CHAPITRE XIV
Première oraison ou première méditation sur le Pater noster.
L'éloquence qui n'a pas pour effet de ravir les cœurs , a dit un Sage , ne mérite pas le nom d'éloquence; ce qui signifie, en d'autres termes, que, par la chaleur de leurs discours et l'habileté de leurs raisonnements, les hommes peuvent, dans certaines circonstances, exciter l'admiration de leurs semblables. Mais, Seigneur, s'il est donné à l'esprit humain de s'élever à une telle perfection , quelle ne sera donc pas la perfection de vos œuvres? Il y a toujours proportion entre l'effet et la cause , entre l'œuvre et la capacité de l'ouvrier; mais si votre puissance, votre bonté et votre sagesse l'emportent si fort sur la puissance et la sagesse des hommes, encore une fois, Seigneur, combien vos œuvres ne seront-elles pas plus admirables que leurs œuvres ! Ce que je veux dire , ô mon Dieu , c'est qu'il est dans votre nature de produire des œuvres que nulle langue ne peut
expliquer, que nul entendement ne peut concevoir, et qui défient toute louange. Car vos œuvres répondent nécessairement à ce que vous êtes; et, comme vous êtes infiniment sage, infiniment puissant, infiniment bon, et, par conséquent, incompréhensible , il faut que toutes ces qualités se retrouvent en elles; il faut surtout qu'elles se retrouvent dans les œuvres de votre bonté et de votre miséricorde , auxquelles vous attachez tant d'importance, et qu'en les voyant on demeure comme frappé de stupeur. Certes, si la reine de Saba éprouva ce sentiment lorsqu'elle se vit en présence de Salomon, qui, après tout, n'était qu'un mortel comme nous, combien ne devonsnous pas l'éprouver davantage lorsque nous nous trouvons en présence des merveilles qu'ont opérées votre bonté et votre sagesse infinies ! Ici naturellement je me rappelle les mystères de l'Incarnation de votre Fils unique , de sa très-sainte Passion, de l'institution du très-saint Sacrement qu'il nous a laissé en ce monde , de l'amour que vous nous avez témoigné, vous Dieu de majesté, Dieu infiniment grand, en nous adoptant pour vos enfants, et en consentant à devenir notre Père. Notre Père, c'est votre Fils lui-même qui veut que nous vous appelions de ce nom , et il ne vous en donne pas d'autre dans tout son Évangile. «Votre Père, » dit-il, « sait de quoi vous « avez besoin. » (Matth., vi, 8.) « Regardez les
« oiseaux du ciel; ils ne sèment, ni ne moisce sonnent, ni n'amassent dans des greniers, et « votre Père céleste les nourrit. » (Matth., vi, 26.) « Ce n'est pas, » dit -il encore, « la volonté de « votre Pèçe qui est dans les cieux , qu'un seul « de ces petits périsse. » (Id., xVm, 14.) « Allez « dire à mes frères : Je monte vers mon Père et « votre Père , vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jean, xx, 17.) « C'est pourquoi, » ajoute saint Paul, « il ne rougit pas de nous appeler ses frères, « disant : J'annoncerai votre nom à mes frères. » (Hébr., ii, 11, 12.)
Cette dignité c'est, votre Fils qui nous l'a obtenue et méritée par son incarnation et sa passion, ainsi que nous l'apprenons de l'Apôtre. « Dieu, » dit-il, « a envoyé son Fils, formé d'une « femme , soumis à la loi, pour racheter ceux qui « étaient sous la loi, pour que nous reçussions « l'adoption des enfants. Et parce que vous êtes « enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit « de son Fils, criant : Abba, Père! » (Gai., iv, 4-6.) Ainsi donc, ô mon Dieu, non -seulement vous nous avez appelés vos enfants , mais vous nous en avez donné l'esprit et le cœur, en répandant dans nos âmes le même esprit qui demeure dans l'âme de votre Fils, afin que nous pussions partager avec lui le même titre et la même gloire. C'est d'ailleurs ce que saint Jean (i, 12) nous assure lorsqu'il dit : «A tous ceux
« qui ont reçu Jésus-Christ, Jésus- Christ a donné « le pouvoir d'être faits enfants de Dieu , » c'està-dire de ne plus vivre selon les appétits et les désirs de la chair et du sang , mais avec la pureté et la sainteté qui conviennent à des enfants de Dieu; et afin que nous n'eussions pas la pensée que vous êtes notre Père de nom seulement, mais non pas de fait, votre propre Fils insiste , disant : « N'appelez, « sur la terre personne votre père ; car un seul est « votre Père, lequel est dans les cieux. » (Matth., xxiii, 9) , c'est-à-dire qu'il n'y a pas de comparaison à établir entre l'amour et les soins que vous avez pour les hommes, et l'amour et les soins que le père le plus tendre a pour ses enfants. Quel père, en effet, s'imposa jamais pour assurer l'avenir de ses enfants d'aussi grands sacrifices que vous, qui avez livré votre propre Fils afin de nous faire entrer dans l'héritage de votre gloire ! Ah ! pouvons-nous dire avec David : « Mon père « et ma mère m'ont abandonné ; mais le Seigneur « m'a recueilli. » (Ps. xxvi, 16.) Ou bien avec le prophète Isaïe (lxiii, 16) : « Vous êtes notre « Père ; Abraham ne nous connaît pas , et Israël « ne sait pas qui nous sommes. » Et en cas que ces témoignages ne fussent pas suffisants, nous nous souviendrons de vos propres paroles : « Une « mère, » dites-vous, « peut- elle oublier son ence fant? peut-elle ne pas être émue pour le fruit « de ses entrailles? Mais quand elle l'oublierait,
« moi je ne l'oublierai jamais : je te porte gravé a dans mes mains ; mes yeux veillent toujours « sur tes murailles. » (Ps. xlix, 15, 16).
Notre Père.
C'est en considération de cette grande, de cette ineffable miséricorde, que votre Fils unique , Seigneur, nous permet, que dis-je? nous ordonne de vous adresser nos prières, en disant : « Notre « Père qui êtes aux cieux. » 0 royale parole ! ô douce parole ! ô parole qui console le cœur et le remplit de dévotion ! Quel est celui d'entre nous, Seigneur, qui aurait eu la hardiesse de vous interpeller de la sorte, si votre Fils unique ne nous y eût autorisés? Qui êtes- vous, Seigneur, etqui suis-je, pour vous donner le nom de Père ? Vous êtes Celui qui est et je ne suis que néant; le monde entier, que vous avez créé, n'est que néant devant vous. Quoi de plus admirable, quoi de plus miséricordieux que vous, qui êtes le Dieu de la majesté infinie , le Roi des rois , le Seigneur des seigneurs, le Saint des saints, le Dieu des dieux, la gloire des anges, la joie des bienheureux, vous consentiez à être mon Père , à in adopter pour votre enfant, moi boue infecte, ver de terre, la plus perverse de toutes les créatures? 0 merveilleuse piété, ô Ion-
gueur, ô largeur, ô hauteur et profondeur de la charité et de la bonté de Dieu ! « Notre Père ! » 6 parole consolatrice, parole d'amour, parole d'espérance! Que vous rendrai-je, Seigneur, en reconnaissance de cette grâce? De quels termes me servirai-je pour exalter cette miséricorde? Qui ne sera ravi d'étonnement à la vue d'une telle largesse? « Notre Père! » quel miel plus doux, quel lait plus suave, quel baume plus précieux que cette parole? 0 joie inestimable! ô douceur ineffable, se sentir le courage de vous donner le nom de Père! Mais, mon Dieu, que pouviezvous faire de plus pour moi, et que pouvais-je désirer de plus que de vous avoir pour Père ? Oh ! comme le Disciple bien-aimé comprenait bien tout ce qu'il y avait là de grand et de généreux de votre part : « Voyez, » disait -il, « quelle charité le Père a eue pour nous, de voua loir que nous soyons appelés et que nous « soyons réellement enfants de Dieu. » (I Jean, m, 1.) Comme s'il eût voulu dire : Dieu ne s'est pas contenté de nous donner le titre d'enfants, il a voulu que nous le fussions en effet, afin que nous eussions l'assurance d'avoir un père; car il n'y a point de père sans enfant, ni d'enfant sans père. Ainsi donc le Père nous a pris pour ses enfants, le Fils pour ses frères, et le Saint-Esprit pour ses temples et ses tabernacles vivants. Quelle plus gramle gloire? Quelle plus grande dignité?
Un Philosophe partant de ce principe, que le gain rend doux tous les travaux, a déclaré que le gain est la chose la plus douce du monde; mais que dire alors du gain des gains, de celui qui consiste à avoir Dieu pour Père, non pas seulement de nom , mais en toute vérité ! « Notre Père, » cette parole hlesse le cœur, remue les entrailles , console l'esprit, porte la joie dans l'âme et fait couler des larmes abondantes.
« Notre Père , » parole courte , parole abrégée dont Dieu même est l'auteur. L'Apôtre assurait ne savoir « autre chose que Jésus-Christ, et Jésus- « Christ crucifié » (I Cor., n, 2), et certes avec raison, puisque ce mystère renferme tout ce qu'il est possible de savoir; mais après cela, Seigneur, après avoir acquis cette science, pour ce qui me regarde je ne veux plus savoir que cette parole : « Notre Père. » C'est là ce que je veux lire, ce que je veux étudier, ce que jour et nuit je veux méditer, — tout le reste m'est inutile. On a coutume d'appeler l'homme un petit monde parce qu'en lui se trouve résumé tout ce que contient le grand monde. J'appellerai aussi cette parole un abrégé de la sagesse, en ce sens quelle résume tout ce que la sainte Écriture nous enseigne. La sainte Écriture se divise en deux parties : dans Tune elle promet, et dans l'autre elle demande ; dans l'une elle demande à l'homme de s'acquitter de ses devoirs envers Dieu, et dans
l'autre elle lui promet en retour les faveurs et les récompenses de Dieu; dans l'une elle nous apprend ce que nous devons faire , et dans l'autre ce que nous devons espérer. Or, y a-t-il une seule promesse qui ne soit pas comprise sous le nom de Père , et une seule obligation qui ne soit pas comprise sous le nom de fils? En effet, quels biens, quels soins, quelles faveurs ne suis-je pas en droit d'attendre de Celui qui est véritablement mon Père? S'il est mon Père, à coup sûr il m'aimera, il pourvoira à mes besoins, il me guidera, il m'aidera, il m'enseignera, il m'honorera, il me fera part de son héritage, et, s'il le faut même, il me châtiera ; « car, quel est le fils que ne corce rige pas son père? » (Hébr., xn, 7.) En vérité, vivre sous la tutelle et sous la providence d'un tel Père, c'est vivre dans l'état le plus heureux, dans une servitude où la liberté ne reçoit aucune atteinte, dans un lieu qui est à l'abri de tout danger; c'est éprouver une douce crainte, recevoir de doux châtiments, être riche et pauvre tout à la fois, jouir tranquillement de ce que l'on possède; et pourrait-il en être autrement? n'estce pas l'usage que le père prenne pour lui la charge et partage ensuite le profit avec ceux auxquels il a donné le jour?
11 y a plus encore. Si ce Père est le Dieu toutpuissant, le Maître de l'univers, si ce Père est mon père , de quoi pourrai-je manquer, lorsque , en
tant que je suis son enfant, il me revient une part de son héritage. Avec un tel Père, quelle tribulation , quelle tempête sera jamais capable de me troubler? Si mes ennemis me persécutent, il me défendra; s'ils me dépouillent de mes biens temporels, il viendra à mon aide; si je suis en proie aux doutes et aux perplexités, il m'éclairera; si je m'avance au milieu des ténèbres de la nuit, il m'accompagnera; si de faux témoins s'élèvent contre moi, il répondra à ma place; si des armées campent autour de moi, mon cœur n'aura point de crainte, parce que vous, Seigneur, vous êtes là à mes côtés. Quelle plus grande gloire ! quel plus grand honneur ! quelle plus grande miséricorde ! La première dignité du monde, c'est d'être le Fils de Dieu par nature ; mais la seconde, c'est d'être son fils par la grâce. Or, comme vous ne pouviez avoir qu'un fils qui fût votre Fils par nature , vous nous avez placés au second rang en voulant que nous devinssions vos fils par la grâce. Ainsi donc, Seigneur, toutes vos promesses se résument dans une parole, et cette parole en dit plus que toutes vos promesses, puisqu'en devenant notre Père , en nous constituant vos héritiers et les cohéritiers de votre Fils unique, vous avez plus fait pour nous que si vous nous eussiez donné tous les biens.
Cette parole m'apprend non-seulement ce que je dois espérer, mais aussi ce que je dois faire. Car
si vous êtes mon Père, je suis votre fils, et en cette qualité je me sens obligé de m'acquitter envers vous des devoirs d'un bon fils, comme vous vous acquittez envers moi des devoirs d'un bon Père. Il suit de là que je dois vous aimer comme un père, vous servir comme un père, vous honorer comme un père, vous obéir comme à un père, mettre en vous mon espérance comme en mon véritable père, recourir à vous dans toutes les nécessités comme à un tendre père, être zélé pour votre gloire comme pour la gloire de mon père, réemployer à votre service avec la plus grande pureté d'intention, par pur amour, comme fait un fils à l'égard de son père, me remettre entre vos mains comme entre les mains de mon père, accepter avec joie tous vos châtiments comme me venant de mon père, et déposer tous mes soucis et toutes mes pensées dans votre sein comme dans le sein de mon père. Le nom de fils que je porte exige tout cela de moi, et je vous le dois comme à mon véritable Père. J'avais donc raison de dire que cette parole résume tout ce que m'enseignent les saintes Ecritures; et puisque j'ai là une règle de conduite toute tracée, il ne me reste plus qu'à l'étudier pendant tout le temps que je passerai encore ici-bas sur la terre.
Cela devient encore plus évident si l'on fait attention à la réunion de ces deux mots : « Notre « Père. )) Votre Fils unique n'a pas voulu que nous
disions : « Mon Père, » et dans tout le cours de cette prière on ne rencontre pas une fois ces expressions : « mon, ton, » mais toujours : « notre; » c'est que, dans sa pensée, la dignité d'enfants de Dieu nous devait être commune à tous, et que tous nous devions devenir par sa grâce ce que lui seul est par nature. Lors donc que nous prononçons ces mots : « Notre Père , » nous confessons que nous sommes tous frères, tous enfants d'un même père, de telle sorte que nous sommes obligés d'aimer tous les hommes comme nos frères, et de vous aimer, vous, mon Dieu, comme notre commun Père. Ainsi donc les deux préceptes de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain, c'est-à-dire la loi et les prophètes, sont exposés là d'une manière bien distincte; or peut -on imaginer une doctrine plus haute et plus sainte, qui en deux mots nous enseigne de la sorte tout ce qu'il nous importe de savoir?
Mais ces deux mots ne m'enseignent pas seulement ce que je dois espérer et ce que je dois faire, ils m'ouvrent de plus le chemin de la pénitence et les portes de l'espérance que le péché était venu me barrer. Yoilà pourquoi, loin de me laisser aller au découragement et au désespoir, j'imiterai l'exemple du Prodigue, je retournerai à mon Père, et confessant ma faute, je lui dirai : « Mon Père, j'ai péché contre le ciel et à vos yeux.»
(Luc, xv, 21.) Hélas! ce malheureux fils, en s'éloignant de vous, eut bientôt dissipé la partie de l'héritage qui lui était revenue, car c'est là ce qui arrive chaquefois que l'on a la prétention de posséder quelque chose en dehors de votre Providence paternelle. Il voulait jouir de ses richesses sans vous, et cela l'entraîna dans un abîme de misères : il quitta son père, abandonna sa maison, s'en alla dans un pays étranger, où il perdit sa réputation et sa chasteté, et finit enfin par devenir gardien de pourceaux. Alors seulement il comprit la faute qu'il avait faite en se séparant de son père, et par les maux dont il se vit affligé il put juger du bien qu'il avait perdu. « Combien de merce- « naires, danslamaisondemonpère,ontdupainen « abondance, » se dit-il, « et moi ici je meurs de « faim. » (Ibid., 17.) Il rentra donc en lui-même afin de pouvoir rentrer chez son père; car, en s'éloignant de son père , il s'était aussi éloigné de lui - même , et beaucoup plus que de son père, puisque après avoir perdu sa dignité de fils et sa dignité d'homme, il en était venu jusqu'à se faire semblable aux animaux, à vivre au milieu d'eux et à leur disputer sa nourriture. Or, en rentrant en lui-même, c'est-àdire, en revenant de si loin, il résolut de rentrer chez son père. Malheureux enfant, de quel front oseras -tu te présenter devant lui? quels gages as-tu reçus de son amour? sur quoi fondes-
tu ton espérance? — Il est mon père, cela seul me suffit. J'ai perdu ma dignité de fils, j'en conviens; mais il n'a pas perdu son cœur de père, ce cœur si miséricordieux et si compatissant. — Son espoir ne fut pas trompé : à peine le père eut-il aperçu son fils qu'il ne fut plus question de sa faute ; il oublia qu'il était juge, il se souvint seulement qu'il était père , et au lieu de menaces il fit entendre des paroles de pardon; tant il avait à cœur que son fils revint et ne fut pas perdu ! Il s'approcha donc de lui, tomba sur son cou et le baisa; il ordonna en même temps qu'on lui apportât sa robe première et qu'on l'en revêtit. Il ne lui demanda pas : D'où viens-tu? Où étaistu? Qu'as-tu fait de ce que tu avais emporté avec toi? Comment, toi dont la position était si honorable, as -tu pu Rabaisser à ce point? L'amour l'empêche de voir tout ce qu'il y a eu de criminel dans la conduite de son fils ; il lui tarde de faire miséricorde, il veut que tout de suite on lui mette un anneau au doigt, autant pour lui rendre son innocence que pour le rétablir dans sa dignité; il veut aussi qu'on lui mette une chaussure aux pieds, afin qu'il se hâte de rentrer dans le sentier de la justice, d'où il s'était écarté, et qu'il comprenne dans quel degré de misère il était tombé en se séparant de son père. Enfin, pour célébrer son retour et lui prouver combien il l'aime, ce bon père ne se contente pas d'une viande commune,
il ordonne que l'on tue le veau gras. Touché par cet exemple , attiré par les témoignages dune si grande charité, après avoir erré au loin si longtemps, je reviens à vous, Seigneur ; et avec toute l'humilité et toute la confusion dont je suis capable, je vous adresse les paroles mêmes du Prodigue : « Mon Père, j'ai péché contre le ciel et « à vos yeux. Je ne suis plus digne d'être appelé « votre fils; traitez-moi comme l'un de vos merce cenaires. » (Luc, xv, 19.) Oui, Seigneur, je vous adresserai ces paroles, et si je vous les adresse du fond du cœur, j'ai la confiance qu'avant que je les aie achevées, vous viendrez au-devant de moi , vous tomberez sur mon cou et vous me donnerez le baiser de paix, parce qu'il est impossible qu'un père n'emploie pas tous les moyens pour recouvrer le fils dont il déplore la perte.
De même qu'un oiseau qui voit un de ses petits tombé hors du nid, fait tous ses efforts pour l'y ramener, et que, s'il aperçoit un serpent ou une vipère qui s'apprête à le dévorer, il vole tout autour, criant, battant des ailes pour le défendre; ainsi, dit un Docteur, le Père éternel veille avec sollicitude sur le salut de ses enfants, il guérit leurs infirmités, il poursuit la bête féroce (c'està-dire le démon) qui menace leur vie, les remet dans leur nid, oublie les injures qu'il en a reçues et ne néglige rien pour les amener à faire pénitence. Ajoutez à cela que, comme un véritable
Père, il ne cesse de nous avertir, de nous conseiller, de nous faire rentrer dans le bon chemin et d'éloigner de nous tout ce qui pourrait mettre notre salut en danger; de telle sorte que comme un homme qui veut voir en plein jour, n:a pas besoin de chercher la lumière parce que la lumière s'offre à lui d'elle-même, nous n'avons qu'à lever les yeux au ciel vers notre Père pour être assurés que sa lumière souveraine ne nous fera jamais défaut.