CHAPITRE VII
Prière à Jésus-Christ, où sont rappelés les principaux traits de sa vie, depuis la dernière cène jusqu'à la nuit qui précéda sa mort.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, pour mettre fin à la loi, vous mangeâtes l'Agneau pascal à Jérusalem avec vos disciples, et de ce que, pour leur donner un exemple ineffable d'humilité et d'amour, vous étant mis à genoux, vous commençâtes à leur laver les pieds et à les essuyer avec le linge dont vous étiez ceint. Que cet exemple fasse impression sur mon cœur, et en bannisse toute trace de présomption et d'orgueil. Accordez-moi, ô mon Dieu, une humilité
profonde, afin que je me plaise à soumettre ma volonté à celle des autres ; accordez - moi une obéissance parfaite, afin que je sois fidèle à garder vos commandements et les commandements de tous ceux qui, placés au-dessus de nous, nous gouvernent en votre nom. Accordez - moi une charité ardente , afin que je vous aime d'un amour pur et saint, et que j'aime tous les hommes pour l'amour de vous.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, poussé par votre charité infinie, vous avez institué le Sacrement de votre corps et de votre sang, vous vous êtes donné à nous en nourriture, et vous consentez à demeurer corporellement avec nous jusqu'à la fin des siècles. Faites, toutes les fois que je m'approcherai de la Table de vie, que ce soit avec un amour chaste, une humilité profonde , et une pureté de cœur dont rien n'approche ; que mon àme ait tellement soif de vous, soit tellement éprise d'amour pour vous, qu'elle mérite enfin d'arriver dans votre royaume et d'y jouir de vos éternelles délices pour l'honneur et la gloire de votre saint Nom.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, sur le point de sortir de ce monde , vous avez instruit et consolé vos disciples dans des termes empreints d'une tendresse ineffable, et de ce que, dans une prière non moins ardente, vous les avez recommandés à votre Père, montrant par là com-
bien vous les aimiez, eux, et ceux qui, dociles à leurs enseignements, devaient croire en vous dans la suite des âges. Faites, Seigneur, que mon cœur, ravi de vous entendre, préfère votre voix au miel le plus délicieux. Répandez en moi, Seigneur, l'esprit qui anima les derniers avis que vous donnâtes à vos disciples, afin que je sois transformé et abîmé dans votre amour. Conduisezmoi et dirigez-moi en toutes choses, afin qu'en moi et par moi, toujours et partout, votre volonté s'accomplisse.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce qu'aux approches de votre Passion vous commençâtes à craindre, à vous attrister, à tomber dans l'abattement, figurant ainsi en vous-même la faiblesse naturelle de vos membres spirituels, afin de les consoler et de les encourager, par votre exemple, quand ils auraient quelque sujet de crainte ou qu'ils verraient approcher la mort. Par ces terribles angoisses auxquelles vous fûtes en proie, délivrez -moi, Seigneur, de toute tristesse excessive comme aussi de toute joie vaine ou coupable. Faites que toutes les peines, toutes les afflictions que j'ai éprouvées, ou que je dois éprouver plus tard, contribuent à procurer la gloire de votre saint Nom et à m 'obtenir le pardon de mes péchés. Bannirez de mon cœur le découragement, la pu- Mllanimif/', la tristesse, et soyez vous-même mon aide et mon soutien.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, prosterné contre terre, vous avez prié votre Père et vous vous êtes livré entièrement à lui, disant : « Mon Père, que votre volonté se fasse et non pas la mienne. » (Luc, xxn, 42.) Faites que dans toutes mes afflictions et dans toutes mes nécessités je recoure à vous par la prière , que je m'abandonne à votre providence sans songer ni à ma volonté ni à mon intérêt propre; que je ne recule point devant l'adversité, et que pour m'y soustraire je ne me détourne point du bien que j'aurais commencé ; que j'accepte tous les revers avec un esprit tranquille et comme me venant de votre main, et que je les supporte pour votre amour avec un cœur doux , bumble et soumis.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, lié comme un larron et un malfaiteur, vous avez consenti à être traîné par des soldats jusqu'à la maison de Caïphe pour vous y entendre juger. 0 douceur merveilleuse de mon Rédempteur! on vous prend, on vous maltraite, on vous lie, et vous ne vous plaignez pas, vous ne murmurez pas, vous ne résistez pas ; vous marcbez en silence à la suite de ceux qui vous entraînent, vous obéissez à la voix de ceux qui vous commandent, vous supportez avec une extrême patience les outrages de ceux qui s'acharnent à vous tourmenter. Faites, Seigneur, que les exemples de tant et de si excellentes vertus se reflètent, en moi
à la gloire et à l'honneur de votre saint Nom. Je vous rends grâces, ô doux Jésus, Roi du ciel et de la terre, de ce qu'en présence du Pontife orgueilleux vous avez consenti à recevoir un soufflet de la main d'un de ses valets, comme si vous eussiez été le plus vil et le plus méprisable des hommes. Réprimez, Seigneur, tous les mouvements d'orgueil, d'indignation, de colère, de rancune et de vengeance qui pourraient s'élever dans mon cœur, afin que je demeure calme et serein au milieu des injures, que je supporte patiemment toutes les humiliations, et que je m'applique à faire du bien à tous ceux qui m'ont fait du mal en haine de vous. Pater noster. Ave, Maria,