CHAPITRE XXXV
Prière à la Vierge, afin d'obtenir, par son intercession, le pardon de nos péchés.
0 Vierge glorieuse et bienheureuse, comment oserai-je paraître devant vous pour prier, quand, par ma malice, j'ai perdu la grâce que votre divin Fils m'avait acquise par sa Passion. Je suis un trèsgrand pécheur, mais, sachant que ma demande est juste, j'aurai recours à vous et je vous supplierai de m'écouter favorablement. 0 ma Mère et ma Maîtresse, priez votre cher Fils, au nom de sa bonté et de sa miséricorde . de vouloir bien me pardonder. Si, à cause de mon indignité, je ne mérite rien, suppliez-le du moins de ne pas laisser périr une créature qu'il a formée lui-même à son image et à sa ressemblance. Vous êtes la lumière qui brille dans les ténèbres, vous êtes le miroir des saints et l'espérance des pécheurs. Toutes les générations vous bénissent; les affligés crient vers vous; les justes vous contemplent; les anges se réjouissent de votre présence ; les âmes du purgatoire attendent de vous leur consolation ; les hommes, sur la terre, mettent en vous leur espoir ; toutes les créatures se tournent vers vous avec
joie, toutes vous appellent, et vous leur répondez, et vous vous intéressez en leur faveur.
Que ferai-je, misérable pécheur, pour obtenir votre grâce ? Le souvenir de mes péchés me remplit de trouble ; la vue de ma misère me fait perdre courage ; ma malice me rend muet, et pourtant, ô Vierge tout aimable , je vous en supplie au nom de cette douleur mortelle qui s'empara de votre âme, lorsque vous vîtes votre cher Fils se charger de sa croix et s'acheminer vers le lieu de son supplice; faites que je mortifie mes passions, que je triomphe de mes tentations, et que je sauve enfin mon âme rachetée à si haut prix. Que la pensée des larmes que vous répandîtes en ce jour sur les traces sanglantes de votre Fils, soit toujours présente à ma mémoire, et qu'elle m'en arrache à moi-même d'assez abondantes pour laver et expier mes péchés.
Quel est le pécheur qui, sans vous, osera paraître devant le Juge éternel? S'il est patient à supporter nos injures, il est aussi souverainement juste, et sa justice lui fait une loi de récompenser la vertu comme de punir le péché. Mais sans vous, sans votre appui, qui s'estimera assez juste pour se présenter avec confiance devant son tribunal ? Que deviendrai-je, ô Vierge bienheureuse, si je ne recouvre point par votre intercession ce que j'ai perdu par mon infidélité? C'est une bien grande faveur que je vous demande, si vous considérez
ma bassesse ; c'est bien peu si vous avez égard à votre puissance. Tout ce que je pourrai vous demander ne sera jamais rien en comparaison de ce que vous pouvez m'accorder.
Reine des anges, réglez et dirigez tellement toutes les actions de ma vie, que, malgré mes iniquités, ma prière s'élève néanmoins jusqu'à vous. Montrez-moi votre miséricorde en me tendant une main secourable, afin que les justes vous louent et que les pécheurs espèrent en vous. Que j'aie toujours devant les yeux les douleurs dont votre âme fut abreuvée à l1 heure de la Passion de votre Fils bien-aimé, Jésus-Christ, notre Rédempteur, et que vos pensées soient jour et nuit la nourriture de la mienne. Ne me retirez pas votre appui, ne me refusez pas votre pitié, ne me bannissez pas de votre souvenir. Si vous m'abandonnez, ô ma Souveraine , qui me soutiendra ? Si vous m'oubliez, qui se souviendra de moi? Si vous ne m'éclairez, vous qui êtes l'étoile de la mer et le guide de ceux qui se sont égarés, où irai-je? Que deviendrai-je? Ne permettez pas que l'ennemi s'approche de moi pour me tenter; s'il me tente, ne me laissez pas tomber ; si je tombe, aidez-moi à me relever.
Qui jamais eut recours à vous, sans être exaucé ? Qui jamais vous adressa la moindre demande, sans la voir accueillie? Qui jamais se consacra à votre service, sans en être magnifiquement récompensé?
0 Vierge glorieuse, faites sentir à mon cœur la douleur qui transperça le vôtre, lorsque votre Fils fut déposé de la croix, lorsque vous le reçûtes dans vos bras, et que, n'ayant pas même la force de pleurer, vous vous prîtes à contempler cette face divine, l'objet des adorations des anges, couverte d'infâmes crachats ; lorsque enfin vous eûtes sous les yeux un exemple terrible de ce que l'innocent est condamné à souffrir, quand il se substitue au coupable.
Il me semble vous voir, ô ma Reine, les bras étendus, les yeux appesantis, la tête baissée, le visage décoloré, tandis que votre cœur est en proie à une douleur que les martyrs, au milieu des plus horribles tortures, n'éprouvèrent jamais. « Yous « tous qui passez parle chemin » , dites-vous à ceux qui vous entourent, « regardez et voyez s'il est une « douleur comme ma douleur. » (Jérém., Lam. i, 12.) Puissent ces tristes paroles retentir continuellement à mes oreilles ! puissé-je, en les répétant, me rendre digne de vos maternelles faveurs !
Plongez vous-même dans mon âme le glaive de douleur qui transperça la vôtre, lorsque vous déposâtes dans le tombeau le corps défiguré de votre Fils, afin qu'en me souvenant que je suis poussière, et que je dois retourner en poussière, je ne me laisse point séduire par la gloire péris- Bable de ce monde.
Que de fois, Vierge sainte, après avoir rendu les derniers devoirs à votre Fils, vous tournâtes les yeux vers le monument où vous laissiez un trésor de si grande valeur ! Oh ! je vous en supplie, tournez aussi vos yeux vers moi, et exaucez ma prière. Que j'aie toujours présente à l'esprit cette affreuse nuit que vous passâtes, loin de toute compagnie, au milieu des douleurs les plus vives, des larmes les plus amères et des souvenirs les plus déchirants. Qu'ici-bas je m'associe à vos angoisses, et qu'un jour, dans le ciel, j'aie le bonheur de contempler votre gloire. Ainsi soit-il.