‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 43 sur 170 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Méditation pour le jour où l'on a communié, afin d'exciter dans l'àme les sentiments d'une vraie reconnaissance envers Dieu.

Seigneur, après le bienfait inestimable que vous m'avez accordé en ce jour, quand même toutes les créatures me prêteraient leur langage et s'uniraient à moi pour vous remercier, je ne pourrais jamais le faire d'une manière digne de vous. 0 mon Sauveur et mon Dieu, vous êtes venu me visiter, me consoler et m'honorer de votre présence: quelles actions de grâce vous rendrai-je eu retour de tant de bonté? Quand la sainte mère du l'n'rurseur vit entrer dans sa maison la Vierge qui vous portait dans son sein, frappée d'une

si grande merveille , elle s'écria : « D'où me vient « que la Mère de mon Seigneur s'approche de « moi?» (Luc, i, 43.) Mais que ferais-je, moi, ver de terre, en pensant que sous les voiles eucharistiques le Seigneur lui-même est entré dans mon âme? Avec combien plus de raison pourraije m'écrier : D'où me vient, non pas que la Mère de mon Seigneur , mais que le Seigneur Dieu lui-même, le Maître de toutes choses, ait voulu venir en moi ; en moi, qui pendant tant d'années ai servi de demeure à Satan, son ennemi; en moi, qui l'ai tant de fois offensé ; en moi, qui tant de fois lui ai fermé la porte , qui l'ai repoussé , et qui par là me suis rendu si indigne de ses faveurs? D'où me vient, Seigneur, que vous, qui êtes le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, vous dont le trône est dans le ciel et à qui la terre sert d'escabeau, vous dont les anges sont les ministres, que les astres du matin célèbrent dans leurs louanges , et qui tenez dans vos mains les profondeurs de la terre, vous vous abaissiez jusqu'à moi? Jadis, je le sais , vous êtes descendu aux enfers ; vous vous êtes livré au pouvoir des pécheurs ; vous êtes né dans une étable. Ah! vraiment votre cœur n'a pas changé; car ce que vous avez fait une fois, vous êtes prêt à le renouveler aujourd'hui encore et tous les jours.

Si vous vous étiez contenté de me visiter, n'importe de quelle manière, c'eût été de votre part

un grand acte de miséricorde ; mais vous avez fait plus que cela : non-seulement vous m'avez visité, mais vous avez voulu venir en moi , demeurer en moi, me transformer en vous et me faire une même chose avec vous , à tel point que vous comparez vous-même cette union à celle qui existe entre vous et votre Père. Quoi de plus admirable ! Le roi David avait de la peine à comprendre comment vous pouviez vous souvenir de l'homme et en faire l'objet de votre amour ; mais n'est-ce pas quelque chose de plus surprenant de voir un Dieu, non -seulement se souvenir de l'homme, mais se faire homme lui-même dans l'intérêt de l'homme, demeurer avec l'homme, mourir pour l'homme, se donner en nourriture à l'homme et devenir une même chose avec l'homme? Salomon s'étonnait que Dieu condescendît à habiter dans le temple qu'il avait mis sept ans à lui élever; mais n'est-ce pas un plus grand sujet d'étonnement que le Maître du ciel veuille habiter d'une manière vraiment merveille use dans une âme remplie de péchés et de misères, et qui tout au plus a mis un jour à lui préparer une demeure? En voyant un Dieu descendre du de] sur la terre, se faire homme et s'enfermer pendant neuf mois dans les entrailles d'une Vierge, l;i nature entière fut comme frappée de stupeur, ef certes avec raison ; car c'était là une œuvre qui dépassait toutes les œuvres, une merveille au-

dessus de toutes les merveilles ; mais, après tout, ces entrailles virginales étaient remplies du Saint- Esprit, elles étaient plus pures que les astres du ciel, et par conséquent elles n'étaient pas trop indignes de Dieu. Hélas ! puis-je en dire autant de moi-même? Mes entrailles ne sont-elles pas plus impures que la fange, plus noires que la nuit, plus souillées que tous les égouts du monde? Quand donc le Seigneur s'abaisse jusqu'à y descendre, n'est-ce pas le plus grand des prodiges? Que les anges vous bénissent, Seigneur, pour cette grâce ineffable, pour cette miséricorde sans exemple. En vérité, vous êtes infiniment bon, puisque vous mettez tant d'empressement à vous communiquer à nous, et que vous employez des moyens si admirables pour nous rendre semblables à vous.

Mais que dirai-je, si, à ce bienfait, je joins celui qui est le fruit même du Sacrement? 0 l'heureuse nouvelle que ce mystère m'annonce ! Je sais maintenant que vous êtes mon Père ; bien plus, que vous êtes l'Époux bien -aimé de mon cœur. En effet, vous n'avez institué ce Sacrement que pour remplir les âmes de délices et vous unir à elles de la manière la plus intime. Or, s'il faut juger du cœur par les œuvres, n'est-ce pas là l'œuvre, je ne dis pas d'un maître envers son serviteur, mais d'un époux et d'un père envers son fils, fils encore tout jeune et tendrement aimé,

auquel il doit fournir et ce qui est nécessaire au développement de ses forces et ce qui peut récréer son esprit? Avant vous, Seigneur, le monde n'avait rien vu de pareil, et pour qu'un tel amour lui fût révélé , il fallait que vous vinssiez sur la terre et que votre Évangile fut prêché aux nations.

Dans les autres Sacrements, vous me donnez à entendre que vous êtes mon Roi, mon Sauveur, mon Pasteur et mon Médecin ; mais dans celui-ci, en vous unissant si étroitement à mon âme et en l'inondant de tant de délices, vous me prouvez que vous êtes véritablement mon Époux et mon Père, et que vous m'aimez comme un père qui est rempli de tendresse pour ses enfants. Yoilà ce que je découvre dans les effets de ce divin Sacrement ; voilà l'idée qu'ils me donnent de vous. Yos œuvres ne sont point trompeuses, Seigneur; car, en réalité, elles n'ont jamais d'autre but que celui qui paraît au dehors. L'effet me fait juger de la cause ; l'œuvre me fait juger du sentiment qui l'a inspirée, et, en me voyant traité et comblé de caresses comme je le suis, je ne puis me méprendre sur vos dispositions envers moi. La manne que vous fîtes pleuvoir dans le désert, avait, dit-on, toutes sortes de saveurs agréables au goûl ; celait une image de l'amour que vous I <H ,i> z i votre peuple chéri ; mais que dirai-je de cet le Manne divine que vous tenez en réserve

dans le Sacrement de vos autels? Qui m'expliquera sa douceur? 0 nourriture céleste! Pain de vie , fontaine de délices , source féconde de vertus, vous êtes la mort des vices, le foyer de l'amour, l'antidote souverain, le soutien des âmes, le salut des esprits, le banquet royal de Dieu, l'avant -goût de la félicité éternelle. Que dirai-je, ô mon Dieu? Quelles actions de grâces vous rendrai-je? Comment vous aimerai -je, si mon amour doit égaler votre amour? Vous êtes Dieu , et vous m'aimez , moi , misérable ver de terre ; vous m'aimez, et je ne vous aimerais pas, vous le noble, le divin Epoux de mon âme ! Que je vous aime, Seigneur, que je vous désire avec toute l'ardeur dont mon âme est capable, que je vous mange et que je vous boive dans votre divin Sacrement !

Doux amour, douceur ineffable, que mon âme vous mange, et que mes entrailles se remplissent de votre inestimable douceur. 0 cbarité ! ô mon Dieu! Doux miel, Lait suave, Nourriture céleste, Pain des forts, faites que je m'engraisse de vous, afin que je puisse m'approcber dignement de vous. Yous tous , enfants d'Adam , bommes aveugles , victimes de l'ignorance ou de l'erreur, que faitesvous? Où allez-vous? Que cbercbez-vous?Yous fautil de l'amour? Yoici l'amour le plus noble et le plus doux qu'il y ait dans le monde. Yous faut-il des plaisirs? Yoici les plaisirs les plus délicats, les

plus attrayants et les plus chastes que l'on puisse imaginer. Vous faut -il des richesses? Voici le trésor du ciel, la rançon du monde et l'océan de tout bien. Vous faut -il des honneurs? Yoici le Dieu de majesté qui vient vous honorer de sa présence.

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