‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 30 sur 170 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la première cbose nécessaire pour communier dignement . qui est la pureté de conscience.

Avant toute chose, il faut que celui qui veut communier dignement, reconnaisse en toute humilité que de lui-même il est incapable de se préparer à une action aussi auguste, et que si Dieu n'y met la main, il n'y a ni ange ni homme qui puissent le suppléer. De même que sans le secours de la grâce, il est impossible de se disposer à recevoir une augmentation de grâce, de même sans le secours de Dieu il est impossible de faire à Dieu l'accueil qui lui convient. Voilà pourquoi il faut le prier et le supplier, avec les plus humbles et les plus vives instances, qu'il daigne se préparer lui même la maison dans laquelle il veut bien venir faire sa demeure. Lorsqu'un roi doit s'arrêter dans un village, il ne compte pas sur les préparatifs que pourraient faire les habitants; mais il se fait précéder de ses officiers et de ses équipages , afin qu'en arrivant il n'ait rien à changer à ses habitudes. Or, puisque Jésus- Christ, dans sa bonté et dans sa miséricorde

infinie , est décidé à venir se reposer dans notre pauvre demeure, prions-le d'ajouter encore à cette faveur celle de nous envoyer son Saint-Esprit avec ses dons et ses grâces ; car, sans cela, nous n'aurions aucun moyen de le recevoir dignement.

Mais pour que cela se fasse d'une manière convenable, la première chose à laquelle il nous faut viser, est la pureté de conscience, qui consiste à être exempt de tout péché mortel. « Je laverai « mes mains parmi les justes,)) disait le Prophète, « et je me présenterai à votre autel, ô Seigneur. » Ps. xxv, 6.) ((Je laverai mes mains, » c'est-àdire je me purifierai de mes péchés, après quoi je me présenterai à l'autel , qui est la table du Seigneur. « Quiconque, » dit saint Paul, et ses paroles sont bien faites pour nous remplir d'effroi, « qui- « conque mangera de ce pain ou boira la coupe (( du Seigneur indignement, sera coupable du « crime contre le corps et le sang du Seigneur » (I Cor., xi, 27), c'est-à-dire, à peu de différence près, du crime que commirent les Juifs en crucifiant Jésus-Christ.

Du reste, que peut-on attendre de l'union de deux choses aussi contraires que Jésus- Christ et le pécheur, si ce n'est la ruine de l'une ou de l'autre? Il est facile d'unir les choses de même nature, comme le fer avec le fer, l'eau avec l'eau ; mais lorsqu'on veut unir deux choses de nature

différente, comme seraient, par exemple, l'eau et le feu, il faut nécessairement que la plus faible périsse. Vous voulez unir Jésus -Christ avec le pécheur dans le sacrement de l'Eucharistie, le pécheur, qui est le plus faible, succombera certainement; et d'ailleurs, comment pourrez-vous accorder la bonté avec la malice, la pureté avec la luxure, l'humilité avec l'orgueil, la douceur avec la colère, la miséricorde avec la cruauté? Pour que le chrétien s'unisse à Jésus -Christ, il faut qu'il y ait entre eux quelque ressemblance, et cette ressemblance que le péché a détruite, la pénitence seule peut la rétablir.

Tous les péchés s'opposent donc h la sainte Communion; mais, parmi eux, il y en a deux qui tiennent le premier rang, et ce sont la haine et l'impureté. Et, d'abord, il est clair que l'Eueharistie, qui est un sacrement d'amour, en communiquant un même esprit à tous les fidèles , établit entre eux l'union la plus étroite. « Jésus- Christ, dit saint Augustin, a voulu que la matière du sacrement de l'Eucharistie se composât, quoique simple, de plusieurs choses à la fois, qu'elle fût du pain fait avec une multitude de grains de blé, et du vin fait avec une multitude de grains de raisin, pour marquer que tous ceux qui communient dignement, par cela même qu'ils participent au même esprit, ne doivent avoir aussi qu'un même cœur. Mais si cela est ainsi, pensez-vous

que l'on puisse s'approcher d'un Sacrement d'union et d'amour avec un cœur où la haine réside? Pensez -vous que l'on puisse dire au médecin : Guérissez ma blessure, au même instant où Ton s'efforce de la rendre plus profonde et plus large? En un mot, pensez-vous que l'on puisse recevoir un remède spirituel, dont le propre est d'éteindre les haines, de réunir les cœurs divisés, alors que l'on s'obstine à fomenter soi-même la discorde et la guerre ?

Le meilleur moyen d'éviter ce malheur, c'est de mettre en pratique le conseil du divin Maître, lorsqu'il nous dit : « Si vous présentez voire of- « frande à l'autel, et que là vous vous souveniez « que votre frère a quelque chose contre vous, « laissez là votre offrande devant l'autel , et allez «d'abord vous réconcilier avec votre frère, et «alors vous viendrez présenter votre offrande. » (Matth., v, 23, 24.) En suivant cette règle, ou en étant dans la ferme résolution delà suivre, pourvu d'ailleurs que vous vous conformiez à lavis d'un confesseur éclairé, vous pourrez, sans danger, vous approcher de la Table sainte ; dans le cas contraire, il serait grandement à craindre que le Roi qui a ordonné le festin, ne vous dît : « Mon « ami, comment êtes-vous entré ici sans la robe « nuptiale» (Matth., xxn, 12, 13), cVst-à-diresans la charité, qui, selon l'expression de saint Pierre, 6 rouvre là multitude des péchéâ » (I Pierre, iv,

8), et que, ne recevant point de réponse, il n'ajoutât : «Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le ((dans les ténèbres extérieures, » c'est-à-dire dans le feu de l'enfer.

Xous avons dit que le péché d'impureté est aussi grandement opposé au sacrement de l'Eucharistie. En elfet, ce Sacrement, qui contient réellement et substantiellement la chair virginale du Sauveur, formée du plus pur sang de la bienheureuse Vierge Marie , exige la plus grande pureté de corps et d'esprit. Cela est si vrai, que les saints excluent de la Communion celui qui. pendant son sommeil, a été le jouet de son imagination, à moins que l'obéissance ou la solennité du jour ne lui fasse une obligation de communier. Saint Bernard va plus loin encore, puisqu'il ne lui permet pas même de servir la messe , tant est grand, à son avis, le respect qui est dû à ce divin Mystère. Il ne faut pas que cela nous étonne ; car >i saint Paul conseille aux gens mariés de se séparer pour un temps, afin de vaquer à la prière, si la Loi ancienne bannit pendant un jour, du milieu du peuple, celui dont le sommeil a été troublé par un songe impur, quelle pureté et quelle sainteté n'est -on pas en droit d'exiger de ceux qui se disposent à recevoir Dieu dans leur cœur?

Mais ce n'est pas assez, pour communier dignement, que nous soyons exempts de tout péché mor-

tel ; il faut encore que nous nous purifiions des péchés véniels, par la raison que si les péchés véniels n'éteignent pas le feu de la charité, ils diminuent la ferveur de la dévotion, et nous mettent, par là même, dans l'impossibilité de nous préparer comme il faut à la grande action que nous nous proposons de faire. Il faut donc, de toute nécessité, que nous nous en confessions, ou du moins que nous en obtenions le pardon par notre repentir, et par de saints exercices de charité et de dévotion, capables de ramener en nous la ferveur que nous avons perdue. Négliger cette précaution, ce serait s'exposer à commettre un péché véniel, qui ne manquerait pas d'une certaine gravité, et se priver, dans tous les cas, de la douceur et de la force que l'Eucharistie a coutume de communiquer à ceux qui s'en approchent avec les sentiments d'une piété véritable. Qu'on ne l'oublie pas, cependant : celui qui se sent coupable de quelque péché mortel, outre qu'il est tenu de s'exciter à la contrition, doit encore, sous peine de sacrilège, se purifier dans le sacrement de la Pénitence, avant de se présenter à la sainte Table. Le concile de Trente est exprès là-dessus.

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