‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 17 sur 170 · IL · texte numérisé non relu

IL

Second avis. — Que l'on doit déclarer le nombre de ses péchés.

La seconde chose que doit faire le pénitent, c'est de veiller à l'intégrité de sa confession, en pensant combien de fois il a commis tel ou tel péché , et , s'il ne peut le préciser, en se rapprochant de la vérité , autant que sa mémoire le lui permettra. Si par exemple il lui est arrivé de passer des années entières dans la haine ou dans des habitudes criminelles , qu'il fasse connaître à son confesseur depuis combien de temps il a commencé à vivre de la sorte, et avec ces données celui-ci pourra juger approximativement du nombre des fautes qui ont été commises. Si le péché est de ceux qui se répètent souvent, comme le parjure, la médisance , le blasphème, etc., qu'il dise s'il a été dans l'habitude de tomber chaque fois que Toc-

casion s'en est présentée , ou si parfois il a fait un retour sur lui-même et résisté à la tentation ; car tout cela est nécessaire pour que son médecin spirituel ait une connaissance exacte de l'état de son malade.

§ III

Troisième avis. — Que l'on deit déclarer les circonstances du péché.

Mais ce n'est pas assez de confesser l'espèce et le nombre de ses péchés , il faut encore en confesser les circonstances, celles du moins qui sont en opposition directe avec quelqu'un des commandements de Dieu ou de l'Église, ou qui sans changer l'espèce du péché l'aggravent notablement. En effet, bien qu'un seul acte suffise pour un péché mortel, il peut se faire néanmoins que cet acte soit tellement difforme, que d'un seul coup il viole plusieurs préceptes, et dès lors il est évident que cette violation devient matière nécessaire de la confession. Quelqu'un, par exemple, a volé des armes dans la double intention de tuer son semblable et de lui ravir sa femme : sans doute il n'y a eu là qu'une action, et par conséquent qu'un péché ; mais cette action étant jointe à la volonté de tuer et de commettre l'adultère , il faut nécessairement en même temps qu'il s'accuse d'avoir volé , qu'il s'accuse aussi d'avoir eu l'intention de pécher contre le commandement qui défend de tuer, et contre celui

qui défend de désirer la femme de son prochain. Ce sont là des circonstances qui aggravent le péché, et qu'on ne peut passer sous silence.

Il y a pourtant d'autres circonstances qui ne changent point l'espèce de péché, et qui ne sont opposées à aucun commandement particulier, comme médire dans l'église, commettre tel ou tel péché un jour de jeûne ou un jour de fête. Quant à celles-là, quoique ce soit une excellente pratique de s'en accuser ainsi que des péchés véniels, on peut néanmoins les omettre. Mais, parce que tous ne sont pas capables de se former une opinion en cette matière, nous allons exposer les circonstances dont on est obligé de se confesser le plus communément.

D'abord, en ce qui touche les péchés d'impureté , il est nécessaire de déclarer la personne avec laquelle on a péché : si c'est avec une personne libre ou avec une personne mariée, avec une vierge , avec une parente , ou avec une personne consacrée à Dieu ; car le péché change d'espèce et est tour à tour simple fornication ou adultère, ou viol, ou inceste, ou enfin sacrilège. Il Éaut aussi déclarer si l'on a péché par action, par

risée ou par désir, puisque de toute manière Dieu a été mortellement offensé.

Nous en dirons autant du scandale ; et par scandale nous entendons tout ce qui a pour effet de fairo tomber les autres dans le péché, comme sol-

liciter une femme au mal, engager un homme à jouer à des jeux de hasard, l'exciter à se venger de son ennemi, été. Celui qui a péché (et ceci s'applique surtout aux péchés de la chair) doit déclarer s'il a sollicité lui-même la personne avec laquelle il a péché, ou si celle-là s'est offerte de son propre mouvement. 11 y a là une différence que tout le monde saisit. Il doit aussi dire si, en péchant dans tel lieu ou devant telle personne, il n'a pas été cause , par son exemple , que les autres ont péché comme lui. Tel serait le cas d'un supérieur qui, sans nécessité, aurait mangé de la viande un jour défendu. Évidemment, cette circonstance du scandale et du mauvais exemple ne peut être omise. Ici j'appelle l'attention des hommes du monde qui tiennent des académies de jeux dans leurs maisons , des pères et des mères de famille dont les actions et les paroles sont des lois pour leurs enfants, parce que naturellement les inférieurs regardent comme honnête et permis ce qu'ils voient pratiquer par leurs supérieurs. A peine le roi Saùl se fut-il percé de son épée , que l'écuyer qui le suivait en fît autant , persuadé qu'il n'y avait aucun mal à imiter son roi.

On doit aussi exprimer la circonstance du lieu consacré au Seigneur dans les trois cas de vol, de meurtre avec effusion de sang, et de pollution volontaire, parce qu'alors le péché change d'espèce et devient sacrilège, ce qui est bien autrement grave.

Enfin , si , après s'être engagé par vœu ou par jurement à faire ou à ne pas faire quelque chose, à laquelle on est d'ailleurs obligé par les commandements de Dieu, comme de ne pas voler, de ne pas commettre la fornication , on a manqué à ses engagements, on ne devrait pas se contenter de confesser sa faute, mais on devrait déclarer la circonstance du vœu ou du jurement, toujours par la raison que ceci augmente la gravité du péché.

§ IV

Quatrième avis. — Qu'il suffit de déclarer l'espèce du péché.

Une fois que l'on est bien fixé sur le nombre de ses péchés et sur les circonstances qui en changent l'espèce, il ne reste plus qu'à en préciser la nature, c'est-à-dire à déclarer si l'on s'est rendu coupable de vol, de haine , d'adultère , etc. Il suit de là que pour se confesser convenablement il n'est pas nécessaire de réciter une longue histoire , comme font quelques-uns, mais qu'il suffit d'accuser ses péchés et le nombre de fois qu'on les a commis , sans entrer dans aucun détail. En suivant cette règle, on pourrait dans quelques instants faire une confession de plusieurs années et éviter bien des longueurs. J'ai volé mille fois, j'ai tué ou j'ai commis l'adultère tant de fois; voilà à quoi tout devrait se borner. Le meilleur moyen d'arriver à ce résultat,

c'est de nous rendre compte des motifs qui nous portent à raconter l'histoire de nos péchés , puis de faire bon marché de tous ces motifs, et d'en venir au point essentiel. Toutefois, que chacun s'accuse à sa manière et aussi bien qu'il le pourra ; Dieu, qui connaît notre faiblesse, ne demande l'impossible à personne.

Il suit aussi, de ce que nous venons de dire, qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer la manière dont on a péché, surtout s'il s'agit de péchés contre le sixième précepte. Ici, au risque d'offenser les oreilles chastes , nous sommes forcé d'entrer dans quelques détails que l'on voudra bien nous pardonner. On peut commettre un péché déshonnête par pensée , par parole , par attouchements , ou par la consommation de l'acte. Si l'on a consommé l'acte , il suffit de dire : Je me suis rendu coupable» d'adultère, ou d'inceste, ou de fornication, tant de fois; sans expliquer les circonstances qui ont accompagné le péché, puisque cela s'entend de soi. Si l'on s'est borné à des attouchements , il suffit de dire : Je me suis permis de toucher telle ou telle personne d'une manière déshonnête , tant de fois, sans ajouter d'autres particularités, à moins qu'il n'en fut résulté quelque chose qui changeât l'espèce du péché. Si l'on a péché par paroles, il suffit de dire : J'ai prononcé des paroles obscènes avec l'intention de provoquer telle ou telle personne, ou seulement : parce que j'y prenais plai-

sir, sans répéter les mêmes paroles. Enfin , si l'on a péché par pensée, il suffit de dire : J'ai eu une pensée déshonnête; j'y ai consenti et je m'y suis arrêté complaisamment, sans qu'il soit nécessaire de dire : Je pensais à telle ou telle chose en particulier, comme font quelques-uns qui s'imposent des obligations que le sacrement ne demande pas. Ce sont là des choses si claires et si évidentes , qu'il semble inutile de les mentionner ; mais malheureusement il y a une foule d'individus qui ont besoin de lumière pour voir en plein midi, et c'est pour ceux-là que nous sommes entré dans ces explications. Les règles que nous venons de tracer regardent aussi les scrupuleux; il ne faut pas qu'ils veuillent se confesser autrement que les docteurs ne l'exigent.

Cinquième avis. — De quelle manière on doit confesser les péchés de pensée.

Comme quelques-uns sont très -embarrassés quand il s'agit de se confesser des péchés de pensée , nous allons tâcher de leur enseigner comment ils doivent s'y prendre. Et d'abord, en présence d'une pensée mauvaise, on peut se conduire de quatre manières différentes : on peut ou la rejeter immédiatement, ou s'y arrêter pendant quelque ps, ou se déterminer à la mettre à exécution,

ou enfin se contenter d'y prendre plaisir. 11 est évident que dans le premier cas il n'y a ni péché, ni par conséquent matière à confession ; la pensée eut-elle duré un jour, on Ta repoussée avec énergie; ce sont purement et simplement des mérites que l'on a acquis.

Dans le second cas il y a péché véniel plus ou moins grave, selon que l'on s'est arrêté plus ou moins longtemps à la mauvaise pensée. On doit se confesser en disant : Je m'accuse d'avoir eu une pensée d'impureté , de haine, de colère, ou toute autre pensée semblable, et au lieu de la rejeter tout de suite, je m'y suis arrêté quelque temps.

Dans le troisième cas , lorsqu'on a consenti à la mauvaise pensée , sans en venir néanmoins à l'exécution, il est clair que l'on a commis un péché mortel, dont la gravité est la même que celle de l'action qu'on s'est proposé de faire ; car, comme disent les théologiens, l'acte extérieur, considéré en lui-même, n'a ni plus ni moins de bonté, ni plus ni moins de malice que lacté intérieur.

Dans le quatrième cas , lorsque volontairement on prend plaisir à une mauvaise pensée, à une pensée de vengeance , par exemple , à une pensée déshonnête, sans aucune intention de la mettre à exécution, on se rend coupable d'un péché mortel, que les théologiens désignent sous le nom de délectation morose, et dans lequel tombent trèsfréquemment les hommes lâches, vicieux et amis

des plaisirs sensuels. Bien qu'on ne soit pas disposé à commettre l'acte même, par cela seul que l'on y pense avec une sorte de délectation, on pèche à cause du danger auquel on s'expose de passer de la délectation au consentement. Il faut pourtant qu'il y ait eu advertance pleine et entière, et que l'on n'ait fait aucun effort pour chasser la pensée mauvaise ; car, dans le cas contraire, le péché serait simplement véniel , à raison de la négligence que l'on aurait à se reprocher. La délectation morose peut avoir lieu à propos de toute sorte de péchés mortels ; mais on doit y faire une attention particulière quand il s'agit de l'impureté, de la haine ou du désir de vengeance, parce qu'en général ces vices jettent une plus grande perturbation dans l'esprit. Les personnes les plus sujettes à faillir en ce point sont celles qui, accoutumées à obéir à leurs mauvais penchants , se trouvent momentanément dans l'impossibilité de les satisfaire , soit parce qu'elles craignent pour leur honneur, soit parce qu'elles veulent se faire valoir, et qui cherchent à se satisfaire autant que possible en se figurant la consommation réelle de leur péché favori.

Il en est de même de ceux qui ont conçu une violente passion pour une personne d'un autre sexe; ils sont d'autant plus en danger que leur cœur est entièrement absorbé par la pensée de ce qu'ils aiment. L'affection qui les tyrannise est

comme un ennemi cruel qu'ils ont admis dans leur maison, et qui ne se donnera point de repos jusqu'à ce qu'il leur ait ravi l'innocence en les précipitant dans d'abominables excès.

Les jeunes gens qui se fréquentent avec l'intention de se marier ne sauraient assez user de circonspection; ils doivent se souvenir que ce qui es1 permis dans le mariage ne l'est pas avant le nariage; que des obstacles peuvent survenir qui les empêchent de réaliser leurs projets d'union, et que par conséquent la pensée de plaisirs qui ne seront légitimes que plus tard leur est actuellement interdite.

Après ce que nous venons de dire , il sera facile à chacun de se confesser des péchés de pensée en disant s'il s'y est arrêté , s'il y a pris plaisir, ou s'il y a volontairement consenti .

§ VI

Sixième avis. — Que dans la confession le pénitent doit veiller à ne point blesser la réputation du prochain.

Un autre point important, c'est que le pénitent ait grand soin de ne pas blesser la réputation du prochain. 11 faut qu'il déclare ses péchés sans faire connaître ceux des autres; qu'il ne désigne personne par son nom ; et qu'il se contente de dire , par exemple : J'ai péché avec une personne libre ou mariée, etc. Bien plus, si le péché était de telle

nature que le confesseur dût comprendre de quelle personne il s'agit, le pénitent ferait bien de se chercher un autre confesseur, à moins que la chose ne lui fût impossible ou très -difficile; car dans ce dernier cas, comme le confesseur est un homme sûr et qui mérite confiance , ce ne serait point diffamer son prochain que de révéler ainsi sa faute en secret.

Il faut encore que le pénitent se garde d'excuser ses péchés aussi bien que de les aggraver ; il ne doit pas donner comme douteux ce qui est certain , ni comme certain ce qui est douteux , mais mettre chaque chose à sa place, et, autant que possible, ne s'écarter en rien de l'exacte vérité.

§ vu.

Septième avis. — Qu'il faut se choisir un bou confesseur.

Enfin, pour se mettre à.même de suivre toutes les prescriptions que nous venons de lui donner, il faut que le pénitent se choisisse un bon médecin spirituel. Pourquoi, en effet, ne ferait- il point pour son âme ce qu'il ferait pour son corps, en cas de maladie? Celui qui cherche un confesseur ignorant prend un guide qui infailliblement le conduira en enfer. « Si un aveugle conduit un « aveugle , » dit le Sauveur, « ils tomberont tous <( deux dans la fosse. (Matth., xv, 14.) Du reste,

dit saint Jean Chrysostome , « en vain allèguerions-nous notre ignorance , puisque avec un peu de bonne volonté , il nous était si facile d'en sortir. La vérité est la vie et le salut de ceux qui la connaissent ; ce n'est donc pas à elle de venir au devant de nous, mais à nous, tous tant que nous sommes, d'aller à sa recherche. »

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