CHAPITRE XLII
De la gloire du Paradis.
À la différence des pécheurs , qui recevront le châtiment de leurs crimes, les justes seront couronnés et introduits dans le séjour de la gloire.
Kf Forcez-vous d'abord, autant que votre faiblesse vous le permettra, de vous représenter le lieu qu'habitent les saints, et pour cela ne craignez
nêmes nous ont suggérées. Figurez - vous donc m? ville d'un or très-fin, dont les murailles sont )rnées de pierres précieuses , et dont chaque 3orte est aussi une pierre de grande valeur; ou )ien une vaste plaine couverte de prairies émailées de fleurs, et de forets toujours vertes, où 'ègne un printemps perpétuel, et d'où s'exhalent es parfums les plus délicats.
Après cela, pensez à la Trinité bienheureuse, tt comprenez quelle sera votre gloire lorsque vous contemplerez face à face ce type de toute beauté , le toute bonté, de toute suavité, et qu'en le voyant yous posséderez tout ce que votre cœur pourra lésirer, vous connaîtrez tout ce que votre esprit >era capable de connaître, dans la mesure de vos propres mérites. C'est bien là le livre qu'on appelle de la vie éternelle, livre dont l'origine est éternelle, dont l'essence est incorruptible, dont la connaissance donne la vie , dont la doctrine est ï la portée de tous les esprits, dont la science est louce , dont la profondeur est insondable , dont l'écriture est ineffaçable, et dont les paroles ont un sens qui échappe à l'interprétation des hommes les plus habiles.
Pensez aussi à l'Humanité sacrée de Notre-Sei- ^neur Jésus-Christ, qui, après avoir été attachée à une croix pour notre salut, réside maintenant dans le ciel pour notre gloire; et n'oubliez pas qu'en lec'i nous sommes supérieurs aux anges, par la
raison que notre commun Maître n'est pas un ange , mais un homme , sans cesser néanmoins d'être Dieu. Quelle ne sera pas la joie de votre âme, quand vous verrez la multitude innombrable des saints, que vous serez admis parmi eux , et que , la charité confondant tous les mérites, vous entrerez en partage de leur félicité !
Pensez encore aux qualités dont seront doués les corps glorieux, en récompense des services qu'ils auront rendus aux âmes : ils deviendront immortels, impassibles, agiles, et tout resplendissants de beauté. Les âmes ne seront pas moins privilégiées que les corps : elles posséderont la plénitude de la sagesse ; dégagées des ténèbres de l'ignorance, elles seront inondées de clarté, et chez elles la tristesse, désormais bannie, fera place à la joie la plus pure; sans compter qu'à ces avantages inappréciables viendront s'en joindre une foule d'autres.
Ici les personnes pieuses ont un vaste champ à parcourir : à mesure qu'elles considèrent la grandeur du bien souverain qui nous est réservé, elles peuvent porter leur vue et étendre leurs regards aussi loin qu'il leur plaît. Mais que ne devez-vous pas au Seigneur, qui vous a créé , qui vous a racheté, qui vous a attendu jusqu'à ce jour pour vous mettre en possession d'un si grand bonheur, et qui vous aide constamment de sa grâce, pour vous faire obtenir cette couronne? G fortuné
royaume , où Jésus-Christ règne au milieu de ses saints ; royaume dont la loi est fondée sur la vérité , dont la paix est établie sur la charité, et dont la durée se mesure sur l'éternité ! Yous n'êtes ni divisé ni amoindri par la multitude de ceux qui vous possèdent î Malgré le nombre de vos habitants, malgré la diversité de rangs qui les distingue, il n'y a en vous ni confusion, ni désordre; vous n'êtes point resserré par l'espace, vous n'êtes point emporté par le mouvement , et le temps, qui détruit toute chose, n'a point de prise sur vous.