CHAPITRE XXXI
Prière à la Vierge, où sont rappelés les principaux traits de sa vie, depuis son retour à Nazareth jusqu'à son assomption glorieuse.
Je vous salue, très- douce Marie, vous qui entourâtes de soins assidus l'enfance et la jeunesse du Sauveur, vous qui le suivîtes plus tard dans ses courses apostoliques : faites que je méprise les choses qui passent, que je vous aime, que je vous suive et que je soupire constamment après le honneur de me trouver en votre présence.
Je vous salue, très-douce Marie, vous qui ressentîtes si vivement les douleurs et les persécutions de votre Fils bien-aimé, et dont le cœur fut pénétré de tant <]<• compassion à la vue de sa mort infâme et cruelle : faites que je le loue en reconnaissance de tout ee qu'il a fait et souffert pour moi, et que,
par amour pour lui , je compatisse aux maux de tous ceux qui sont dans l'affliction.
Je vous salue, très -douce Marie, vous dont lame bienheureuse fut percée d'un glaive de douleur, quand, les yeux noyés de larmes, vous contempliez, debout près de la croix, les plaies et le sang de votre Fils qui se mourait : faites que je demeure constamment avec vous au pied de la croix, et que je célèbre avec de grands sentiments de dévotion la Passion de votre Fils unique , mon Rédempteur.
Je vous salue , très-douce Marie, vous qui dans ce même endroit entendîtes de la bouche de Jésus ces douloureuses paroles : « Femme, voilà ton fils » (Jean, xix, 26), par lesquelles il vous recommandait à son Disciple de prédilection, vous priant de lui servir de mère, et de l'accepter pour fils à sa place ; vous qui entendîtes cette autre parole non moins douloureuse : « J'ai soif» t(Ibid, 28), sans qu'il vous fut permis de lui offrir une goutte d'eau, et tandis qu'au lieu d'eau, on lui présentait du vinaigre; vous qui, en proie à de mortelles angoisses, le vîtes expirer sous vos yeux ; vous, dont la lance qui lui ouvrit le côté percale cœur maternel, ce cœur qui, bien que mort à toutes les choses de la terre, n'en était que plus sensible aux souffrances de votre Fils : au nom de toutes ces douleurs, Vierge sacrée, je vous prie d'inspirer à mon âme les sentiments de la plus tendre compassion,
de graver dans ma mémoire le souvenir des tourments que mon Sauveur a endurés pour moi, et enfin de me rendre participant de ses mérites , de telle sorte que je ne vienne pas à perdre, par ma faute, ce qu'il a bien voulu acquérir pour moi par
sa grâce.
Je vous salue, très-douce Marie, vous que Jésus ravit de joie par sa résurrection glorieuse, vous qu'il précéda dans le ciel, mais qu'il vint chercher ensuite et qu'il plaça sur un trône au-dessus de tous les chœurs angéliques, vous proclamant Reine et Souveraine de toute la création : nous vous en supplions, ô notre Mère, prenez-nous sous votre protection, et plaidez notre cause devant le tribunal de votre Fils bien-aimé, afin que, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts, nous soyons délivrés, par votre intercession, de la mort éternelle, et placés à votre droite, en compagnie de ceux qui doivent régner avec lui dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
CHAPITRE XXXII Prière à la Vierge, où sont rappelés ses principaux titres de gloire.
Je vous salue, Mario, vous qui après Dieu tenez le premier rang, Sainte entre tous les saints, qui, Vierge et Mère tout à la fois, avez engendré d'une manière merveilleuse Jésus -Christ, le Sauveur
du monde. Vous êtes le Temple magnifique de Dieu, le tabernacle de l'Esprit-Saint, le lieu où réside la très -sainte Trinité. Votre Fils, ô ma Reine, répand la vie par tout l'univers ; vous êtes la consolation des vivants, et le seul souvenir de votre doux Nom transporte de joie les âmes de ceux qui ont quitté cette vie. Inclinez l'oreille de votre miséricorde aux prières du plus misérable de vos serviteurs, et faites fuir, devant les rayons de votre sainteté , les ténèbres et l'obscurité de mes vices, afin que désormais vos yeux très-purs se reposent sur moi avec complaisance.
Je vous salue, très-douce Mère de miséricorde, je vous salue, vous par qui nous avons recouvré la grâce et obtenu le pardon. Quel est celui qui voudrait ne pas vous aimer, ne pas vous honorer, ne pas se mettre sous votre protection ? Dans le doute vous êtes notre lumière, dans la tristesse, notre consolation, dans les angoisses, notre soutien, dans les tentations et les périls notre secours. Vous êtes, après votre Fils unique, notre espérance et notre salut : bienheureux ceux qui vous aiment, ceux qui, parla sainteté de leur vie, méritent de devenir vos serviteurs fidèles. Je recommande à votre bonté, ô ma Reine, mon âme et mon corps. Dirigez-moi, enseignez-moi, défendez-moi à toute heure , ô vous qui êtes mon refuge et ma vie.
Je vous salue, Demeure magnifique, Palais res-
plendissant du Monarque éternel; vous êtes par excellence la femme aimable, bonne, prudente, généreuse, belle et digne d'être honorée plus que toutes les créatures ensemble. Yous êtes la Reine du Ciel qui s'avance « comme l'aurore à son lever, « belle comme la lune, brillante comme le soleil, <c terrible » aux démons « comme une armée ran- « gée en bataille. (Cant. , vi, 9.) Faites qu'au milieu des tempêtes et des orages de cette vie, je tienne mes yeux constamment fixés sur vous, et qu'après avoir méprisé les choses visibles, je sois admis à contempler les délicieuses beautés qui s'étalent dans les demeures éternelles.
Je vous salue, Marie, Étoile brillante, Astre lumineux d'où est sorti le Soleil de justice , Jésus- Christ notre Sauveur. Yous êtes la plus belle des vierges, la plus chaste des mères, et vous ne cessez de regarder d'un œil favorable tous les enfants de l'Église, en quelque lieu du monde qu'ils se trouvent. Yotre doux Nom répare les forces de ceux qui sont fatigués, votre sereine splendeur rend la vue aux aveugles, l'odeur suave de vos vertus réjouit les justes, et le Fruit béni de vos entrailles rassasie les bienheureux. La première , après Dieu, vous méritez d'être louée par les anges et par les hommes. Priez pour moi, ô* Yierge,afin qu'aidé de vos prières j'aie le bonheur de voir le Dieu des dieux, et vous la Souveraine des souveraines, dans lu céleste Sion.
Je vous salue, Mère bienheureuse, Mère clémente et consolatrice, par qui la bénédiction du Ciel et la grâce de la félicité éternelle sont descendues dans le monde. C'est en vous que s'est incarné, et c'est de votre sein virginal qu'est sorti cet Enfant Jésus, unique auteur de notre salut, le plus beau et le plus noble des enfants des hommes. Votre souvenir console les affligés, votre vue réjouit les saints, votre incomparable innocence fortifie les pécheurs. Obtenez -moi, ô ma Reine, une parfaite pureté de cœur, afin que je sois mis au nombre de ceux qui méritent d'être aimés de vous et de votre Fils unique.
Je vous salue, Marie, Vierge toute pure , Vierge plus éclatante que le soleil, plus brillante que les étoiles, plus douce que le miel, plus suave que le baume , plus belle que la rose , plus blanche que le lis. Vous êtes la fontaine du Paradis, une source d'eau vive, le trône du véritable Salomon, un vase très-pur où jamais n'entra l'amertume, et d'où débordent la consolation et la joie. Le Seigneur vous a créée vierge sans tache , le Seigneur vous a choisie pour son humble servante, le Seigneur vous a aimée comme une épouse digne de lui. Vous êtes la gloire du genre humain, vous faites la beauté et l'ornement de l'univers tout entier. 0 ma Reine, ne détournez pas les yeux de moi qui suis un pécheur; mais de pécheur faites-moi juste, et qu'à ma paresse, à ma lâcheté, à ma tiédeur, succèdent
le zèle, la ferveur et une ardente dévotion.
Je vous salue , espérance certaine de ceux qui se méfient d'eux-mêmes, soutien assuré de tous ceux que le monde délaisse , vous dont le crédit est sans bornes, dont toutes les demandes sont accueillies, et qui ne rencontrez jamais d'obstacle à vos volontés. Vous tenez en main les clefs du trésor céleste , vous êtes plus honorée que les Chérubins, plus élevée que les Séraphins, vous êtes riionneur et la gloire des hommes. Tous les âges, toutes les générations vous bénissent, et toutes les créatures publient la gloire de votre saint Nom.
Vous êtes exaltée au-dessus des chœurs des anges, et , comme le printemps , les fleurs, les roses et la fraîcheur des vallées vous accompagnent. 0 bienheureuse Reine, guérissez-moi et je serai guéri, et je vous servirai pendant tous les siècles des siècles et à jamais. Ainsi soit-il.