XIII
De l'éloignement que le chrétien doit avoir pour le monde.
Mais ce n'est pas assez pour un chrétien d'aimer la solitude, il faut de plus qu'il ait le courage de rompre avec le monde. Dieu et le monde sont si opposés dans leurs voies, leurs intentions, leur manière de penser et d'agir, qu'on ne peut ni les aimer ni leur être agréable en même temps. « Le
« lit est trop étroit pour deux,» dit le Prophète, « et la couverture trop courte» (Is., xxvm, 20); elle ne peut couvrir Dieu et le monde. Prenez donc sur vous de rompre avec le monde; laissez, abandonnez le monde, et, saufle cas où il y aurait scandale, ne vous inquiétez pas de ce que le monde dira ou pensera de vous. Toutes les considérations qui pourraient vous retenir ne sont qu'une agitation de l'air, et toutes vos craintes un épouvantail d'enfants, auxquels une ombre fait peur. Ajoutez à cela que celui qui tient à l'estime du monde ne sera jamais serviteur de Dieu. « Si je voulais ente core plaire aux hommes, » dit l'Apôtre, « je ne « serais pas serviteur de Jésus-Christ » (Galat., i, 10) ; car on est le serviteur de celui auquel on veut plaire et dont on désire faire la volonté.