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CHAPITRE VII

De ce que l'on doit faire au moment de la Communion et au sortir de la sainte Table.

Après avoir dit de quelle manière on doit se préparer à communier, disons maintenant ce qu'il faut faire au moment de la Communion el au sortir de la sainte Table.

Lorsque le moment de la Communion sera venu et que vous vous avancerez vers l'autel, imaginezvous que l'on vous adresse ces paroles de l'Évangile : « Voilà que 1 Époux vient, sortez au-devant « de lui» (Matth., xxv, 6); c'est, en effet, dans ce Sacrement que Dieu se montre surtout l'Époux de nos âmes, car le but qu'il s'y propose est de s'unir à elle et de ne plus faire qu'une même <hose avec elle; ce qui, spirituellement parlant, constitue un véritable mariage. Mais, avant de sortir au-devant de l'Époux," il est bon -If considérer avec quelles dispositions il vient, afin de vous mettre en état de le recevoir dignement; or, il vient plein de charité, de douceur, de bonté, de miséricorde, d, il vous dit qu'il a vi- " Kemenf souhaité de manger cette Pâque, » c'està-dire h- véritable Agneau pascal, « avec vous. »

(Luc, xxn, 15.) Il est l'Époux de votre àme, votre Dieu, votre Créateur, votre Seigneur, votre tout : allez donc à sa rencontre avec toute la dévotion, tout l'amour, toute la crainte, toute la joie dont vous êtes capable.

Efforcez -vous de concevoir les mêmes sentiments que le vieillard Siméon lorsqu'il reçut l'Enfant Jésus des mains de la Vierge, et qu'après l'avoir tenu dans ses bras il désira de mourir. Admirez la mère de saint Jean- Baptiste qui, en recevant le Sauveur dans sa maison, s'écria : a Et « d'où me vient que la mère de mon Seigneur « s'approclie de moi? » (Luc, i, 43.) Empruntezlui les mêmes paroles, et sur le point de recevoir, vous aussi, votre Sauveur, dites-lui : Et d'où me vient que vous, qui êtes le Seigneur des anges et la gloire du ciel, vous vous abaissiez jusqu'à moi? 0 mon Père, mon pasteur, mon Seigneur, mon Dieu et mon tout , n'était-ce pas assez de m'avoir créé à votre resse nblance, de m'avoir racheté au prix de votre sang, pour que vous daigniez encore venir en moi, demeurer en moi, me transformer en vous, et me faire une même chose avec vous, comme si vous dépendiez de moi et que je ne dépendisse pas de vous ! D'où me vient cela , Seigneur? Est-ce à cause de mes mérites ou parce que vous atten lez quelque chose de moi ? Ah ! certainement non , Seigneur ; c'est votre bonté seule, c'est votre miséricorde seule qui fait que

vous vous plaisez à être avec moi, bien plus que je ne me plais à être avec vous. Si je désire d'aller à vous, c'est parce que je suis misérable, mais vous désirez de venir en moi parce que vous êtes miséricordieux. Je vais à vous pour avoir quelqu'un qui me donne, mais vous venez en moi pour avoir quelqu'un à qui vous puissiez donner. Yous tenez plus à donner que je ne tiens moi-même à recevoir, et. comme votre bonté surpasse mes besoins, vous êtes plus empressé de venir en moi que je ne le suis d'aller à vous; car, dites -vous, «vos « délices sont d'habiter avec les enfants des « hommes. » (Prov., vin, 31.) Enfin, ô Bien suprême, ce vous est chose aussi naturelle défaire du bien à tous, de vous communiquer à tous, qu'il est naturel à l'oiseau de voler ou au poisson de nager.

C'est en occupant votre esprit de telles pensées ou d'autres semblables , avant de communier et après avoir communié, que vous entretiendrez en vous le feu de la dévotion. Mais comme d'un côté l'Époux n'est pas un époux ordinaire, et que de L'autre ce qu'il estime dans son épouse, c'est surtout la timidité et la pudeur ; il faut, en considérant la dignité de votre Hôte et votre propre bassesse, qu'à La dévotion et à la joie vous sachiez unir L'humilité et le respect, selon le conseil du Prophète qui nous dit: « Servez le Seigneur avec «crainte, et réjouissez -vous en lui avec trem-

« blement. » (Ps. n, 11.) Pour cela, souvenezvous des terribles menaces que le Seigneur fit entendre lorsqu'au moment de donner sa Loi sur le Sinaï il défendit à tout homme ou bête d'approcher de la montagne, sous peine d'être lapidé ; et remarquez que s'il permit au grand prêtre Aaron et aux princes du peuple de monter sur la montagne, ce fut à la condition qu'ils adoreraient de loin et que Moïse s'approcherait tout seul. Lors donc que vous êtes sur le point de recevoir dans votre cœur le Dieu de majesté, recueillez-vous, rentrez en vous-même et humiliez- vous jusqu'à la poussière de la terre, jusqu'au plus profond des abimes.

Quand vous aurez reçu la sainte Hostie, retenez la quelques instants dans la bouche en ayant soin de l'humecter, afin de l'avaler plus facilement. Faute de cette précaution, elle pourrait s'attacher à votre palais , et tandis que vous chercheriez à l'en détacher, vous seriez exposé à une foule de distractions. Evitez de cracher après avoir communié ; et si vous ne pouvez vous en empêcher, faites-le dans un endroit propre, convenable, et où personne ne vienne mettre le pied.

Ne mangez pas tout de suite après avoir communié; il y aurait une véritable inconvenance, pendant que les saintes Espèces sont encore dans l'estomac, de les surcharger d'autres aliments. Profitez, au contraire, de ce temps pour vous entretenir avec Dieu, pour le presser en quelque sorte

sur votre cœur. Restez dans l'église, remerciez le Seigneur du bienfait qu'il vient de vous accorder, occupez- vous de saintes pensées, et récitez les prières que vous trouverez ci -après à la fin de ce livre. N'imitez pas la conduite de ceux qui n'ont pas plutôt quitté la Table sainte, qu'ils se mettent à parler et à plaisanter avec leurs voisins ; c'est là quelque chose d'extrêmement répréhensible, et il est inconcevable, lorsqu'on a eu l'honneur de recevoir un tel Hôte dans sa maison, qu'on le quitte subitement et qu'on le laisse là sans lui adresser la parole pour aller s'entretenir ailleurs. D'après le cardinal Cajétan , le sacrement de l'Eucharistie communique sa vertu à celui qui le reçoit , non-seulement au moment de la Communion , mais aussi longtemps que les saintes Espèces demeurent en leur entier, ce qui vérifierait la parole du Sauveur : « Tandis que je suis a dans le monde , je suis la lumière du monde. » (Jean, ix, 5. ) Or, si cela est ainsi (bien que tous ne l'admettent pas), il est clair que, les effets de ce Sacrement étant toujours proportionnés aux dispositions qu'il rencontre, plus on sera recueilli, plus on aura de dévotion, et plus on recevra de grâces. C'est par l'intelligence, qu'il éclaire de ses lumières, et par la volonté, à laquelle il donne le entiment des choses de Dieu, que l'Esprit- S.iinl lait arriver jusqu'à nous ses influences salutaires : prenez bien garde, par vos distrac-

lions, de lui fermer ces deux portes, et lorsque le principal est fait , lorsque déjà vous vous êtes assis à la Table sainte, lorsque déjà vous avez mangé le Pain céleste et que vous êtes au moment d'en recueillir le fruit, ne vous retirez pas sans avoir répandu votre âme devant le Seigneur.

Que si vous me demandez à quoi vous devez principalement employer ce temps : à publier les louanges de Dieu, vous dirai-je; à produire des actes d'amour envers lui; « car c'est à cette heure, comme dit saint Bernard, que commencent les embrassements et les baisers de paix, mille foi^ plus doux que le miel le plus précieux ; c'est à cette heure que se consomme l'union de rame avec l'Epoux céleste. » Donnez donc un libre cours aux aspirations de votre cœur, et écriez -vous avec le Prophète : « Je « vous aimerai , Seigneur , vous qui êtes ma « force, etc. » (Ps. xvn , 1.) « Comme le cerf « soupire après l'eau des torrents , ainsi mon âme « soupire après vous, ô mon Dieu » (Ps. xli, l.\

Remerciez aussi le Seigneur de toutes les grâces qu'il vous a faites , et en particulier de ce que dans l'Eucharistie il se donne lui-même, source et fontaine de tous biens. Souvenez-vous que lorsque le Seigneur eut envoyé la manne, il ordonna à Aaron de prendre un vase d'or , de le remplir de cette nourriture miraculeuse , de le placer dans l'Arche

d alliance, et de le garder là, afin que les races à venir sussent de quelle manière , pendant quarante ans, leurs pères avaient été nourris dans le désert. Or, je vous le demande, qu'y a-t-il de commun entre la manne, aliment corruptible, et le Sacrement adorable qui contient le Pain de la vie éternelle? et combien la reconnaissance que nous devons à Dieu doit-elle surpasser celle qu'il exigea jadis des enfants d'Israël ! En vérité , c'est là ce qu'aucune langue humaine ne saurait expliquer.

Enfin, pendant tout le jour où vous aurez communié, il faut que vous fassiez bonne garde autour de la maison dans laquelle le Seigneur est venu habiter; il faut, à l'exemple de David, qui adorait « le lieu où reposent ses pieds » (Ps. cxxxi , 7 ), que vous adoriez en quelque façon la poitrine qui lui a servi de demeure , que vous veilliez , autant que possible , à ce que rien de ce qui n'est pas Dieu, n'y pénètre; il faut que vous y entreteniez la chaleur de la dévotion produite par le feu de l'amour de Dieu, et que vous l'empêchiez de se refroidir; car l'esprit de dévotion, qui est excessivement délicat, s'évanouit au moindre souille, et après ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on le recouvre. De même que l<" soleil éclaire le monde, non-seulement quand il parait sur L'horizon, mais une heure avant son h ver, et une heure après son coucher,

ainsi le Soleil de justice, qui est contenu dans l'Eucharistie , éclairera nos âmes , non-seulement au moment de la Communion, mais avant, en excitant nos désirs, et après, en nous remettant en pensée le souvenir du bienfait que nous avons reçu.

On trouvera ci- après, au cinquième livre de ce Mémorial, des prières et des méditations propres à faciliter les divers exercices que nous venons d'indiquer ; que chacun les lise avec toute la dévotion et tout le recueillement dont il sera capable; qu'il tâche d'en bien pénétrer le sens, et surtout qu'il ait soin de s'arrêter aux endroits qui le toucheront davantage.

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