‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 31 sur 170 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De la seconde chose nécessaire pour communier dignement , qui est la pureté d'intention.

La seconde chose qui nous est nécessaire pour bien communier, est la pureté d'intention. Or, comme l'intention constitue en grande partie la valeur et la moralité de nos actes, il s'ensuit qu'en cette circonstance, bien plus que dans toute autre, il faut se donner garde de la perdre de vue et de s'opposer aux desseins de Dieu en nous proposant une fin différente de la sienne. Mais parce qu'on peut se proposer diverses fins en communiant, les unes bonnes et les autres mauvaises, il ne sera pas inutile d'entrer ici dans quelques détails.

Et, d'abord, il n'est que trop vrai qu'il se rencontre des prêtres que l'avarice seule pousse à monter à l'autel : semblables aux enfants d'Aaron, qui eurent l'audace d'offrir des sacrifices avec un feu étranger, au lieu de l'amour de Dieu, ils n'ont au fond du cœur, que l'amour de l'argent. Qu'ils tremblent, les malheureux; cardes flammes pourraient bien sortir un jour du sanctuaire et les dévorer, eux aussi.

Il en est d'autres qui communient parce qu'ils ne peuvent faire autrement, par force et dans la crainte des peines ecclésiastiques , comme les mauvais chrétiens à l'époque du temps pascal. À les voir s'approcher de la tahle du divin Maître, on dirait qu'on les tire par les cheveux, ou bien qu'on les mène à i'écliafaud. Toutefois ils devraient se souvenir que s'il était défendu d'entrer dans le palais d'Assuérus avec une robe de bure, à plus forte raison ne doit-on pas pénétrer dans le palais du Roi des rois, et s'asseoir à sa table, avec le cœur et les sentiments d'un esclave. C'est avec un cœur rempli d'amour que l'on doit recevoir ce que l'amour a inventé ; c'est avec un cœur d'enfant que l'on doit recevoir les présents qui viennent d'un père.

Il en est d'autres qui communient pour suivre le courant, et parce qu'ils voient les autres communier, mais sans aucun désir, sans aucune préparation, et sans le moindre souci de changer de vie. Peu différents de ceux-ci, d'autres ont leurs jours fixes et communient par habitude ; mais ne leur demandez ni dévotion, ni exercices préparatoires, car la seule chose à laquelle ils tiennent, c'est de ne point dévier de la ligne de conduite qu'ils se sont tracée. Pourtant ils devraient réfléchir que, si excellente que soit leur habitude, elle nVst point un motif su (lisant pour s'approcher de la sainte, Table, et, qu'à communier, il faut h' faire

avec l'intention d'en profiter pour son avancement spirituel, et après s'y être préparé d'une manière convenable.

Enfin, il en est d'autres qui vont à la communion avec une sorte de faim et d'avidité spirituelles, mais qui sont mus uniquement par l'espoir des joies et des consolations sensibles. Certes, ce n'est pas là une fin assez noble, quand tout leur désir devrait être d'embrasser la mortification et la croix de Jésus-Christ, de se consacrer généreusement et sans retard au service du Seigneur.

Ce sont là autant de voies tortueuses et de portes dérobées qui conviennent à ceux qui ont la prétention d'enlever à Dieu ses trésors; mais les vrais serviteurs de Dieu ne s'y engagent jamais. Quant à nous, entrons parles portes que les Saints se sont ouvertes, et ne nous présentons jamais à la sainte Table qu'après nous être bien pénétrés de leurs sentiments. Ces sentiments varient et sont de différente nature. Saint Bona venture va nous les faire connaître.

« Ceux qui célèbrent ou qui reçoivent les saints Mystères, dit-il, ne sont pas toujours animés des mêmes sentiments et des mêmes intentions. Tan- •ot c'est l'amour de Dieu qui les presse et qui leur f lit désirer de donner asile au Bien-aimé de leur àme, de le retenir au milieu de leur cœur, et, là, de l'embrasser doucement, afin d'aviver les flammes qui les consument. Tantôt c'est la conscience

de leurs infirmités et de leurs faiblesses qui les porte à recourir au Médecin céleste, alin qu'il les guérisse et qu'il leur rende la santé. Tantôt c'est le souvenir de leurs péchés et de leurs dettes sans nombre qui les remplit de frayeur, et ne leur laisse d'espoir de pardon que dans cette Hostie divine et dans ce Sacrifice de salut. Les uns, en butte à mille calamités, assaillis de mille tentations, vont chercher auprès de Celui qui est tout-puissant la délivrance de leurs maux, et des forces pour résister à leurs ennemis. Les autres, dans la vue d'obtenir quelque grâce particulière, s'efforcent d'intéresser en leur faveur Celui auquel le Père ne refuse jamais rien. Ceux-ci, convaincus de leur propre impuissance , et voulant néanmoins témoigner à Dieu les sentiments de leur cœur, ne croient pas pouvoir mieux exprimer leur gratitude qu'en recevant le Calice du salut. Ceux-là, désireux de louer Dieu et les Saints, ne trouvent pas de meilleur moyen de les honorer que de leur offrir ce Sacrifice de louanges. Ceux-là, enfin, tout enflammés de zèle pour le salut de leurs frères, pris d'une immense compassion pour les vivants et les morls, mettent leur unique confiance dans Jésus-Christ, dont le sang a été répandu pour tous, et qui est le meilleur avocat que nous ayons auprès du Père. » Ainsi parle saint Bonaventure.

Maintenant, que celui qui veut purifier son intention se propose toujours, parmi les fins que

l'on vient d'indiquer, celle qui sera la plus conforme aux dispositions de son cœur, ou, pour mieux dire, qu'il se les propose toutes à la fois, et que son ambition soit, avec le secours de la grâce divine, de tirer de ce Sacrement auguste tous les fruits qu'il renferme. Qu'il se souvienne surtout que ce qui nous importe le plus en recevant Jésus-Christ dans nos âmes, c'est de recevoir l'esprit de Jésus-Christ qui nous transforme en lui, qui nous fasse vivre comme lui, c'est-à-dire cet esprit de charité, d'humilité, de patience, d'obéissance, de pauvreté, de mortification et de mépris du monde, dont il nous a donné tant d'exemples admirables ; car c'est là manger et boire spirituellement Jésus-Christ, se transformer en Jésus-Christ et devenir une même chose avec lui, au point de pouvoir dire avec saint Paul : k Je vis, ou plutôt « ce n'est plus moi qui vis ; mais c'est Jésusce Christ qui vit en moi. » (Gai., n, 20.) Proposons-nous donc constamment cette fin. Renouvelons dans le Sacrement de l'autel la mémoire de la Passion du Sauveur, ainsi qu'il nous l'a ordonné, et rendons-lui nos actions de grâces pour le bienfait inestimable de notre Rédemption.

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