CHAPITRE VI
De ce que I'od doit observer plus particulièrement avaut de communier.
Il est donc bien établi que pour communier .ivre fruit il faut se préparer quelque temps a L'avance; mais si, comme nous l'avons vu plus
haut , les enfants d'Israël , conformément aux ordres de Moïse , se préparèrent pendant trois jours à recevoir le Seigneur qui venait leur donner sa Loi , à combien plus forte raison dirai-je à ceux qui communient souvent, ne devezvous pas vous préparer le même espace de temps pour recevoir le Seigneur qui vient vous donner une loi non pas de mort, mais de vie; une loi :jui ne consiste pas dans la lettre, mais dans ['esprit ; une loi qui n'inspire pas la crainte, mais l'amour?
Il y a de quoi être couvert de confusion lorsqu'on pense aux préparatifs que faisaient les femmes d'Assuérus , lorsqu'elles étaient appelées i paraître une seule fois en sa présence. « Pen- | dant six mois elles se couvraient d'huile de t myrrhe, et pendant six autres mois, de parti fums et d'aromates. » (Esth., n, 12.) Or, si pour gagner les bonnes grâces d'un monarque de la terre elles prenaient tant de soins, quels soins ne devrait-on pas prendre pour gagner les bonnes grâces du Roi du ciel? ce Vous avez trouvé grâce « devant Dieu » (Luc, i, 30), dit l'Ange en saluant Marie , et certes ce fut là un magnifique éloge ! Or, pour le mériter, pourquoi ne ferions-nous pas ce que la vanité seule dictait aux femmes d'Assuérus? et lorsqu'elles passaient leur vie à chercher les moyens de plaire à un homme mortel, pourquoi ne consacrerions -nous pas la
nôtre à nous rendre agréables aux yeux de Dieu?
Que si nous ne nous sentons pas la force d'arriver jusque-là, n'est-il pas juste au moins que nous fassions tout ce qui dépendra de nous, et que nous nous disposions du mieux possible avant de nous approcher de la Table sainte? Vous me demanderez peut-être ce que j'entends par là? Eh bien! le voici : commencez par veiller avec plus d'attention sur vous-même, sur vos actions, sur vos paroles, ayez soin de ne rien faire qui puisse offenser le Seigneur, je ne dis pas mortellement, mais même véniellement, s'il est possible. Gardez-vous nonseulement du péché, mais de toutes les occasions du péché, comme sont les ris immodérés , les plaisanteries, les conversations inutiles, en un mot, toutes les choses que l'on peut difficilement se permettre sans que la conscience en souffre. Conduisez-vous comme les femmes de condition lorsquelles se disposent à faire quelque visite en dehors de leurs maisons, et après vous être revêtu de vos habits de fête pour recevoir le Maître des anges et vous asseoir à sa table, ayez en horreur la moindre souillure.
Veillez sur votre bouche, et qu'il n'en sorte aucune parole vaine ou dangereuse : c'est la porte par où l'Hostie sainte doit entrer dans votre âme ; vous ne sauriez la conserver trop pure. A plus forte raison, veillez sur votre cœur, bannissez-en toute pensée deshonnête, toute pensée vaine, toute
pensée terrestre ; car, comme c'est la couche sur laquelle l'Époux doit reposer, il faut que rien n'y blesse ses regards.
« Le tabernacle de Dieu est dans la paix » (Ps. lxxv, 2), dit le Prophète; laissez donc là tout ce qui peut agiter ou troubler votre esprit. Le lit de l'Époux « est semé de fleurs, » comme dit l'Épouse des Cantiques (Cant., 1, 15), n'allez pas le couvrir de ronces et d'épines. Que si malgré vous vous êtes obligé de vous occuper d'affaire, faites-le avec tant de modération et de calme que votre cœur n'en soit point ému, et que votre âme demeure toujours dans le repos et dans la paix.
Pendant les trois jours qui précèdent celui où vous devez communier, donnez plus de temps à vos exercices spirituels, à vos prières et à vos méditations ; c'est avec cet encens qu'il faut parfumer la maison où l'Hôte céleste doit venir reposer. Repassez aussi dans votre mémoire les différentes considérations qui ont été marquées plus haut, et efforcez-vous d'exciter en vous des sentiments de crainte, d'amour et de désir. Adressez- vous à l'adorable Trinité, et chaque jour à l'une des trois personnes en particulier ; demandez-leur de vous donner la pureté et les grâces nécessaires pour bien communier. Ne manquez pas de recourir à la très-sainte Yierge. Au nom de cette dévotion dont elle se sentit animée lorsqu'elle conçut le Fils de Dieu dans son sein virginal, ou bien lorsque après
*a naissance elle eut le bonheur de le serrer dans ses bras , suppliez-la de vous obtenir la grâce de le recevoir dignement dans votre âme. Suppliez-la de vous obtenir la même grâce au nom de cette dévotion avec laquelle elle communiait ellemême, après que son Fils fut monté au ciel et retourné à son Père. Figurez -vous en même temps la foi, la dévotion, l'amour, les larmes, la joie de cette Vierge bienheureuse, lorsque dans la sainte Communion elle recevait le corps de son Fils bien-aimé, de l'unique objet de ses désirs, caché momentanément sous le voile eucharistique, en attendant qu'il 'se fît voir à elle dans tout l'éclat de sa majestueuse beauté. Elle croyait fermement , elle avait la certitude que le Pain consacré contenait le précieux corps de son Fils, elle aimait ce Fils d'un amour ineffable, elle désirait ardemment de le voir, de l'embrasser, de l'enserrer dans sa poitrine; or, jugez de sa joie, de ses ravissements, quand cette faveur lui était accordée. Allons donc nous prosterner à ses pieds, demandons-lui une étincelle du feu dont elle était embrasée, et avec cette étincelle nos communions seront toujours ferventes.
La veille du jour où vous devez communier, abstenez-vous de prendre le repas du soir, ou du moins ne le prenez que très -léger. Ne prolongez pas la conversation; levez-vous de table an plus tôt; votre sommeil n'en sera que plus
pur et plus tranquille, et vous n'aurez que plus de temps pour vous préparer à la fête du lendemain. En vous mettant au lit, songez à cette fête ; demandez au Seigneur de vouloir bien vous préserver des illusions et des embûches de l'ennemi, afin que vous puissiez le recevoir avec une parfaite pureté de corps et d'esprit. Si par hasard il vous arrive de vous éveiller la nuit, tachez à chaque fois de revenir sur les pensées que vous aviez eues en vous couchant, et répétez avec ferveur les prières que vous aviez déjà faites. Le matin, dès que vous aurez ouvert les yeux, occupez-vous de Jésus Christ et du souvenir de sa Passion ; considérez l'amour infini qui a porté le Fils unique de Dieu à s'immoler pour nous sur la Croix, et à recevoir sur ses épaules le châtiment qui était dû à nos forfaits, ainsi que cette immense charité qui fait qu'il se donne à nous dans la Communion, afin de servir de remède à tous nos maux. Jésus-Christ a établi le sacrement de l'Eucharistie en mémoire de sa Passion ; il faut donc que nous y pensions constamment, si nous voulons entrer dans ses vues.