‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 78 sur 170 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Sentiments d'une aine qui loue Dieu à la vue de ses perfections.

Seigneur, ma vie entière devrait être employée à trembler et à faire pénitence ; car j'ai bien sujet de m'effrayer et de répandre des larmes. Mais quand je contemple la grandeur de votre gloire, en même temps que je vous adore et que je vous révère, je me sens porté à vous bénir et à vous glorifier. Vous seul, en effet, méritez que Ton vous loue, que l'on vous exalte au milieu de Sion. Vous êtes un océan de sagesse, un océan de puissance, un océan de beauté, de richesse, de grandeur, de suavité, de majesté. Vous réunissez au plus haut degré toutes les perfections, toutes les beautés qui brillent au ciel et sur la terre. Devant vous toute beauté n1est que laideur, toute richesse que pauvreté, toute puissance que faiblesse, toute sagesse qu'ignorance, toute douceur qu'amertume , et les créatures les plus parfaites ne jettent pas plus d'éclat qu'une faible lumière placée en face du soleil. Vous êtes parfait et sans difformité, grand sans être soumis aux lois de l'eapai •<*, bon sans que votre bonté soit susceptible d'accroissement ou de diminution, véridique et

incapable de mensonge ; présent en tout lieu, et renfermé nulle part. Yous êtes infini en grandeur, infini en puissance, infini en bonté. Yous surpassez toutes les créatures en sagesse ; vous êtes terrible dans vos conseils, juste dans vos jugements, impénétrable dans vos pensées. Yos paroles sont des paroles de vérité, vos œuvres des œuvres de sainteté, vos miséricordes ne sauraient jamais tarir. Yous êtes patient avec les pécheurs, et rempli de compassion pour ceux qui se repentent.

Que dirai-je de votre sagesse ? ce Yous découvrez « de loin mes pensées, » dit David, « vous avez « recherché le sentier par lequel je marche , et « tout le cours de ma vie. Yous avez prévu toutes « mes voies, et la parole qui n'était pas encore « sur ma langue. Seigneur, vous connaissez « toutes choses , l'avenir comme le passé ; vous « m'avez formé et vous avez posé sur moi votre « main. Yotre science est merveilleusement « élevée, et je n'y puis atteindre. Où irai- je « devant votre Esprit ? Où fuir devant votre face ? ce Si je monte vers les cieux, vous y êtes ; si je « descends au fond des enfers, vous voilà. Si je « prends les ailes de l'aurore, si je vais habiter « aux extrémités des mers, c'est votre main qui « m'y conduit, c'est votre droite qui m'y soutient. « Et j'ai dit : Peut-être que les ténèbres me cachece ront, et la nuit a éclairé mes voluptés. Devant « vous les ténèbres n'ont pas d'obscurité, et la

« nuitestclaire comme lejour.»(Ps.cxxxvm, 2-12.) « Vos yeux, » dit Job (xxxiv, 21, 22), « sont sur « les voies de l'homme, et vous comptez tous ses « pas. Il n'y a pas de ténèbres, il n'est pas d'ombre « de mort qui puissent cacher les artisans de Finice quité. »

Que dirai-je de votre toute-puissance? « Jého- « vah, » dit le Prophète, « est notre roi avant les « siècles ; il a opéré notre salut au milieu de la « terre. Par votre puissance vous avez durci les « eaux de la mer ; vous avez brisé dans ses flots « la tête des dragons. Vous avez écrasé le front « de Léviathan, vous l'avez donné pour pâture « aux peuples d'Ethiopie. Vous avez rompu les « rochers, fait jaillir les torrents, desséché les « fleuves. Le jour vous appartient, la nuit « est à vous. Vous avez créé le soleil et l'aurore. « Vous avez fixé toutes les bornes de la terre ; « vous avez formé l'hiver et l'été. » ( Ps. , lxxiii , 13-17.)

« Seigneur, Dieu des armées, » continue -t- il encore, a qui est semblable à vous? Vous êtes « puissant, Seigneur, et votre vérité vous en- « toure. Vous dominez l'orgueil de la mer ; ses « flots se soulèvent, vous les apaisez. Vous avez « humilié l'orgueilleux; le bras de votre puisu sauce a dispersé vos ennemis. Les cieux sont à « vous , et la terre et l'univers ; vous avez fondé « tout ce qu'ils renferment; vous avez créé le

« septentrion et le midi. L'Hermon et le Thabor « tressaillent à votre nom; la force réside en a votre bras. » (Ps., lxxxviii, 9-13.)

Job n'était pas moins empressé d'exalter votre toute-puissance, lorsqu'il disait : « En Dieu ré- « sident la sagesse et la force , à lui appartiennent « le conseil et la prudence. S'il renverse, nul ne « pourra édifier ; s'il jette dans les fers, les fers « ne se brisent plus. S'il retient les eaux, tout « se dessèche ; et s'il les envoie elles ravagent « la terre. Près de lui sont la force et la sagesse. « Il connaît et celui qui trompe et celui qui est « trompé. Il enlève aux conseillers leur prudence, « et il confond les juges de la terre. 11 ôte aux « rois leur baudrier , et ceint leurs reins d'une « corde. Il découvre les profondeurs des ténèbres, « et amène à la lumière les ombres de la mort. Il « multiplie les nations et les renverse; il les « abaisse et les relève. » (Job, xn, 13-23.) « S'il « donne la paix à un cœur, qui pourra la trou- « bler? S'il voile son visage, qui pourra le re- « garder?» (Id., xxxiv, £9.)

Que dirai-je de l'éclat de votre gloire, de votre félicité sans bornes ? « Si tu commets l'iniquité, » dit l'Écriture, « en quoi nuiras-tu à Dieu? Si tu « multiplies tes crimes , que feras-tu contre lui ? « Si tu es juste, que lui donneras-tu, et que « peut -il recevoir de ta main? Ton impiété ne « nuira qu'à celui qui est semblable à toi. Ta

« justice ne servira qu'aux enfants des hommes. » (Job, xxxv, 6-8.) Mais vous, Seigneur, vous êtes si heureux, votre gloire est tellement inhérente à votre être, que vous n'avez absolument besoin de personne.

Je vois en vous, Seigneur, toutes ces perfections, et voilà pourquoi je vous loue et je glorifie votre saint Nom. Éclairez les yeux de mon âme, et mettez des paroles convenables sur mes lèvres, afin que je pense à votre gloire et que ma bouche ne cesse jamais de publier vos louanges. Mais comme la louange sied mal aux lèvres du pécheur, j'inviterai les esprits bienheureux et toutes les créatures du monde à s'unir à moi, à vous louer avec moi; je les appellerai au secours de ma faiblesse, et j'entonnerai le cantique des trois jeunes Hébreux, enfermés dans la fournaise de Babylone.

« Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères, « et adorable, et plein de gloire, et élevé au-dessus « des astres; et béni soit le saint nom de votre « gloire , qu'il soit loué et exalté dans tous les « siècles. Vous êtes béni dans le saint temple « de votre gloire, et adorable et glorieux dans « tous les siècles. Vous êtes béni, vous qui « regardez l'abîme et qui êtes assis sur les Chérubins, et vous êtes adorable et exalté dans « tous les siècles. Vous êtes béni dans le firina- « meut du ciel, et adorable et plein de gloire dans

« tous les siècles.» (Dan., m, 52, 55, 56.) Ainsi soit-il. Pater noster. Ave, Maria.

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