‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 146 sur 170 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Action de grâces.

Tout ce qui a été dit précédemment ayant trait à la connaissance de soi-même , on pourra terminer cet exercice par les trois parties dont nous avons parlé plus haut, et qui sont l'action de grâces, l'offrande et la demande. Il y a un tel enchaînement entre ces trois parties, elles découlent si naturellement l'une de l'autre, que, en dehors même des avantages qu'elles offrent, on ne saurait les négliger sans de très-graves inconvénients. En effet, on entre en oraison par l'accusation de ses fautes et la connaissance de soi-même , c'està-dire par la porte de l'humilité, et l'on passe ensuite à l'action de grâces. Quand une fois on s'est bien convaincu que de soi-même on n'est que néant, que l'on a, pour ainsi dire, touché du doigt cette vérité, les yeux s'ouvrent, et l'on voit clairement que, le néant excepté, tout ce que l'on possède est un don gratuit de la main de Dieu; et plus l'on voit cela clairement, plus on se sent porté à lui en rendre des actions de grâces. Mais à la différence des sentinelles qui montent sur les plus hautes tours , afin de mieux découvrir ce qui se passe au loin , celui qui désire voir Dieu doit se

placer, au contraire , à l'endroit le plus bas, c'està-dire dans le néaDt même d'où il a été tiré, parce que nulle autre part ailleurs il n'aura la même facilité pour s'apercevoir que tout ce qu'il possède , tout ce qui a plus de consistance que le néant, est un effet de sa libéralité.

Après l'action de grâces vient l'offrande, qui consiste à offrir quelque chose de ce qui nous appartient à Celui qui s'est montré si prodigue à notre égard ; et comme rien ne peut lui être plus agréable que les mérites et les souffrances de Jésus-Christ , il faut ne pas craindre , tout en lui offrant ces mérites et ces souffrances, de lui demander toutes les grâces dont nous avons besoin. C'est là la dernière partie de l'oraison, et celle que l'on nomme la demande.

Toutes ces différentes parties ont cela de bon qu'on peut les allonger ou les abréger, selon que l'on a plus ou moins de loisir, plus ou moins de ferveur et de dévotion. En effet, qu'il s'agisse de la connaissance de soi-même, ou de l'action de grâces, ou de la considération des bienfaits divins, qui sont si grands et si nombreux, ou de l'offrande , dans laquelle il est loisible à chacun de parcourir en détail tous les traits et tous les mystères de la vie de Jésus Christ, en les offrant à son Père , ou bien encore de la demande , qui nous fournit l'occasion d'exposer nos innombrables besoins, il est clair que la matière étant si abon-

dante, nous serons toujours libres d'y consacrer autant de temps que nous voudrons.

En terminant, je crois devoir supplier les personnes qui, n'étant point retenues par leurs occupations, désirent faire des progrès dans la verlu, de se recueillir deux fois le jour, une fois pour méditer sur la vie de Jésus-Christ, et une autre fois pour s'appliquer à la connaissance d'elles-mêmes, selon la méthode qui leur a été indiquée, ou toute autre qu'elles jugeront préférable. Mais s'il s'en trouve qui, à cause de leurs occupations ou des obligations de leur état, ne puissent pas adopter cette règle, je leur conseillerai de se recueillir au moins une fois, de commencer par travailler à se bien connaître, parce que, comme dit l'Écriture : « Le juste s'ac- « cuse lui-même le premier» (Prov., xvm, 17), et de passer ensuite à la considération de la vie du Sauveur, qui, à dire vrai, est une matière inépuisable.

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