‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 83 sur 170 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Prière pour obtenir le pardon de ses péchés.

0 Dieu tout-puissant et tout miséricordieux, Père infiniment bon, je confesse, humblement prosterné à vos pieds, les péchés sans nombre que j'ai commis contre vous; je confesse l'ingratitude dont j'ai payé vos bienfaits, le peu de compte que j'ai tenu de votre amour, vous qui, au lieu de me précipiter dans l'enfer comme je le méritais, avez attendu que je fisse pénitence, vous qui m'y avez exhorté, et qui m'y avez excité par votre grâce. Ah! Seigneur, combien de fois n'avez-vous pas frappé à la porte de mon âme en lui envoyant de saintes inspirations? Combien de fois n'avezvous pas essayé de me gagner par vos bienfaits, de m'attendrir par vos caresses, de me réduire par vos châtiments? et toujours j'ai fui loin de vous, je me suis soustrait à vos poursuites, sans que votre patience se démentît jamais. Vous eussiez pu, en toute justice, me précipiter dans les abîmes de L'enfer; mais, dans votre clémence, vous avez réprimé les effets de votre colère que j'avais attirée sur ma tête coupable.

Ed vérité, quand je réfléchis à cela, je m'étonne que mon cœur no se fende pas de douleur; je

me reconnais indigne d être appelé votre créature , indigne que la terre continue à me porter, et à fournir à ma subsistance. Je m'étonne que toutes les créatures ne se lèvent pas en masse contre moi pour venger les injures et les affronts dont je me suis rendu coupable envers vous. Mais , Seigneur miséricordieux, faites-moi

miséricorde, et ouvrez en ma faveur les entrailles de votre infinie bonté. Pardonnez le retard que j'ai mis à retourner auprès de vous, découvrez encore une fois votre poitrine de père, et accordez-moi la nourriture que vous avez coutume de donner à vos enfants. Je vous en conjure, Seigneur, opérez en moi ce pour quoi vous m'avez attendu pendant de si longues années. Je suis le plus vicieux et le plus coupable des hommes ; mais je n'en ai pas moins de confiance en votre miséricordieuse bonté. Mes péchés sont innombrables ; mais la multitude de vos miséricordes les surpasse de beaucoup : 0 mon tendre Père, « si vous voulez , vous pouvez me guérir. » (Matth., vin, 2.) « Guérissez-moi, et je serai guéri. » (Jérém, xvn, 14.) Ah! n'oubliez pas votre promesse. « Tu as suivi une multitude d'adorateurs, » avez- vous dit par la bouche de votre Prophète, « cependant reviens à moi, et je te recevrai. » (Jérém, ni, 1. )

Confiant dans cette parole, voilà que je reviens à vous dans toute la sincérité de mon Ame ,

comme si vous n'aviez appelé que moi, comme si votre invitation ne regardait que moi seul. Je suis cette créature malheureuse et déloyale, ce prodigue dissipateur qui s'est éloigné de vous, ô Père des lumières, fontaine de tous biens. Je suis cette brebis stupide qui s'est échappée de votre bergerie, foulant aux pieds tous vos bienfaits. J'ai abandonné la source d'eau vive, pour m'abreuver aux citernes amères des consolations terrestres, qui ne peuvent retenir l'eau; car mes plaisirs se sont évanouis comme la fumée. Je vous ai abandonné, vous, Pain de vie , pour me rassassier des cosses que mangent les pourceaux, donnant un libre cours à mes inclinations vicieuses et à mes appétits déréglés. Je vous ai abandonné, vous, souverain Bien, Bien au-dessus de tous les biens, pour me mettre à la poursuite des biens terrestres et périssables, et je me suis perdu avec eux; mais maintenant, ô mon Père, je vous supplie d'oublier toutes mes ingratitudes, en considération des travaux de votre Fils unique, et des services qu'il vous a rendus pour moi.

Et vous, Fils unique du Très-Haut, mon Sauveur et mon Maître, ayez pitié de moi, et permettez que je me décharge entre les bras de votre clémence, au sein de votre grâce, et dans vos plaies sacrées, de toutes mes iniquités, de toutes mes ingratitudes, de boutas mes impuretés, de ma colère, de mon orniH'il, de mon avarice, de ma désobéis-

sance, de mes dérèglements, de mon impudence, de ma témérité, de tout le mal, en un mot, que j'ai commis contre vous. Vous êtes mon espérance, mon refuge et ma force. Autant mes péchés m'épouvantent, autant votre bonté et les mérites de votre Passion me rempltssent de joie et m'enhardissent. Mes péchés sont énormes, il me serait impossible de les compter ; mais ils ne sont rien en comparaison de vos miséricordes. Yoilà pourquoi j'ai la conviction que vous ne laisserez pas périr celui que vous avez créé à votre image et à voire ressemblance, et pour lequel vous êtes devenu participant de notre nature, de notre chair et de notre sang. Enfin j'espère fermement qu'après m'avoir racheté au prix de tant de travaux, vou-. ne me condamnerez pas à la mort éternelle , vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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