LA. REVUE DU 14 JUILLET
Le nom du général Boulanger était connu, répété presque chaque jour par la presse signalant une nouvelle mesure de ce ministre infatigable, qui revenant
de souper, rentrait au ministère dans la nuit en veston ou en habit et se remettait à travailler, avec une activité et une bonne humeur inaltérables. La revue du 14 juillet fut pour les Parisiens une occasion de connaître sa personne. Il apparut fièrement campé sur un superbe cheval noir, paraissant jeune avec sa barbe blonde, bicorne à plumes blanches surToreille, calme et d'allure vraiment martiale. L'enthousiasme fut indescriptible. C'était le coup de foudre, déterminant la passion de la foule pour ce militaire.
Cette popularité naissant comme ces fleurs exotiques dont l'épanouissement fait explosion, fut exploitée par un chanteur de café-concert en vogue, précurseur dès membres de ce comité qui devait se former plus tard pour l'exploitation politique du nom du général Boulanger et de son influence dans le pays. Ce chanteur composa et chanta la chanson : En revenant de la vernie qui fut immédiatement répétée partout, passant à l'état de scie agaçante capable de faire prendre en grippe « le brav' général » qu'elle célébrait.
Il va sans dire que le général Boulanger était complètement étranger à cette glorification de caféconcert qu'il n'avait pas provoquée et qu'il ne pouvait empêcher. Il eut ce malheur d'inspirer aux foules un engouement sur lequel devaient spéculer, suivant leur industrie et dans la mesure de leur imagination, ceux qui sont à l'afl^ût de l'actualité, du scandale ou du succès retentissant. Combien il eut été préférable pour le général Boulanger qu'il eût une moins grande popularité. Les camelots, les cabotins, les politiciens et les intrigants auraient moins songé à l'exploiter.
16 LE MÉMORIAL DE SÂINT-BREL ADE