CHAPITRE IV
De la troisième chose nécessaire pour communier dignement, qui est la dévotion actuelle.
La troisième chose qui est requise pour une bonne communion , est la dévotion actuelle. L'Eucharistie, comme tous les autres sacrements, produit dans l'âme deux effets : l'un commun,, qui est la grâce , et l'autre particulier, que les théologiens appellent réfection spirituelle , et qui consiste dans un accroissement de forces et d'énergie pour le bien, dans un goût plus prononcé des choses du ciel. De même que la nourriture corporelle que nous prenons chaque jour, ne contribue pas seulement à entretenir la vie en nous, mais qu'elle nous procure tout à la fois et des forces et des jouissances nouvelles ; ainsi l'Eucharistie, cette nourriture divine, en même temps qu'elle conserve la vie de nos âmes par la grâce, fortitie aussi notre esprit par sa vertu, et répand dans nos cœurs des douceurs qui jusque-là nous étaient inconnues. « Ces douceurs, dit saint Thomas, sont telles (du moins pour celui dont le palais est sain), qu'aucune langue humaine n'est capable
de les exprimer, par la raison bien simple que Ton puise là à la source de toute suavité, qui est Jésus - Christ notre Sauveur. »
Or, pour jouir d'un si grand bienfait, nous disons que la dévotion actuelle est rigoureusement nécessaire. En effet , comme il doit exister de la ressemblance entre la forme et le sujet auquel elle s'applique, il est certain que rien ne nous prépare davantage à une augmentation de dévotion que la dévotion, de même que rien ne dispose plus le bois à prendre feu que la sécheresse et la chaleur, qui sont le propre du feu.
Maintenant, si vous me demandez ce que j'entends par dévotion actuelle, je vous dirai que c'est une sorte de liqueur précieuse composée du suc de diverses plantes aromatiques, et qui est tout imprégnée de leurs parfums ; un sentiment et une affection spirituelle qui renferme toutes les autres affections , et qui se répand dans l'àme quand on s'approche du Sacrement adorable de nos autels. « Avec quelle contrition , s'écrie saint Ambroise , avec quel sentiment de repentir, avec quelle fontaine de larmes, avec quelle crainte et quel respect, avec quelle chasteté de corps, avec quelle pureté d'esprit, ô mon Dieu, ne doit-on pas célébrer ce divin Sacrement, où votre chair devient véritablement notre nourriture , et votre sans
notre breuvage ; où les choses les plus sublimes se mêlent avec les choses les plus basses ; où les chosps divines se confondent avec les choses humaines; où les anges sont présents, et où, par un prodige incompréhensible, vous êtes tout à la fois et le Prêtre et le Sacrifice ! Oh ! qui de nous pourra célébrer dignement ce Mystère, si vous ne l'en rendez digne vous-même , Seigneur. » Mais pour en venir à quelque chose de plus précis, je dis qu'il faut que nous nous approchions de ce divin Sacrement avec une grande humilité et un grand respect, avec un grand amour et une grande confiance, avec une sainte avidité et un désir ardent de nous nourrir du pain céleste qu'il renferme. Certes, c'est bien là le moins que nous devions à un Mystère si excellent et si auguste , et nous ne saurions trop faire pour exciter en nous ces divers sentiments.
Sentiments de crainte et de respect que l'on doit avoir en communiant.
Et d'abord afin ' d'exciter en nous le respect et la crainte, commençons par arrêter nos regards sur h; Seigneur si grand qui est renfermé sous le voile et dans Les espèces eucharistiques. Kn effet, ce Seigneur n'est autre que le Dieu
de majesté , qui a créé le monde , qui le conserve et le gouverne, qui, par sa présence, ébranle les colonnes du ciel, et devant la face duquel toute la nature créée se prosterne ; Celui que louent les étoiles du matin , dont le soleil et la lune admirent la beauté , et qui a trouvé des taches dans les anges; Celui, en un mot, devant lequel, comme s'exprime le Sage, « l'u- « ni vers est comme le grain de poussière qui « incline la balance, comme une goutte de la « rosée du matin qui descend sur la terre » (Sagesse, xi, 23.) Or, comment peut - on avoir la foi et n'être pas saisi de crainte , lorsqu'on se dispose à recevoir dans son cœur un Dieu si grand et si sublime !
Je n'ai pas à parler maintenant de la profondeur de ses jugements, de la rigueur de sa justice, de l'horreur qu'il a des méchants et de leur malice, je m'en tiens uniquement à ce qui est dû à sa Majesté souveraine, afin que les pécheurs, aussi bien que les justes, sachent combien ils ont sujet de trembler. C'est à tort que l'on compterait sur la vertu et sur l'efficacité du Sacrement; car s'il donne la vie, il donne aussi la mort. Sur le point de livrer bataille , les enfants d'Israël firent apporter l'Arche d'alliance au milieu de leur camp, persuadés qu'avec elle ils triompheraient facilement des Philistins; or, comme ils avaient irrité le Sei-
gneur par leur conduite, non - seulement ils ne remportèrent pas la victoire, mais ils furent défaits, taillés en pièces, et l'Arche elle-même tomba aux mains de leurs ennemis, au point que leur position devint pire, et que ce qui devait les sauver fut en grande partie la cause de leur malheur. La même chose arriva au célèbre Aman , favori d'Assuérus : pendant qu'il s'enorgueillissait d'être assis à la table royale où la reine Esther l'avait invité, tout à coup il apprit qu'on allait le mettre à mort, et de la salle du festin il fut conduit au gibet. Aussi 1 Apôtre parlant aux fidèles leur dit expressément : « Que l'homme s'éprouve donc soi-même, « et qu'après cela il mange de ce pain et boive « de cette coupe; car celui qui en mange et qui « en boit indignement , mange et boit sa propre « condamnation, ne faisant pas le discernement « du corps du Seigneur. » ( I Cor., xi , 28, 29.) Sous l'ancienne Loi, Dieu exigeait que partout l'on entourât l'Arche d'alliance du plus profond respect; et pour l'avoir regardée avec trop de curiosité j cinquante mille Bethsamites tombèrent Frappés de mort. Lorsque la même Arche, ou- \r;;n! la marche ans enfants d'Israël, fut portée à travt re Le Jourdain , Josué - >nda au peuple
de n< point en approcher, et de se tenir au ii "in à la distance de deux mille coudées, les menacanl de la colère de Dieu s'ils faisaient le
contraire. Mais s'il fallait montrer tant de respect pour l'Arche d'alliance, qui après tout n'était que l'ombre et la figure du Sacrement de nos autels , quel respect ne devons - nous pas avoir lorsque nous nous préparons à recevoir ce Sacrement lui-même ! Eh quoi! nous savons que de nous-mêmes nous ne sommes rien, que le péché nous a rendus moins que rien, qu'ayant péché mille fois, mille et mille fois nous nous sommes volontairement réduits à cet état misérable , et nous ne tremblerions pas ! Nous savons que nous avons commis des péchés de toute espèce, que nous nous sommes plongés dans toute espèce d'abominations et de turpitudes, et nous aurions l'audace de recevoir le Dieu du ciel dans notre cœur qui tant de fois a servi de retraite aux dragons , aux serpents et aux basilics!
Oh ! que chacun de nous s'humilie , que chacun de nous retourne en toute hâte à la maison de son Père, et là, empruntant les paroles de l'Enfant prodigue, qu'il lui dise avec les sentiments de la plus profonde douleur : « Mon Père, a j'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne « suis plus digne d'être appelé votre fils : traitez- « moi comme l'un de vos mercenaires. » (Luc, xv, 18, 19.) Qu'il se présente à lui avec le Publicain de l'Évangile, qui n'osait pas s'approcher de l'autel , ni lever les yeux au ciel ,
mais qui « se frappait la poitrine, disant : Mon « Dieu , soyez-moi propice à moi pécheur » (Luc , xvin, 13.) Qu'il se présente à lui comme une épouse infidèle qui , en rentrant dans la maison de son époux , après avoir obtenu son pardon , se tiendrait devant lui les yeux baissés et toute couverte de honte au souvenir de sa déloyauté; car l'Époux céleste ne se montre pas moins généreux lorsqu'il reçoit dans sa maison, à sa table, et même entre ses bras, l'âme qui revient à lui après s'être abandonnée au démon. C'est par ces considérations et d'autres considérations de même espèce que nous nous affermirons dans l'humilité, et que nous parviendrons à exciter dans nos âmes le respect qui est dû au très -saint Sacrement de l'autel.
De l'amour et de la confiance que Ton doit avoir en communiant.
Pour ce qui est de l'amour et de la confiance, nous tâcherons de nous y exciter en pensant que si le Seigneur fait éclater sa majesté, sa justice et l'horreur qu'il a du péché, il n'en fait pas moins apparaître sa bonté, sa miséricorde et la compassion avec laquelle il a coutume d'accueillir Les pécheurs. C'est, eu effet, pour les gagner qu'il est descendu du ciel sur la terre, qu'il
s'est revêtu de notre chair, qu'il a fait tant de courses, qu'il s'est assis si souvent à leur table, qu'il n'a pas craint de dire que c'étaient là sa nourriture et ses délices. C'est pour eux qu'il a jeûné, marché, sué, travaillé, qu'il s'est levé de grand matin, qu'il a essuyé toute sorte de persécutions et de contradictions de la part de ses ennemis. Le jour il était sans cesse sur pied, allant çà et là pour prêcher l'Evangile : les nuits, il les passait en prière. Jamais ses entrailles ne se fermèrent à la miséricorde , et l'homme le plus misérable, celui que tout le monde rejetait , était certain de trouver auprès de lui i 'accueil le plus favorable. Enfin tel a été son désir de sauver les pécheurs , de les arracher à leurs maux, que pour eux il n'a pas refusé de monter sur la croix , et là , entre deux larrons , de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang. Non content de cela, afin que ceux qui viendraient dans la suite des temps eussent aussi un refuge, afin que tous pussent participer aux fruits de sa Passion, la veille même de sa mort il a institué le très-saint Sacrement, dans lequel il s'est laissé lui-même. L'amour l'avait porté à descendre du ciel et à se livrer aux mains des pécheurs ; le même amour l'attire de nouveau sur la terre , et certes bien souvent pour le livrer aux mêmes mains.
On voit par là que l'institution de l'Eucha-
ristie est due d'un côté à l'immense charité du Sauveur, et de l'autre à notre extrême misère; d'un côté à sa miséricorde infinie , et de l'autre à l'affreuse nécessité où nous étions réduits. Aussi ce Sacrement sert-il de remède aux justes comme aux pécheurs, et l'on peut dire en toute vérité que s'il est la vie de ceux qui vivent, il est en même temps la résurrection de ceux qui sont morts. « Ce pain , dit saint Augustin , n'entretient pas seulement la vie des vivants, il ressuscite les morts. »
Qui pourra donc m'empêcher de m'approcher de ce divin Mystère? J'ai là devant moi comme un Hospice royal, fondé par la miséricorde de Dieu, enrichi du sang de Jésus - Christ , et destiné au soulagement de tous les pauvres et de tous les malades. Je suis malade ; pourquoi n'y entrerai -je pas? Je suis malade; mais il faut donc que j'y entre, si je veux guérir. Si j'ai perdu la santé, on me la rendra; si je suis faible, on me fortifiera; si je suis aveugle, on m'éclairera ; si je suis pauvre, on m'enrichira; si j'ai faim, on me rassasiera; et si je suis nu, ou nie vêtira.
Hélas! c'est <•»• que ne comprennent pas, c'est ce que ix' veulent pas comprendre ceux qui inventenl des prétextes pour s'éloigner et éloigner les autres de la Table sainte, ils ne font pas attention que le sacremenl de l'Eucharistie nVst
pas seulement une nourriture pour ceux qui se portent bien, mais qu'il est aussi un remède pour ceux qui sont malades; qu'il a été établi non pas seulement pour consoler et fortifier les justes, mais aussi pour encourager et soulager les pécheurs. La vérité est que plus on est faible, plus on en a besoin. Les âmes fortes peuvent bien s'en passer pendant quelque temps; mais les âmes faibles , les âmes languissantes , celles qui , pour peu qu'elles détournent leurs re-
gards de Dieu, se sentent défaillir, que deviendront-elles, si elles tardent trop à le recevoir? C'est sur ces âmes que s'apitoyait le Sauveur lorsque, parlant en figure de ce grand Mystère , il disait : « Si je les renvoie à jeun en « leurs maisons, ils tomberont de défaillance en o chemin, car quelques-uns d'eux sont venus de « loin. » (Marc, vm, 3.) En effet, de même qu'alors les Juifs qui couraient le plus de danger, étaient ceux qui étaient venus de plus loin, de même, maintenant, les âmes qui sont les plus exposées à périr sont celles qui ont le plus long chemin à faire avant d'arriver à la perfection. Or, puisque c'est pour elles que Jésus-Christ a préparé le Pain céleste, on ne doit point les accuser de témérité, mais les louer, au contraire, de ce que dans leurs maladies elles ont recours au Médecin charitable qui s'offre de les guérir avec son propre sang.
De tous les péchés, le plus grave, celui sur lequel nous serons jugés avec le plus de rigueur, c'est le mépris que nous aurons fait du sang de Jésus- Christ en ne nous appliquant pas les remèdes qu'il a inventés, et principalement celui qui est contenu dans le très -saint Sacrement de l'autel. En effet, supposez qu'après avoir bâti un magnifique hospice, après l'avoir pourvu abondamment de toutes choses, après s'être donné beaucoup de peine et avoir dépensé beaucoup d'argent, un roi s'aperçût que ses sujets refusassent d'y venir, quels ne seraient pas ses regrets et son indignation? Ces regrets et cette indignation, Jésus- Christ les partage lorsque nous nous* opposons à ses fins, et que par notre négligence et notre lâcheté nous rendons ses travaux inutiles, il s'en explique d'ailleurs formellement dans la parabole où, parlant de ceux qui n'avaient point répondu à ses désirs, il fulmine cette terrible sentence : « Je vous dis qu'aucun de ceux que « j'avais invités ne participera à mon festin. » Luc, xiv, 24. ) Mais si cela est ainsi, quel prétexte allèguerez-vous encore pour ne pas vous asseoir au céleste Banquet ? Vous êtes pécheur, dites-vous ; mais celui qui désire devenir juste, qui se repent d'avoir été pécheur, n'est plus pécheur, parce que, comme dil sainl Jérôme, si les péchés passés vous déplaisent, ils ne peuvent vous damner. Vous êtes tombé, dites- vous, vous êtes tombé
profondément ; mais si vous êtes fâché d'être tombé, si vous tendez la main pour qu'on vous relève, votre chute n'en est pas une. Vous dites que vous êtes indigne d'approcher d'un Mystère si auguste ; mais c'est folie de penser qu'il y ait quelqu'un au monde qui puisse s'en approcher dignement, et Notre -Seigneur n'a voulu se communiquer aux petits que pour mieux faire éclater sa bonté. Donc, après avoir bien considéré toute chose, vous vous convaincrez non -seulement que vous n'offensez pas le Seigneur en allant communier, mais que vous l'offensez grandement en n'usant pas d'un remède qu'il a établi pour vous et pour vos semblables.
De la faim et du désir que l'on doit avoir de l'Eucharistie.
Afin d'exciter en vous la faim et le désir de l'adorable Eucharistie, vous ne sauriez mieux faire que de considérer la vertu de cet auguste Sacrement, et les effets admirables qu'il a coutume de produire dans les âmes qui le reçoivent avec dévotion et piété. Admirez d'abord la conduite de Dieu : au premier homme , cause et principe de tous nos maux, il a opposé le second, qui est Jésus-Christ, cause et principe de tous nos biens ; au fruit empoisonné de l'arbre défendu, il a opposé
le Pain eucharistique. Pour réparer les maux que la désobéissance du premier homme avait attirés sur nous, il s'est servi de l'obéissance du second, et pour arrêter l'effet du poison qui de l'arbre défendu avait passé dans nos veines, il n'a pas trouvé de meilleur remède que le Sacrement de son autel. Il est donc vrai de dire que ce Sacrement est une sorte de contre - poison que le Médecin céleste a préparé pour le genre humain, et qui est destiné à prévenir les suites de la morsure et du souffle venimeux de l'antique serpent. Or, quiconque désire connaître à fond les divers biens qu'il renferme n'a qu'à rappeler à sa mémoire les maux nés du fruit défendu, car ils se contre-balancent mutuellement les uns les autres. « Au « jour que tu en mangeras, » avait dit le Seigneur en parlant du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, « tu mourras de mort. » (Gen., ii, 17.) « Si quelqu'un mange de ce pain, » dit le Sauveur en parlant du Pain eucharistique, « il f< vivra éternellement. » (Jean, vi, 52.)
Considérez, en second lieu, que l'Eucharistie contient la chair même de Jésus- Christ; or, comme cette chair est unie au Verbe de Dieu, il s'ensuit qu'elle participe à sa vertu divine tout comme le que Ton jette an feu participé aux qualités du f'-u. « En s'uniss.int à la chair, dit saint Jean Damascène, le Verbe éternel, qui donae la vie à tout ce qu< existe, fait que sa chair peut aussi
à son tour donner la vie. Ainsi donc, lorsque nous recevons la chair de Jésus-Christ, nous recevons Jésus -Christ tout entier, et Jésus-Christ étant tout à la fois Dieu et homme, nous participons à toutes les vertus qui sont en lui. »
Ceci vous fera comprendre ce que le Sauveur opère en vous, quand vous vous approchez de la Tahle sainte. Il vient pour vous honorer de sa présence, pour répandre en vous Fonction de sa grâce, pour guérir vos hlessures, pour vous laver dans son sang, pour vous ressusciter par sa mort, pour vous éclairer de ses lumières, vous embraser de son amour et vous faire goûter ses délices. Il vient pour s'unir à votre âme , pour contracter alliance avec elle, pour vous rendre participant de son esprit et de tous les mérites qu'il a acquis en s'immolant sur la croix. On le voit, pardonner les péchés, prévenir les chutes, affaiblir les passions, diminuer les tentations , exciter la dévotion , augmenter la foi, aviver la charité, affermir l'espérance, soutenir la faiblesse, réparer les forces, entretenir la paix de la conscience, communiquer à l'homme les mérites de Jésus Christ, lui donner des gages de la vie éternelle , tels sont les effets les plus ordinaires du sacrement de l'Eucharistie. Ce Pain ranime le cœur, soutient ceux qui sont en voyage, relève ceux qui sont tombés, encourage les faibles, fournit des armes aux forts, réjouit les tristes, console les affligés, éclaire les ignorants,
embrase les tièdes, réveille les paresseux, guérit les malades et subvient aux besoins de tous les nécessiteux. Or, pourrions -nous nous obstiner à ne pas nous en rassasier ? pourrions-nous refuser les richesses qu'il contient , lorsqu'on nous les offre avec tant de bonté et tant d'amour?
Que le souvenir de votre bassesse ne vous éloigne point de la Table sainte. Je sais très-bien que le Sacrement que l'on y reçoit est un sacrement auguste, mais c'est aussi un trésor, et ce trésor est destiné aux pauvres; c'est un remède, et ce remède est destiné aux malades ; c?est un secours, et ce secours est pour ceux qui sont dans le besoin ; c'est un aliment, et cet aliment est pour ceux qui ont faim. Ce Sacrement est le pain des anges, mais il est aussi le pain des pénitents; il est la nourriture des forts, mais il est aussi le remède des faibles; il fait les délices des rois, mais il est aussi le viatique des voyageurs; il est le soutien des hommes faits, mais il est aussi le li il des enfants. Il est, en un mot, pour chacun, toul ce qu'il peut désirer, et quelque imparfaits que nous soyons, c'est par lui seul que nous ob- I tendrons la gué rison de nos maux. «Ce ne sont
pas ceux qui se portent bien qui ont besoin du •< médecin, mais Les malades » (Mattli., ix, 12); ei puisque c'est surtoul pour ces derniers que Jésus-Christ est venu dans le monde, c'est aussi pour eux qu'il a institué le Sacrement de son
amour. Oh ! avec quelle effusion, avec quel empressement, avec quelle joie ne devez-vous pas désirer Celui qui vient en vous pour vous combler de tant de biens. Autrefois, les patriarches impatients de voir arriver Celui en qui était leur salut, poussaient des gémissements et des cris, et rappelaient de tous leurs vœux en le nommant « le désiré des nations. » ( Aggée, n, 8. ) Or, puisque c'est le même Seigneur qui vient dans votre àme, et qui y vient pour vous communiquer ce qu'il a communiqué au monde, c'est-à-dire la vie de la grâce, pourquoi ne seriez- vous pas pressé des mêmes désirs? pourquoi ne l'attendriez-vous pas avec la même impatience ? Pensez à ce que faisaient les apôtres en attendant la venue du Saint-Esprit : que de prières ! que de soupirs! que de cris ! Eh bien ! voilà quelles doivent être vos dispositions au moment de vous approcher d'un Sacrement où, bien que d'une manière différente, vous recevez aussi le Saint-Esprit.
Enfin, supposez une femme pauvre, chargée d'enfants , dont le mari est aux Indes; avec quelle ardeur ne désire-t-elle pas le retour de celui en la compagnie duquel elle espère trouver tout à la fois le calme, la sécurité, l'honneur et le remède à tous ses chagrins? Eh bien! je vous l'assure, c'est avec plus d'ardeur encore que vous devez aller au-devant de l'Époux de votre âme qui descend du ciel les mains pleines, et qui est disposé
à vous enrichir bien plus que le monde entier ne saurait le faire.
C'est par ces sortes de considérations, ou par d'autres du même genre, que vous parviendrez à exciter en vous la dévotion actuelle qui, comme nous l'avons dit plus haut, est une des conditions nécessaires pour communier dignement.