CHAPITRE VIII
Prière à Jésus -Christ, où sont rappelés les principaux traits de sa vie, depuis la nuit qui précéda sa mort jusqu'à son arrivée au Calvaire.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, la nuit qui précéda votre mort, vous vous expo sâtes pour moi au mépris et à la risée de vos ennemis ; de ce que vous fûtes souffleté , frappé à coups de poings, déshonoré et outragé de toutes les manières. Vous savez, 6 mon Dieu,
combien il m'en coûte de supporter la moindre contradiction ; vous savez que je n'ai aucune vertu, que ma volonté est faible et languissante, que mes bons désirs sont d'une froideur extrême : oh! je vous en supplie, Seigneur, venez au secours de ma faiblesse et ne permettez pas que le vent de l'adversité me décourage ou me jette dans rabattement. Que je demeure ferme au milieu de mes maux, calme au milieu des injures, et qu'avec les sentiments de la plus vive reconnaissance je supporte tout ce qui m'arrive, à l'honneur et à la gloire de votre saint Nom.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, traduit devant le tribunal de Pilate, vous ne répondîtes pas aux injures , aux fausses accusations dont vous fûtes l'objet, semblable à. un petit agneau qui ne résiste point et qui se tait devant celui qui le tond. Faites, Seigneur, que je sois insensible à la médisance et à la calomnie, et que par mon silence je triomphe de tous ceux qui eh veulent à mon honneur. Accordez-moi la véritable humilité ; et que ni le désir d'être loué, ni, lorsqu'il s'agira de votre gloire, la crainte d'être honni, ne trouvent jamais l'accès de mon cœur.
Je vous rends grâces, ô très-doux Jésus, de ce qu'en sortant du tribunal de Pilate vous fûtes conduit ignominieusement devant Hérode, à travers les rues de Jérusalem, au milieu du bruit et du tumulte de la populace. Accordez-moi la
force de ne point craindre les persécutions de mes ennemis, de souffrir patiemment leurs injures et de m'élever au-dessus de leurs dédains. Soutenez mon courage au milieu des épreuves, et faites que je les supporte avec douceur, sans me plaindre et comme vous me l'avez recommandé vous-même, « en possédant mon âme par ma patience. » (Luc, xxi, 19.)
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, vous renfermant dans un silence plein de dignité, vous ne répondîtes ni aux questions multipliées d'Hérode ni aux accusations sans cesse renouvelées des Prêtres et des Pontifes. Faites, Seigneur, que je réprime les écarts de ma langue, que je ne me permette jamais une parole mauvaise, et que je ne perde pas mon temps en de vaines conversations; que, conformément à votre volonté, tout ce qui sortira de ma bouche soit juste, honnête et utile ; que j'aie la médisance en horreur, et que toujours et partout je parle et je pense bien de ni-s frère s.
.Ip vous rends grâces, o doux Jésus, de ce que, mis en parallèle avec Barabbas , vous avez été jugé plus criminel que lui et moins digne de vivre, comme aussi de ce qu'au moment où Ton Vif f u lil >■ •!•!•'• ce voleur, cet insigne meurtrier, on vous condamnait à mort, vous qui êtes l'auteur' de la vu-, m Hoi de gloire, o mon Seigneur, pouvons abaisser* davantage votre Majesté sou-l
veraine ? Àh î Seigneur, vous êtes véritablement la pierre vivante que les hommes ont rejetée, mais que Dieu a choisie pour lui-même. Oh ! ne permettez pas que je vous préfère jamais la créature, que je vous abandonne jamais pour la créature ; empêchez le poison de l'envie de pénétrer dans mon âme ; que désormais je me repose en vous, et qu'en vous seul je trouve mon salut.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, pour guérir nos blessures, vous avez voulu être dépouillé de vos vêtements, lié à une colonne et flagellé de la façon la plus cruelle. Oh ! je vous en conjure, ôtez de mon cœur toute pensée criminelle, dépouillez-moi du vieil homme et de toutes ses œuvres ; revêtez-moi de « l'homme nouveau « qui a été créé à votre ressemblance, dans la « justice et la sainteté de la vérité » (Eph., iv, 24), et faites que je souffre, en toute humilité et sans me plaindre, les coups divers qui me viendront de votre main paternelle.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce qu'après avoir été si rudement flagellé, après avoir répaudu tant de sang, vous avez permis que Fou vous accablât de toutes sortes d'outrages. Ah ! il me semble voir encore vos ennemis qui, pour vous humilier davantage, vous couvrent d'un manteau de pourpre, mettent une couronne d'épines sur votre tête, placent, en guise de sceptre, un roseau dans vos mains, fléchissent le genou devant vous
et vous raillent en disant : « Salut, Roi des Juifs. » (Matth., xxvii, 29.) 0 mon divin Maître, que le souvenir de cette scène douloureuse ne s'efface jamais de ma mémoire ; percez mon cœur avec les flèches aiguës de votre ardente charité ; qu'à l'avenir je n'aime que vous, que je ne pense qu'à vous, que je ne trouve de repos qu'en vous ; que ni la tribulation, ni l'angoisse, ni la persécution ne me séparent jamais de vous, et que je ne regarde point comme un déshonneur d'être haï et méprisé avec vous.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, non content des affronts et des ignominies que vous avez endurés pour moi, malgré l'état d'affaissement où vous étiez réduit, malgré la faiblesse de vos épaules , vous avez voulu porter votre croix jusqu'au sommet du Calvaire. Faites, Seigneur, que j'embrasse courageusement et dévotement voire croix, et que renonçant à moimême, travaillant avec ardeur à imiter vos vertus, je mérite de marcher humblement à votre suite jusqu'à l'heure de ma mort.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, sur la route du Calvaire, alors que vous alliez être crucifié, vous avez recommandé aux femmes qui vous suivaient en se lamentant de ne pas pleurer sur vous, mais de pleurer sur elles-mêmes et sur leurs enfants. Accordez-moi, Seigneur, des larmes rie compassion et d'amour, qui amollissent
la dureté de mon cœur et le rendent agréable à vos yeux. Faites qu'embrasé du feu de votre amour, j'aie en dégoût toutes les créatures, que je n'aie d'affection que pour vous, et que je ne me repose qu'en vous pendant tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Pater noster. Ave, Maria.