CHAPITRE XII
Avis relatif aux prières suivantes.
« Quand tu seras assis pour manger avec le « roi, » dit le Sage, « considère attentivement « ce qui est en ta présence, afin de savoir quelle « est la conduite que tu auras à tenir. » (Prov., xxiii, 1.) Conformément à ce précepte, toutes les fois que vous vous disposerez à prier, commencez par lever les yeux vers le Seigneur, et examinez
avec soin quelle est la dignité de Celui avec lequel vous allez vous entretenir, afin que votre cœur et vos sentiments soient à la hauteur de ce qu'il est en droit d'attendre. Contemplezle assis sur le trône de sa Majesté et régnant sur tout l'univers, a II porte écrit sur son vête- « ment : le Roi des rois et le Seigneur des sei- « gneurs. » (Apoc, xix, 16.) Il est infiniment parfait ; il est beau, glorieux, bon, clément, juste, terrible, admirable. C'est un Père tout rempli d'affection, un Bienfaiteur dont les libéralités sont inépuisables, un Sauveur, un Rédempteur dont la miséricorde n'a pas de bornes.
Puis , quand vous l'aurez ainsi contemplé , faites un retour sur vous-même, et voyez quels sont les actes de vertus et les sentiments que vous devez produire pour correspondre à tous ses titres et à toutes ses perfections. Il est Dieu, il faut donc que vous l'adoriez ; il est infiniment parfait et glorieux , il faut donc que vous lui offriez vos louanges ; il est bon, il est beau, il faut donc que vous l'aimiez ; il est juste, il est terrible, il faut donc que vous le craigniez ; il est le Seigneur et le Roi de toute la nature créée, il faut donc que vous lui obéissiez ; il est votre Bienfaiteur, il faut donc que vous le bénissiez et que vous vous montriez reconnaissant envers lui ; il est votre Créateur et votre Rédempteur, il faut donc que vous lui offriez tout ce que vous êtes, puisque tout lui appartient.
En un mot, il est votre Sauveur, votre aide, votre soutien, il faut donc que dans toutes vos nécessités vous ayez recours à lui et que vous mettiez en lui seul votre espérance. Tels sont les sentiments qui doivent animer la créature raisonnable, tels sont les actes de vertus que nous devons produire quand nous nous trouvons placés en face des grandeurs et des perfections de Dieu. Sa divinité mérite nos adorations ; ses perfections, nos louanges ; ses bienfaits, notre reconnaissance ; sa bonté, notre amour. Il faut que nous le craignions, parce qu'il est juste ; que nous espérions en lui, parce qu'il est miséricordieux; que nous lui soumettions notre volonté, parce qu'il est puissant ; que nous lui offrions tout ce que nous possédons, parce qu'il est le souverain Maître de toutes choses. 11 faut enfin que nous attendions tout de lui, parce qu'il n'a rien tant à cœur que de nous secourir et de nous pardonner.
Encore une fois, c'est par de tels sentiments et de tels actes de vertu que le Seigneur, qui a droit à tous nos respects et à toutes nos affections, veut être honoré. Je n'ignore pas que ces sentiments et ces vertus sont, pour ainsi dire, l'âme de toutes les œuvres que nous faisons pour son amour; néanmoins, comme de tous les exercices la prière <*st celui où ils se produisent le plus naturellement, et que malgré cela il peut se rencontrer des personnes qui aient de la peine à s'en acquit-
ter d'une manière convenable, il m'a paru bon d'ajouter ici diverses formules que j'ai tirées des Prophètes, des Psaumes, des saints Pères, et en particulier de saint Augustin ; mais comme « le « juste s'accuse lui-même le premier» (Prov., xviii, 17), et que la porte la plus rapprochée pour arriver à Dieu est celle de la pénitence et de l'humilité, on aura soin de faire précéder cet exercice par la récitation du Confiteor, ou bien de l'un des sept Psaumes pénitentiaux , en y apportant le plus de dévotion que Ton pourra.