‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 52 sur 170 · XI · texte numérisé non relu

XI

De quelques moyens propres à acquérir et à conserver la véritable paix et la véritable liberté du cœur.

Lorsque vous entreprendrez quelque affaire, n'y apportez pas trop d'empressement , ne vous y affectionnez pas outre mesure et jusqu'à vous en faire l'esclave , mais prenez tous les moyens pour conserver votre liberté. Alors même qu'il s'agirait d'une œuvre de vertu, gardez- vous de céder aux mouvements impétueux de votre cœur ; réfléchissez, consultez la raison, et soyez maître de vos affections comme de vos actes : peu importe que vos affections vous paraissent bonnes ; sans discrétion il n'y a pas de vertu, et la charité ellemême peut devenir dangereuse.

Kcartez prudemment tout ce qui est de nature à troubler la paix et la sérénité de votre cœur , et si vous tenez à ce que rien ne l'agite, bannissez-en la colère, la haine, l'avarice, la sensualité, comme aussi la crainte, la joie, la tristesse et l'amour, quand ces passions sont poussées à l'excès.

Chassez en même temps de votre esprit tous les vaius scrupules, tous les soucis qui l'accablent ; ne vous inquiétez pas des divers accidents qui peuvent vous survenir en ce monde ; il n'y a rien de durable ici-bas, et les pertes que nous éprouvons ne sont que des paiements anticipés, des faveurs que. Dieu nous accorde en vue de la gloire qu'il nous destine. Enfin, aprèsavoir détaché votre esprit et votre cœur des choses périssables, recueillez en vous toutes les forces et toutes les facultés de votre âme, et ne vous entretenez plus qu'avec Dieu.

A toute heure du jour, en quelque endroit que vous vous trouviez, n'oubliez pas que vous êtes en sa présence ; c'est un ami qui ne vous quitte pas d'un instant, parlez-lui à cœur ouvert , exposez-lui vos besoins et témoignez-lui votre amour. Ne craignez pas de traiter seul à seul avec lui; cette familiarité lui plaît, et vous en retirerez de très-grands avantages. Si, malgré tous vos efforts, votre cœur éprouve de la difficulté à se fixer en Dieu , ne vous découragez point , ne perdez point confiance ; mais tenez bon, secouez-le fortement, et forcez-le de rentrer dans la carrière , peu à peu il s'accoutumera à ce genre d'exercice, et non-seulement il lui deviendra facile de penser à Dieu et aux choses de Dieu , mais à peine pourra-t-il passer une heure sans y penser. Quand votre âme se sera laissé emporter par la distraction, rappelez-

la et dites-lui : Où donc étiez-vous allée, ô mon àme ? Qu'avez-vous gagné à abandonner ainsi le Seigneur? Vous avez perdu votre temps, vous vous êtes répandue au dehors. Ah! revenez, cessez vos courses vagabondes; car cela ne convient nullement à l'épouse d'un si grand Roi.

Représentez -vous souvent l'image de Jésus- Christ Dieu et homme, cloué à la Croix, et imprimez-la aussi profondément que possible dans votre cœur. Saluez et vénérez ses plaies sacrées, dont le souvenir doit être éternel , et, vous armant d'une humble et amoureuse hardiesse, cherchez-y un refuge : alors votre esprit, tout occupé de la vie et de la mort du Sauveur , n'admettra plus d'autres pensées , et, comme un clou en chasse un autre , il rejettera au loin les fantômes qui viendront l'assaillir. Autant que possible demeurez , conversez avec vous-même, dégagez votre cœur, détachez-le des créatures, échangez avec Dieu de doux regards, de douces et amoureuses paroles , et considérez comme un très-grand malheur d'être séparé , ne serait-ce que pour un instant, de ce souverain Bien en qui résident tous les biens.

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