‹ Le mémorial de Saint-BreladeChapitre 114 sur 139 · AUTRES SOTTISES · texte numérisé non relu

AUTRES SOTTISES

Quoiqu'il songeât à la réalisation des projets indiqués, car, dans une lettre du 8 décembre, il me demande de penser à « l'affaire du Nord », le général entendait ne rien brusquer et ne rien faire au hasard.

J'aurais voulu qu'il quittât Jersey, où il était, lui disais-je, « prisonnier de la mer », et parce que les prétendus amis intéressés à ce qu'on le crût découragé, indifférent, le représentaient trop comme un prétendant, d'abord, et ensuite comme un prétendant fainéant. Il résista énergiquement; mais quelques semaines après, ce fut lui qui m'annonça son intention de quitter l'île et de venir sur le continent.

Mais comme si l'on eût deviné nos intentions ignorées pourtant de tout le monde, il n'était pas de semaine pour ainsi dire, môme pas de jour que l'un des membres de l'ancien Comité ne prît une initiative semblant avoir pour but de contrecarrer nos projets et de les faire échouer.

C'est ainsi que dès la rentrée, M. Laur avait fait annoncer son intention de demander la révision du procès de la Haute Cour, comme si elle se pouvait faire en l'absence des condamnés. Le général avait écrit à M. Laur pour le sommer de renoncer à sa proposition, qu'il« considérerait comme une trahison». M. Laur s'était incliné, mais il avait fait reprendre par M. Gousset sa proposition, heureusement écartée par le dédain de la Chambre.

Dès que le général fut à Bruxelles, le même M. Laur organisait un meeting soi-disant boulangiste pour provoquer à l'annexion de la Belgique.

C'était ainsi tout le temps. Tantôt les actes n'étaient

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que ce qu'on appelle « des gaffes », propres à ridiculiser leurs auteurs et leur parti ; tantôt c'étaient des sottises plus graves et plus compromettantes, tendant toujours à exploiter ce qu'il restait de popularité au général, à lui imposer une politique, à lui donner des maires du palais, et à le faire passer pour un imbécile, timoré et brouillon.

Ah ! nous ont-ils donné assez de mal, tous ces prétendus boulangistes, tous ces agitateurs et politiqueurs à Tamitié de crocodiles 1 Et comme il les connaissait, celui qu'ils croyaient encore tromper par leurs secrètes protestations « d'inaltérable dévouement » !

Dans une lettre du 5 janvier 4891, à propos des députés et autres politiciens qui, dit-il, aiment bien mieux me voir rester en exil, il ajoute avec sa bonne humeur habituelle : « Vous oubliez de me donner le nom du seul qui voudrait mon retour, et j*ai beau chercher, je ne trouve pas cet oiseau rare. »

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