CHAPITRE X
Prière à Jésus-Christ, où sont rappelés les principaux traits de sa vie, depuis le moment où il reconirnauda sa Mère au Disciple bien -aimé, jusqu'à sa descente aux enfers.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce que voyant du haut de la croix votre très-douce Mère en proie à la douleur et toute baignée de larmes, ému de compassion au dedans de vous-même, vous la confiâtes à votre disciple saint Jean , en même temps que vous la lui donnâtes pour mère,
et dans sa personne à tous les chrétiens. Faites, Seigneur, que je m'attache ardemment à elle, et qu'en la prenant pour mère elle m'aime et me traite comme son enfant. Donnez - la - moi pour protectrice dans toutes les circonstances difficiles de la vie , mais plus particulièrement à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que suspendu aux hras de la croix , la tête couronnée d'épines, le corps tout couvert de larges plaies, vous fites entendre ce cri de détresse : « Mon Dieu, a mon Dieu, pourquoi m'avez - vous délaissé? » (Marc, xv, 34.) Faites, ô mon tendre Père, que dans toutes mes adversités , dans toutes mes tentations, dans tous mes délaissements, je recoure à vous , et que, me défiant de moi-même , je me confie en vous seul, je me livre entièrement à vous seul. Enfoncez vos traits dans mon âme en lui rappelant sans cesse le souvenir de vos plaies ; imprimez ces plaies au plus profond de mon cœur, et enivrez -moi de telle sorte avec votre sang, que je ne pense plus qu'à vous, que je ne cherche plus que vous, que je vous trouve, que je vous embrasse, et que je vous possède éternellement.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que le corps desséché par la douleur et par les flots de sang que vous aviez répandus, la houche haletante <le soif, et le cœur emhrasé du désir de
notre salut , vous prononçâtes cette parole : « J'ai « soif. » (Jean, xix, 28.) Donnez-moi, Seigneur, une ardente soif de votre gloire et du salut des âmes, afin que, conformément à votre volonté sainte, je m'emploie à votre service autant que mon état et ma condition me le permettront ; que l'amour des choses périssables n'ait jamais de prise sur mon cœur; qu'aucune créature ne me retienne jamais dans ses liens ; que j'aime en vous les choses qu'il est permis d'aimer, que je vous aime plus que tout ce qui est aimable , et qu'en vous seul je trouve mon repos.
Je vous rends grâces, ô doux Jésus, de ce que, sur le point d'expirer, vous laissâtes approcher de vos lèvres une éponge trempée dans du vinaigre , et de ce qu'en goûtant un si étrange breuvage vous voulûtes satisfaire à votre Père pour les excès que nous commettons chaque jour dans nos repas, nous donnant ainsi à tous un merveilleux exemple de pauvreté et de mortification. Faites, Seigneur, que, par amour pour vous, je méprise les viandes et les mets trop recherchés, et qu'en usant modérément de ceux que vous m'accordez pour soutenir ma pauvre vie, je ne cesse chaque jour de vous en témoigner ma reconnaissance.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , vous qui aimez passionnément les hommes, de ce que vous avez achevé d'une manière si heureuse et
si complète l'œuvre de notre rédemption, en vous immolant sur la croix pour effacer les péchés du monde. Soyez désormais, Seigneur, je vous en conjure , soyez l'unique but et l'unique fin de toutes mes pensées, de toutes mes paroles, de toutes mes actions , afin qu'animé de l'intention la plus droite et la plus pure, je cherche toujours et partout votre honneur, et qu'en dehors de vous je ne cherche, je ne désire plus rien. Faites que je ne me relâche jamais dans votre service , que je n'éprouve jamais aucune défaillance , mais que , me renouvelant chaque jour dans la ferveur je m'applique de toutes mes forces à vous louer et à vous servir.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce que volontairement vous vous êtes soumis à la mort, en inclinant votre tête adorable; de ce qu'après avoir remis votre âme entre les mains de votre Père , vous l'avez vous-même détachée de votre corps, et de ce qu'en donnant ainsi votre vie pour vos brebis , vous avez montré que vous étiez véritablement le bon Pasteur. Faites, Seigneur, que je meure à tous mes vices et à tous mes mauvais penchants ; que je ne vive, que je ne respire que pour vous , et qu'en achevant le cours de cette misérable vie, mon âme, enflammée de charité, i entre incontinent en vous, qui êtes le vrai paradis >■ de mon âme.
Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de C€ I
qu'ayant eu le cœur percé d'une lance, vous avez voulu qu'il en sortit de l'eau et du sang pour laver nos âmes et leur redonner la vie. Que ne percez - vous mon cœur de la lance de votre amour , afin qu'il n'aime désormais que ce que vous aimez vous-même ! Oh ï je vous en conjure, Seigneur, permettez que mon âme s'introduise, par la plaie de votre côté, au centre même de votre charité, au trésor de votre divinité , et que là elle vous adore, vous, mon véritable Dieu, vous qui êtes mort, et qui avez été crucifié pour moi , de telle sorte qu'après avoir banni de sa mémoire tous les vains fantômes des choses visibles, elle ne s'occupe plus que de vous, elle ne voie plus que vous dans tous les objets qui l'environnent. Je vous rends grâces , ô doux Jésus , de ce que vous fûtes détaché de la croix par vos amis en pleurs, arrosé de parfums précieux, enveloppé dans un linceul blanc et déposé dans un sépulcre qui appartenait à autrui. Ensevelissez avec vous tous mes sens, toutes mes forces, toutes mes affections, afin que, lié à vous par les liens de l'amour, je sois insensible à toute autre chose, et je n'aie plus d'autre pensée que vous , mon unique Rédempteur, mon unique bien, mon unique trésor. Pater noster. Ave, Maria.