CHAPITRE IX
Prière à Jésus-Christ , où sont rappelés les principaux traits de sa vie, depuis son arrivée au Calvaire, jusqu'au moment où il recommanda sa Mère au Disciple bien-aimé.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce qu'étant arrivé au lieu de votre sacrifice, le corps brisé, les épaules chancelantes sous le poids de la croix, haletant de soif, vous fûtes abreuvé de vinaigre mêlé de fiel. Oh! si après cela je renonçais pour toujours aux plaisirs de la table, aux satisfactions de la chair, à toute recherche des sens! Accordez-moi, Seigneur, cette vertu qui sied si bien aux âmes délicates, cette vertu dont nous avons tous un si grand besoin , je veux dire la tempérance dans le boire et le manger, afin que, réprimant tout appétit déréglé , je n'aie plus faim et soif que de vous, je ne mette plus qu'en vous mes délices.
lé vous rends grâces , o doux Jésus , de ce qu'ayant consenti à être dépouillé de vos vêtements en présence de tout le peuple, vos plaies se rouvrirent, votre sang recommeuça à couler, et toutes vos douleurs se renouvelèrent. Mettez en moi , ô mon Dieu , un vrai amour de la pauvreté. Faites qu'au milieu des plus grandes privations je n'éprouve jamais le moindre sentiment de tristesse, et que je supporte patiemment les misères et les calamités de cette vie. Bannissez de mon cœur toutes les imaginations et toutes les affections terrestres , et renouvelez chaque jour en moi le désir de vous aimer ardemment.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce qu'après vous être étendu sur la croix vous avez permis que l'on y tirât vos membres au point de les disloquer, et qu'on les y perçât d'horribles clous. Faites, ô mon Dieu, que je garde fidèlement, et avec les sentiments de la plus vive reconnaissance, le souvenir de cette ardente charité avec laquelle vous avez étendu vos bras, ouvert vos mains, et livré vos pieds pour être percés et attachée à la croix. Remplissez mon cœur d'une parfaite charilé; percez, clouez tous mes sens avec le clou de votre amour, et concentrez en vous seul toutes mes pensées et tous mes désirs.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que
pendant trois heures vous êtes demeuré suspendu au bois infâme de la croix , répandant votre sang à grands flots et éprouvant dans tous vos membres la plus vive et la plus intense douleur. Suspendez , Seigneur , au même bois ma pauvre âme, qui est là gisant à terre , et lavez-la , purifiez-la dans votre sang, dans ce sang qui donne le salut et la vie. Daignez, ù mon Dieu, me laver, me purifier, me sanctifier, en m'arrosant de cette précieuse liqueur; oflrez-la , je vous prie, à votre Père, comme une satisfaction pour mes péchés et un remède à mes maux. Rendez-moi digne, je vous en conjure , de boire avec mon cœur et de recueillir avec la langue de mon àme les précieuses gouttes de ce sang divin, et que j'apprenne par expérience combien votre esprit est doux , et combien ce breuvage est rempli de délices.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que pour moi , pour guérir mon impatience par votre patience et mon orgueil par votre humilité, vous avez voulu être crucifié entre deux voleurs et confondu dans la même infamie. Elevez , Seigneur, élevez mon esprit en haut, afin que de là je méprise toutes les choses visibles , que je tienne mes yeux constamment fixés sur vous, que je n'aime que vous, que je ne pense qu'à vous, que je ne soupire qu'après vous , que je ne parle que de vous, que je ne rêve que de vous, que je ne trouve de délices qu'en vous, et qu'en dehors de
vous, je n'aie ni contentement, ni joie d'aucune espèce.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce que vous avez poussé la bonté envers les méchants jusqu'à prier votre Père pour ceux-là mêmes qui vous crucifiaient , disant : « Mon Père , pardonnez-leur; car ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc, xxm, 34.) Accordez-moi, Seigneur, la véritable patience et la véritable douceur, afin que , conformément à votre exemple et à votre commandement, j'aime mes ennemis, je leur rende le bien pour le mal, je prie pour eux et je leur pardonne de tout mon cœur.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce qu'au moment où , sur la croix , vous souffriez d'intolérables douleurs et d'indicibles angoisses, vous avez permis à vos ennemis de vous railler et de proférer contre vous les plus horribles blasphèmes. Faites , Seigneur , qu'au souvenir de votre incomparable patience et de votre humilité sans bornes, je supporte patiemment toutes les douleurs et tous les affronts , que je demeure attaché à la croix avec vous jusqu'à la mort; que ni les assauts de la tentation , ni les tempêtes de Ja (nbulation, ni les torrents d'injures que l'on pourra vomir contre moi ne me détournent jamais • le mes bons propos, et que ni la vie , ni la mort, ni Le présent, ni l'avenir, ni quelque créature que ce boit ne me sépare jamais de vous.
Je vous rends grâces, o doux Jésus, de ce que vous avez permis à l'un des voleurs de blasphémer contre vous, et de ce que, pour avoir confessé son injustice et proclamé votre innocence avec un grand sentiment de compassion et de foi, vous avez promis à l'autre la gloire du paradis. Oh ! puissiez-vous jeter sur moi des yeux de miséricorde, comme vous le fitespour ce Larron fortuné, afin qu'avec l'assistance de votre grâce je mène une vie tellement innocente , qu'arrivé au terme de ma course il me soit donné d'entendre cette douce parole : « Aujourd'hui tu seras avec moi « dans le paradis. » (Luc, xxm, 43.) Pater noster. Ave, Maria.