‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 4 sur 170 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des biens que Dieu promet dès à présent aux justes qui le

servent.

Vous me direz peut-être que les biens et les maux dont nous avons parlé jusqu'ici, ne se réaliseront que dans un avenir éloigné , et que vous seriez touché bien autrement, si Ton vous montrait des avantages dont vous pussiez immédiatement vous prévaloir. Eh bien! nous allons vous satisfaire , autant que vous le désirez ; car, bien qu'il soit vrai que le Seigneur réserve le meilleur vin et les meilleures viandes pour la fin du repas ; pourtant, de peur que les siens ne succombent dans le chemin, il ne les laisse jamais sans nourriture. Voilà pourquoi , lorsque en parlant à Abraham, il lui dit : « Ne crains pas, Abraham, « je suis pour toi un protecteur, et ta récompense « sera très -grande » (Gen., xv, 1), il lui fit deux promesses : l'une , pour le présent , qui était de

le protéger et de le défendre contre tous les périls de la vie , et l'autre , pour l'avenir, alors qu'il le ferait participer à sa gloire. Mais , pour avoir une juste idée de l'excellence de la première promesse, de la multitude de biens et de grâces qu'elle comprend, il faut nécessairement recourir aux saintes Écritures, qui reviennent sans cesse sur les faveurs que Dieu accorde à ses élus, même dès cette vie.

Écoutez, à ce sujet, ce que dit Salomon dans ses Proverbes : « Heureux l'homme qui trouve la « sagesse ! sa possession vaut mieux que tous les « trésors; sa moisson, que l'or le plus pur. La sa- « gesse est plus précieuse que toutes les richesses , « et tout ce que le cœur peut désirer ne l'égale pas « en valeur. D'une main, elle présente les longs a jours ; de l'autre, les richesses et la gloire. Ses « sentiers sont des sentiers de gloire , et toutes « ses voies sont la paix. Elle est l'arbre de vie, pour « ceux qui l'embrassent : heureux ceux qui y dece meurent attachés! Mon fils, ne détourne pas les « yeux de la sagesse : garde la loi de Dieu et ses « conseils. Ils seront la vie de ton âme et l'orne- « ment de ton cœur. Alors tu avanceras dans tes « voies avec sécurité; ton pied ne chancellera pas; « tu marcheras sans nulle crainte ; tu dormiras , et « ton sommeil sera doux. »(Prov., m, 13-18,21-24.) Tels sont, mon frère, les agréments et les charmes de la voie que suivent les justes. Mais combien l'Écriture tient-elle un autre langage, lorsqu'il

s'agit de la voie des pécheurs ! « La voie des pé- « cheurs, » dit l'Ecclésiastique (xxi, 11), « est pavée « de pierres; mais à l'extrémité est l'enfer, et les ((ténèbres, et les tourments. » Eh bien! qu'en pensez -vous? A voir la différence qui existe, non-seulement entre la fin, mais même entre les accidents de ces deux voies, vous semble-t-il qu'il soit bon d'abandonner les voies du Seigneur pour celles du monde, et n'est-ce pas le comble de la folie d'aimer mieux courir après les supplices de l'autre vie en se tourmentant dès ce monde, que de rechercher le repos éternel, en le goûtant par avance ici-bas?

Mais, afin de mieux comprendre l'excellence de ce repos, et la multitude des biens qui l'accompagnent, écoutez ce que le Seigneur Dieu lui-même promet, par la bouche du prophète Isaïe, aux observateurs de la loi. Voici les paroles et le sens que les interprètes leur donnent. « Lorsque , » dit-il, • vous aurez accompli telle ou « telle œuvre que je vous commande, votre lu- « mière brillera comme l'aurore ; » c'est-à-dire que le soleil de justice dissipera vos tristesses et les ténèbres de vos erreurs. « Je vous rendrai a la santé , et votre justice marchera devant vous, « et vous serez environné de la gloire du Seigneur. « Alors , vous invoquerez le Seigneur, et il vous « exaucera; à votre premier cri, le Seigneur ré- « pondra : Me voici. » Au milieu des ténèbres, des

tribulations et des angoisses de la vie, vous verrez briller la lumière de la grâce divine, qui vous consolera, « et vos ténèbres seront pour vous « comme le soleil , » parce que le Seigneur fera tourner à votre avantage toutes vos calamités, et les péchés même que vous aurez commis. « Le a Seigneur vous donnera un repos éternel, » il donnera la paix à votre cœur, il vous rassasiera, au temps de la famine et de la stérilité, et vos ossements seront arrachés à la mort et aux feux de l'enfer. « Yous serez comme un jardin toujours «arrosé, comme une source dont les eaux ne « tarissent jamais. Vous bâtirez dans des lieux « qui de tout temps avaient été déserts, vous relè- « verez des fondements pour la suite des âges , si « vous ne violez pas mes jours de fête, » si vous n'opposez pas votre volonté à la mienne , observant fidèlement ce que je vous ai prescrit. Alors, « vous vous réjouirez dans le Seigneur, » dont les délices surpassent toutes les délices du monde ; « je vous placerai sur les hauteurs de la terre, » c'est-à-dire dans des conditions de bonheur où jamais, ni la fortune , ni la nature, n'eussent pu vous élever, et « je vous donnerai enfin le riche « héritage que j'ai promis à Jacob votre père, » c'est-à-dire la gloire éternelle. « Le Seigneur a « parlé. » (Isaïe, lviii, 8-14.)

Ce sont là les biens que Dieu promet à ceux qui le servent, et quoique quelques-uns de ces

biens ne doivent se réaliser que dans l'avenir, la plupart , néanmoins , regardent le temps présent. Que faut-il entendre, en effet, par cette lumière nouvelle, par cette splendeur du ciel, cette satiété et cette abondance, cette sécurité et cette confiance, cette certitude d'être toujours exaucé, cette paix et cette tranquillité de la conscience, ce secours et cette protection d'en haut ; ce jardin arrosé, qui n'est autre que la fraîcheur et la beauté de la grâce ; cette source dont les eaux ne tarissent jamais, qui est la réunion de tout ce que l'on peut désirer; ces délices célestes, qui surpassent tous les plaisirs de la terre ; cette élévation d'esprit , dont rien dans la nature n'égale la pureté? Ne sont-ce pas là autant de faveurs que Dieu accorde à ses élus, autant d'œuvres de sa miséricorde, autant d'effets de sa grâce? Ne sontce pas là autant de témoignages de son amour, autant de marques de sa Providence paternelle? Il faudrait un volume pour parler de chacun de ces biens en détail, et nous sommes forcé d'abréger. Les justes en jouissent dans cette vie , et ils en jouissent dans l'autre ; mais les méchants ne sauraient en aucune façon y prétendre. Aussi, en comparant la richesse des premiers avec la pauvreté des seconds, en pesant attentivement ce que nous venons de dire, vous verrez la distance qui les sépare. Les uns sont dans la grâce de Dieu , et les autres dans sa disgrâce ; les uns sont

ses amis , et les autres ses ennemis ; les uns sont dans la lumière, les autres dans les ténèbres; les uns goûtent les délices des anges , les autres se disputent la nourriture des pourceaux; les uns sont libres et véritablement maîtres d'euxmêmes , les autres sont les esclaves de Satan et de leur appétit déréglé ; les uns jouissent du témoignage de leur bonne conscience : les autres, pour peu qu'ils ne soient pas tout à fait aveugles, sont décbirés de remords ; les uns tiennent bon contre les tempêtes de la tribulation: les autres, comme une paille légère , sont emportés par le vent; les uns, fortement attachés à l'ancre de l'espérance, sont à l'abri : les autres, jouets de la fortune, sont ballottés dans toutes les directions; les uns ont l'assurance qu'ils sont agréables à Dieu et toujours exaucés, les autres savent qu'ils n'ont rien à attendre; la mort des uns est douce, tranquille et précieuse devant Dieu : la mort des autres est remplie d'inquiétudes, d'angoisses et de terreurs ; enfin , les uns, vivant comme des enfants sous la tutelle et la garde de Dieu , dorment à l'ombre de sa Providence paternelle : les autres , exclus de cette Providence , s'en vont, comme des brebis errantes, sans pasteur et sans maître, exposés à tous les dangers et à tous les périls qui se rencontrent dans le monde.

Mais si ce sont là les privilèges de la vertu , d'où vient que vous hésitez encore à l'embrasser?

ijuel prétexte alléguerez-vous pour excuser votre négligence? Prétendrez - vous que ce que nous venons de dire n'est pas la vérité? Vous n'oseriez, sachant bien que tout est fondé sur la parole de Dieu et le témoignage des saintes Écritures. Prétendrez-vous que ce sont des privilèges de peu d'importance? Ce serait folie, alors qu'ils surpassent tout ce que le cœur de l'homme est capable de désirer. Direz -vous que vous ne vous aimez pas vous-même , que ces privilèges ne vous tentent pas? Non; l'homme s'aime trop naturellement, la volonté humaine est trop naturellement portée vers ce qui lui est avantageux, pour le sacrifier ainsi de gaieté de cœur. Direz-vous que vous ne comprenez rien à ces privilèges , que vous ne vous sentez aucun goût pour eux? Mais ce n'est point là une excuse , puisque vous y croyez, bien que vous ne les goûtiez pas. Par le péché vous pouvez bien en avoir perdu le goût; mais vous n'avez pas perdu la foi , et la foi est un témoin plus certain, plus véridique, plus irrécusable que toutes les expériences et tous les témoignages du monde. Pourquoi donc ne le préférezvous pas à tous les autres ? Pourquoi ne vous en rapportez - vous pas à la foi plutôt qu'à votre opinion et à votre jugement. Oh! si vous vouliez une fois prendre une résolution généreuse, vous jeter entre les bras de Dieu, et vous confier en lui, comme en peu de temps vous sentiriez s'accomplir

en vous ce que le Prophète a prédit. Vous comprendriez alors l'excellence de ces trésors divins ; vous comprendriez combien sont aveugles les amateurs du monde qui négligent de les chercher; vous comprendriez enfin combien le Sauveur a raison de nous adresser cette invitation : « Yenez « à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous sou- « lagerai. Prenez mon joug sur vous, et vous trouce verez le repos de vos âmes; car mon joug est « doux, et mon fardeau léger.» (Matth., xi, 28-30. \ Dieu est incapable de nous tromper; Dieu ne promet point en vain; il n'exagère point ses promesses. Pourquoi donc vous éloignez-vous de lui? Pourquoi rejetez-vous la douceur et la paix? Pourquoi méprisez -vous la voix douce et caressante de votre Pasteur? Pourquoi, avec de telles garanties, renoncez -vous à la vertu? La reine de Saba n'avait rien ouï de pareil, et pourtant elle vint des extrémités de la terre pour s'assurer que ce qu'on lui avait dit de Salomon était vrai. On vous raconte des choses merveilleuses de la vertu : que ne vous donnez-vous un peu de peine pour en faire vous-même l'expérience. Fiez-vous-en à Dieu, ô mon frère, ajoutez foi à ses paroles, jetezvous avec assurance entre ses bras, dégagez-vous des liens qui vous retiennent, et vous verrez combien la vertu est au-dessus des louanges qu'on lui donne , et combien tout ce que l'on en dit est encore loin de la réalité.

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