CHAPITRE VI
Prière à Jésus-Christ, où sont rappelés les principaux traits de sa vie, depuis son baptême jusqu'à la dernière cène qu'il célébra avec ses disciples.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce qu'étant entré dans le Jourdain vous avez voulu y être baptisé par saint Jean. Daignez, Seigneur, par vos mérites me laver et me purifier des vices que j'ai contractés en ce monde, et m'enivrer de votre amour et du désir de la céleste patrie ; daignez aussi, avant que mon âme sorte de sa prison de chair, me rendre tel que vous souhaitez que je sois , afin qu'arrivé au terme de ce pèlerinage et de cet exil, je me trouve en votre présence, je vous voie, et j'entre en possession
de cette éternité bienheureuse qui doit durer dans les siècles des siècles.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que vous étant retiré au désert, avant de commencer la prédication de votre Évangile , vous y avez vécu parmi les animaux sauvages, vous y avez jeûné quarante jours et quarante nuits, vous y avez passé les nuits à gémir et à prier, vous y avez été tenté par Satan , et de ce qu'après l'avoir vaincu , vous y avez été servi et fêté par les anges. Accordez -moi la grâce de réprimer, de soumettre toutes mes affections vicieuses, et de persévérer avec vous dans les jeûnes, les veilles, les prières, et tous les autres exercices de piété. Accordez - moi , en particulier , de résister aux attraits de la gourmandise , et de déjouer tous les pièges et toutes les ruses de l'ennemi : que jamais aucune tentation n'arrive à ternir la pureté de mon âme , qu'aucune ne me sépare de vous, mais que toutes me forcent à recourir à vous, à m'unir plus intimement à vous, à m'abîmer en vous, s'il est possible.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus , de ce que, pour moi, vous vous êtes soumis aux maux et aux privations les plus rudes, et de ce que vous avez supporté en ce monde le froid, le chaud, la soif, la faim, les fatigues, les sueurs, les voyages, les veilles , les persécutions , les contradictions de toute espèce. Faites, Seigneur, que j'accueille
toutes les adversités comme venant de votre main, que je les souffre patiemment pour votre amour, et qu'au milieu de tous mes plaisirs et de toutes mes peines , parmi tous les accidents et toutes les vicissitudes, je demeure inébranlablement en vous, avec un ferme désir que votre sainte volonté s'accomplisse, et non pas la mienne.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, des travaux que , en votre qualité de véritable Pasteur et de Sauveur du monde , vous avez entrepris pour la conversion des âmes , tantôt passant les nuits en prières, tantôt parcourant de grandes distances, tantôt prêchant la céleste doctrine, et vous en allant de province en province, de ville en ville, de bourgade en bourgade. Ne permettez pas que je me néglige jamais dans votre service ; rendezmoi prompt et dispos pour le bien , inspirez-moi un ardent désir du salut de mon prochain ; que j'y travaille de toutes mes forces; qu'en tout et partout je sois brûlé de zèle pour votre gloire, et que rien ne m'arrête quand il s'agira de l'augmenter.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce que conversant avec les hommes vous les avez consolés dans votre bonté, et de ce que dans votre miséricorde vous avez opéré une foule de merveilles aiin <k les guérir. Remplissez mon cœur d'une pieuse affection, et d'une sainte compas-
sion pour tous mes frères; que je prenne part à leurs afflictions, que je ressente leurs misères comme mes propres misères , que je supporte patiemment leurs défauts , et qu'autant qu'il dépendra de moi je m'empresse de les secourir dans leurs besoins. Purifiez mon âme, Seigneur; anéantissez en elle toutes les passions vicieuses, tous les mauvais désirs qui la rendent malade , afin que délivrée de toutes ces infirmités, libre de tous ces empêchements, elle s'élève, elle monte, elle monte et ne se repose que lorsque l'amour devenu parfait l'aura jetée entre vos bras divins.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que pour moi vous avez supporté toutes sortes d'outrages, d'injures, de blasphèmes, de calomnies et de persécutions de la part de ceux-là mêmes que vous combliez de vos bienfaits. Donnez-moi un cœur véritablement innocent et simple , afin que j'aime mes ennemis, que je déplore sincèrement leurs désordres, que je les excuse intérieurement, et qu'en leur rendant le bien pour le mal, j'imite votre charité et votre patience parfaite.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce qu'en entrant dans Jérusalem , doux , humble , assis sur une ànesse , sans tenir compte des louanges qui retentissaient à vos oreilles, vous avez répandu des larmes amères sur cette ville, en
prévision de sa ruine et de la perte de tant d'âmes. Accordez -moi, Seigneur, une connaissance profonde de moi-même , afin que je voie clairement mon indignité, que je m'humilie dans la poussière et que je me méprise comme je le dois. Oh! puissé-je devenir insensible aux faveurs et aux louanges des hommes ! puissé-je ne plus savoir autre chose que pleurer mes péchés , regarder les maux de mes frères du même œil que les miens , et gémir profondément sur nos iniquités mutuelles ! Pater noster. Ave, Maria.