CHAPITRE XXII
Prière pour remercier Dieu de ses bienfaits.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, parce que vous m'avez créé à votre image et à votre ressemblance, et parce que vous m'avez donné un corps avec des sens, et une àme avec
des facultés, afin que par elles je pusse vous connaître et vous aimer. Faites, Seigneur, mon Créateur et mon Père, que je vous serve de telle manière qu'en mortifiant mes passions et mes affections déréglées, je rétablisse en moi l'image que vous y aviez formée, et que je devienne semblable à vous par l'innocence de ma vie.
Je vous offre mes actions de grâces, pour le bienfait de la conservation, parce que, non content de m'avoir créé, vous m'avez conservé, et que, pour me conserver, vous avez créé le ciel, la terre, la mer, le soleil, la lune, les étoiles, les animaux, les poissons, les oiseaux, les arbres, tous les êtres en un mot, voulant que les uns servissent à me nourrir, les autres à me guérir, les autres à me récréer, les autres à m'instruire, les autres à me châtier. Faites, Seigneur, que j'use comme il faut de toutes ces choses, et que j'en profite pour atteindre la fin à laquelle vous m'avez destiné, c'est-à-dire pour vous connaître, vous, mon véritable Dieu et Seigneur, pour vous admirer et pour aimer de plus en plus votre saint Nom.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, pour le bienfait (h; la rédemption, c'est-àdire pour la bonté et la miséricorde incompréhensibles dont vous avez usé envers moi, pour l'ardente ciiarité avec laquelle vous m'avez racheté, et qui vous a porté à descendre sur la terre, alin • le nous élever jusqu'au ciel, à vous faire homme,
ann de nous faire dieux, et à souffrir la mort la plus cruelle, afin de nous communiquer la véritable vie.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, pour l'humilité que vous avez fait paraître ¥ dans votre incarnation, pour la pauvreté dont vous avez fait preuve à votre naissance , pour le sang que vous avez répandu au jour de votre circoncision, pour l'exil auquel vous avez été condamné en Egypte, pour le jeune que vous avez pratiqué dans le désert, pour les nuits que vous avez passées dans les veilles et les prières, pour les fatigues que vous ont causées vos voyages, pour les privations et les humiliations qu'il vous a plu d'endurer durant le cours de votre sainte vie. Je vous offre mes actions de grâces, pour tous les tourments et tous les affronts qui ont accompagné la mort infâme et cruelle que vous avez soufferte pour moi . Je vous offre mes actions de grâces, pour la prière que vous fîtes au jardin des Oliviers, pour la sueur de sang qui se répandit par tout votre corps , pour les cordes dont on vous lia, pour les soufflets que l'on déchargea sur votre face adorable, pour les blasphèmes que l'on proféra contre vous, pour les coups de fouet que l'on fît pleuvoir sur vos épaules, pour la couronne d'épines que l'on plaça sur votre tête, pour le manteau de pourpre dont on vous revêtit, pour les moqueries et les outrages dont vous fûtes l'ob-
jet, pour le fiel et le vinaigre que Ton approcha de vos lèvres, pour les clous dont on vous perça, pour la mort à laquelle on vous condamna, pour la croix sur laquelle vous rendîtes le dernier soupir; car de toutes ces choses il n'en est aucune que vous n'ayez soufferte en vue de mon salut.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, parce que dès ma naissance , dès les premiers instants de ma vie, vous m'avez reçu dans le giron de votre Église, vous m'avez appelé à la foi catholique, vous m'avez fait chrétien; et je vous les offre en même temps, parce que jusqu'à ce jour vous avez conservé mon corps et mon âme. Ah! que désormais mon cœur ne cherche plus d'autre nourriture que vous, que mon âme n'ait plus soif que de vous, fontaine de vie, et qu'arrivée au terme de son pèlerinage, elle puisse s'abreuver au torrent de délices qui s'échappe de votre sein adorable.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, parce que, jusqu'à ce jour, vous m'avez délivré, à mon insu, d'une infinité de dangers, autant spirituels que corporels, alors que j'eusse mérité, par mes infidélités et par mes crimes, d'être complètement abandonné de vous.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, parce que, tandis que je croupissais dans le bourbier du vice, malgré mes péchés, malgré la tance que j'opposais à vos saintes inspirations,
vous avez eu la patience de me supporter et d'attendre que je fisse pénitence. Oh ! je vous en conjure, que désormais je m'attache humblement à vos pas, que je sois prompt à obéir au moindre signal de votre volonté, et que, bannissant de mon cœur l'amour deschoses visibles,je ne m'occupe plus que de vous et je ne me sépare jamais plus de vous.
Je vous offre mes actions de grâces, ô doux Jésus, parce qu'après tant de bienfaits, voulant remédier aux maux de mon âme, vous avez institué et mis à ma disposition des Sacrements admirables, parce que vous ne cessez de me visiter intérieurement, parce qu'enfin vous me destinez à une gloire éternelle, à moins que par ma faute je ne m'en rende indigne moi-même.
Voilà, Seigneur, quels sont vos bienfaits, ceux du moins que je connais; mais il en est une foule d'autres que je ne connais pas, et pour lesquels je ne vous dois pas moins de reconnaissance , que dis-je ? pour lesquels je vous dois plus de reconnaissance encore, puisqu'ils me prouvent que pendant que j'étais plongé dans le sommeil, votre bonté veillait sur moi pour me défendre de mille périls et me combler de nouvelles faveurs. Aussi, de même que je suis obligé de vous demander pardon, non-seulement des péchés que j'ai commis sciemment, mais de ceux que j'ai commis par mégarde, de même faut-il que je vous remercie, non-seulement des bienfaits qui sent à ma con-
naissance, mais même de ceux que j'ignore. Je vous adore donc, je vous loue, je vous bénis pour toutes les faveurs dont vous m'avez comblé; faites que je n'en prenne pas occasion de m'enorgueillir ou de me négliger, mais que je m'en humilie davantage, que j'en devienne plus reconnaissant, et que chaque jour je conçoive un plus vif désir de vous servir, vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.