‹ Le mémorial de la vie chrétienneChapitre 92 sur 170 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Prière à la Vierge, où sont rappelés les 'principaux traits de sa vie, depuis son voyage à Bethléhein jusqu'au moment où, après avoir retrouvé Jésus dans le Temple, elle reprit le chemin de Nazareth.

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui, en compagnie de votre époux, saint Joseph, malgré la délicatesse de votre complexion et l'état avancé de votre grossesse, prîtes le chemin de Bethléhem, pour payer le tribut imposé à tout le monde. Faites que je souffre avec patience les misères de cet exil, et que je soupire constamment après la céleste Bethléhem, où se trouve le pain de vie, Jésus -Christ notre Sauveur.

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui, après les fatigues d'un long voyage, ne trouvant point, à Bethléhem, d'hôtellerie où l'on voulût vous loger, choisîtes une étable pour vous mettre à couvert, et donner le jour au Roi de gloire. Réglez, je vous prie, les affections de mon âme, afin que je n'aime rien de ce qui est vicieux, que je ne m'attache à aucune créature, et que, vivant comme un étranger au milieu de ce monde, je n'aspire qu'aux demeures éternelles, jen'espère de repos qu'en Dieu seul.

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui, sans douleur, sans rien perdre de votre intégrité vir-

ginale, enfantâtes Celui qui est tout à la fois le Sauveur des hommes, et la joie des esprits bienheureux. Vous êtes Vierge et Mère tout ensemble ; vous êtes le Temple du vrai Salomon ; vous êtes l'Arche et le sanctuaire de Dieu ; vous êtes la porte fermée que vit Ézéchiel , le jardin clos et la fontaine scellée de l'Époux céleste. Remplissez mon cœur et mes sens de votre grâce, afin que, devenant un homme nouveau, je vive de façon à plaire à votre divin Fils et à vous.

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui, après avoir enveloppé dans de pauvres langes Jésus, le fruit béni de vos chastes entrailles , le couchâtes dans une crèche. Oh ! si mon esprit était tellement occupé de votre amour , si la pureté de votre vie se reflétait tellement dans mon âme, que je fusse comme un enfant nouveau-né, et qu'au milieu de mes tribulations et de mes peines, vous vinssiez vous-même m'aider et me consoler !

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui eûtes le bonheur d'allaiter Jésus enfant, et, pendant que vous le teniez dans vos bras, de le baiser et de l'adorer. Oh ! je vous en conjure, lorsque vous me verrez fatigué, accablé sous le poids des misères de cette vie, ouvrez-moi votre sein maternel et faites qu'après avoir goûté le lait des consolations diviaes, je n'aie plus que du mépris pour lesconsolations de la terre.

Je voua salue, très-douce Marie, vous qui, le

quarantième jour venu, présentâtes l'Enfant au Temple, où le saint vieillard Siméon, le prenant dans ses bras, entonna ce beau cantique qu'il ne put achever sans y mêler ses larmes, parce qu'il annonça et les contradictions auxquelles votre Fils serait en butte, et le glaive de douleur qui percerait un jour votre âme : faites, ô ma Reine, que je 'prenne la croix et que j'imite votre patience, acceptant avec vous toutes les peines qu'il plaira au Seigneur de m'envoyer, et les regardant comme de vraies faveurs.

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui, ayant appris par un Ange qu'Hérode , comme un lion furieux, cherchait votre Enfant pour le perdre, et que, pour lui échapper, il fallait vous réfugier en Egypte, partîtes à l'instant, au milieu de la nuit, abandonnant votre pays, votre maison, le peu de biens que vous possédiez, et vécûtes, pendant sept ans, pauvre étrangère inconnue, dans une terre habitée par des barbares et des infidèles : faites que je m'attache constamment à vos pas, que j'imite votre patience , votre humilité, votre pauvreté, et que je vive sur cette terre comme un voyageur et un exilé.

Je vous salue, très-douce Marie, vous qui, étant montée à Jérusalem avec l'Enfant Jésus, âgé de douze ans, eûtes le malheur de le perdre sans qu'il y eût de votre faute, qui le cherchâtes avec diligence , et la douleur dans l'âme , et qui , à la

grande joie de votre cœur, le trouvâtes enfin dans le Temple, assis au milieu des Docteurs et disputant avec eux : faites, s'il m' arrive jamais de perdre la grâce de la dévotion par ma faute, que je la cherche avec la même diligence, qu'en la cherchant je la trouve, et qu'après l'avoir trouvée je sache la conserver, afin d'être toujours prompt lorsqu'il s'agira du service de Dieu.

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