnés : c'est d'abord un feu dévorant et qui ne s'éteint point; c'est un froid insupportable , c'est une puanteur horrible ; ce sont des ténèbres que l'on peut toucher avec la main, comme celles de l'Egypte, et plus épaisses encore. Tous les sens sont attaqués à la fois, et chacun d'eux éprouve un tourment qui lui est propre : les yeux ne rencontrent plus que les hideuses formes des démons; les oreilles nentendent plus que les voix confuses et les gémissements lamentables des malheureux réprouvés, mêlés aux cris et aux hurlements d'impitoyables bourreaux, qui, acharnés à torturer leurs victimes , ne cessent de les poursuivre de leurs sarcasmes : Où est maintenant votre gloire, leur disent-ils? où est le faste de vos maisons? Qu'est devenue cette troupe d'esclaves empressés à vous servir? Que sont devenus les nombreux courtisans que vous traîniez à votre suite ? Le goût et l'odorat ne sont pas plus épargnés que les autres sens ; et chaque membre, pour avoir servi d'instrument au péché , est puni selon la nature de son crime.

Mais ne vous arrêtez pas aux peines extérieures du corps , pénétrez plus avant, et voyez ce qui se passe dans l'àme des malheureux réprouvés. Considérez d'abord ce ver rongeur qui ne meurt jamais, c'est-à-dire ces remords cuisants que leur cause le souvenir de leur vie criminelle. Qui dira

eur dépit et leur rage, lorsqu'ils pensent qu'il leur en BÙt coûté si peu pour se soustraire à de si horribles supplices? Hélas ! que leur reste-t-il de leurs plaisirs, de leurs prospérités passées? « Que nous a servi « l'orgueil , » sont-ils obligés de dire, a que nous f a procuré l'ostentation des richesses? Toutes « ces choses ont passé comme l'ombre, comme le « courrier qui se hâte. » (Sag., y, 8,9.)

Certes , ce sont là des peines bien terribles ; mais ce qui ne l'est pas moins, c'est la compagnie avec laquelle ils sont forcés de vivre , c'est la triste et profonde obscurité qui les enveloppe, c'est surtout le regret amer d'avoir perdu Dieu sans aucun espoir de le retrouver jamais. Il y a entre cette peine et toutes les autres peines sensibles, toute la différence qui existe entre la beauté de Dieu et la laideur de l'enfer.

Considérez enfin la durée des peines de l'enfer : elles ne finiront jamais, ni dans mille ans, ni dans mille millions d'années , ni dans autant d'années que l'on pourrait compter en ajoutant tous les nombres imaginables, par la raison que dans l'enfer il n'y a ni terme, ni fin , ni rédemption , ni révision, ni appel, ni année jubilaire, ni satisfaction, ni rémission des péchés, mais seulement une douleur et un désespoir qui se perpétueront pendant tous les siècles des siècles. Supposez que Dieu permît à quelqu'un de dessécher l'Océan , à la condition de n'y puiser qu'une seule

goutte d'eau tous les mille ans et même tous les cent mille ans , eh bien ! ce serait une consolation indicible pour les damnés s'ils pouvaient se promettre qu'une fois le dessèchement accompli, leurs peines auraient un terme ; mais il ne leur reste ni cet espoir, ni cette consolation. Enfin, mon frère, dites -moi, n'est -il pas vrai qu'avant de consentir à tenir votre main sur un brasier ardent, ne fût-ce que pendant la récitation d'un Credo, vous accepteriez de bon cœur les plus rudes épreuves? Pourquoi donc , quand vous êtes menacé d'être plongé pour toujours dans les flammes éternelles de l'enfer, demeurez-vous oisif et n'éprouvez-vous aucune crainte? Votre conduite n'est-elle pas celle d'un insensé?

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