‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 27 sur 170 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Examen de conscience à l'usage des personnes qui se confessent

souvent.

Après avoir dit ce qu'il faut pour l'instruction des personnes qui ne se confessent qu'à de rares intervalles, il est temps que nous enseignions à celles qui sont dans l'habitude de se confesser souvent, de quelle manière elles doivent faire leur examen et leur préparation. La plupart de ces personnes sont sujettes à de grands scrupules et croient mal se confesser, parce que, bien qu'elles soient certaines d'avoir commis une foule de fautes, ces fautes ne leur reviennent pas à l'esprit, au moment où elles s'examinent.

Cette perplexité naît de deux causes : d'abord de la diiïiculté qui existe pour l'homme de se connaître et de connaître tous les plis et replis de sa conscience; « qui peut comprendre tous les égare- « monts du cœur? » disait le Prophète; « purifiezu moi, Seigneur, de mes fautes cachées (Ps. xvin, j 2 : ensuite de la difficulté qu'il y a à connaître les péchés dans lesquels, au dire du Sage, « le « justf> tombe sept fois par jour » (Ps. xxiv, 16),

parce qu'en général ce sont des péchés d'omission. Pour bien comprendre ceci, il faut savoir faire la différence entre les péchés de commission, qui consistent à faire quelque chose, comme tuer, voler, ravir l'honneur à quelqu'un, etc., et les péchés d'omission, qui consistent à ne pas faire quelque chose, comme ne pas aimer Dieu, ne pas jeûner, ne pas prier, etc. Les premiers sont très-apparents et par conséquent très -faciles à voir; mais il n'en est pas de même des seconds , qui n'ont rien à l'extérieur par où on puisse les distinguer. Or, comme d'un côté les personnes pieuses ne font que rarement des péchés de commission, et que de l'autre (pour peu qu'elles soient simples), elles ne s'aperçoivent point des péchés d'omission, il n'est pas étonnant qu'elles se trouvent dans l'embarras lorsqu'il s'agit de se confesser. Nous allons donc tâcher de leur venir en aide en entrant dans quelques détails sur les fautes qu'elles commettent le plus habituellement; et parce que ces fautes sont ou contre Dieu , ou contre le prochain, ou contre ellesmêmes, nous en ferons trois sujets d'examen. Je sais très-bien que la plupart de ces fautes ne sont pas même des péchés véniels; mais elles sont des imperfections et des défauts qui peuvent le devenir, et dès lors ceux qui tendent à la perfection doivent s'imposer l'obligation de les accuser; je ne dis pas qu'ils doivent le faire chaque fois qu'ils s'approchent du saint Tribunal, car ils finiraient

par lasser la patience des confesseurs ; il suffit qu'ils le fassent de temps en temps, et à l'approche des principales fêtes. Quant aux autres jours, chacun se confessera de la manière qu'il jugera le plus convenable pour la décharge de sa conscience.

De quelle manière les personnes pieuses doivent commencer leur coufesMon.

Après avoir récité le Confiteor et avant de parler d'aucun péché en particulier, on s'accusera:

1° De ne s'être pas préparé comme il faut au sacrement de Pénitence et de n'avoir pas fait son examen avec toute la diligence qui convenait.

2° De n'être pas assez repentant de ses fautes et de n'avoir pas le ferme propos de ne plus les commettre.

3° De ne pas s'être approché de la sainte Table avec la pureté de conscience, le respect et la dévotion que l'on aurait dû y apporter, et après avoir communié, d'avoir négligé de se recueillir en présence de l'Hôte divin que l'on possédait au dedans de soi.

4° De n'avoir point songé à s'amender et à servir Dieu avec plus de zèle , mais d'être resté dans la tiédeur, et peut-être même d'avoir reculé en arrière. Cela dit, on s' accuser;) dans l'ordre suivant :

Des péchés d'omission contre Dieu.

Par rapport à Dieu, on s'examinera sur les trois vertus théologales, c'est-à-dire sur la foi, l'espérance et la charité.

On s'accusera de n'avoir pas aimé Dieu de tout son cœur et de toute son âme, ainsi que l'on y était obligé, mais de s'être laissé aller à l'amour désordonné des créatures et des vanités du monde, tout comme si Dieu n'existait pas.

De n'avoir pas été ferme dans la foi , de n'avoir pas rejeté promptement les pensées et les imaginations que le démon suscitait dans l'esprit.

Lorsqu'on s'est trouvé dans la peine et dans l'affliction, de n'avoir pas eu recours à Dieu avec assez de confiance, de s'être découragé, de s'être inquiété outre mesure.

De n'avoir pas fait ses actions dans la seule vue de plaire à Dieu ; de les avoir faites par bienséance, par habitude , par goût, par un penchant naturel, ou pour tout autre motif d'intérêt.

D'avoir mis du retard et de la négligence à répondre aux inspirations du Seigneur, et de n'avoir pas écouté sa voix ; d'avoir souvent résisté au Saint- Esprit, faute de vouloir se faire un peu de violence ou s'imposer quelque contrainte. Ce péché, tou-

jours fort secret, échappe facilement à notre attention, mais on ne doit pas le traiter à la légère.

De n'avoir pas été reconnaissant envers Dieu, de ne l'avoir pas assez remercié de ses bienfaits, de n'avoir pas employé ces mêmes bienfaits à l'aimer et à le servir avec plus d'affection et de dévouement.

D'avoir vécu dans l'oubli du Seigneur, de s'en être comme interdit la pensée , au lieu de marcher en sa présence et de l'avoir toujours devant les yeux.

De n'avoir pas supporté patiemment les maux que Dieu nous envoie , de ne pas les avoir reçus comme venant de ses mains , de ne pas lui en avoir témoigné de la reconnaissance. On entrera dans le détail selon que la conscience parlera plus ou moins haut.

Enfin , on s'accusera de n'avoir pas eu assez de respect et de dévotion en assistant à la messe et aux offices , dans le lieu saint et en présence du trèssaint Sacrement.

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