INTRIGUES INUTILES
La venue du général Boulanger en Belgique avait donné lieu à des informations erronées et aux commentaires habituels, en général malveillants. Mais ses amis obscurs comprenaient d'instinct que, s'il se déplaçait, c'était dans quelque but inconnu, avec l'intention d'agir d'une manière quelconque.
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Ea mâme temps, ceux qui aspiraient à la direction ou à Taccaparement du boulangisme, redoublaient de manœuvres, pour faire croire à leur influence, et s'imposer au général, qu'ils s'imaginaient être préoccupé de leurs combinaisons électorales, et qui paraissait sur le point, si ce n'était déjà fait, de leur échapper, môme de les désavouer.
Le procédé le plus commun consistait à former des comités, comprenant trois personnes, il en est môme qui n'avaient pour unique membre que le président, et des fédérations de ces comités qui adressaient au général des ordres du jour dans lesquels l'attestation « d'inaltérable dévouement » se joignait à quelque injonction. Et les meneurs suivant une tradition constante depuis la proscription s'efforçaient, autant pour s'assurer l'appui de Y Intransigeant que pour peser sur les déterminations du général, de gagner à leur cause Henri Rochefort qui restait assez indifférent à toutes ces manœuvres.
Si impersonnels que soient mon témoignage et mon récit, je dois bien avouer que j'étais la cause plus ou moins directe et l'objet des ressentiments de leurs auteurs, qui, me jugeant par eux-mêmes, m'attribuaient des intentions, des sentiments et des vues dont j'ai le dédain ou le mépris. Us croyaient à un genre d'influence que je n'ai jamais tenté d'avoir.
Je ne m'étais assigné qu'un but : donner au général une expérience acquise en trente ans de luttes politiques ; le mettre en garde contre les pièges et les embûches; l'aider à se réhabiliter des fautes commises devant la démocratie française et à rendre service à la cause des réformes sociales et à notre patrie.
C'est ce but seul que j'ai poursuivi, sans m'occuper d'intrigues et de manœuvres, qui ne méritent môme pas que je leur accorde une autre mention.
Ceux d'ailleurs, qui s'imaginent qu'on pouvait
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exercer sur le général Tinfluence qu'ils me supposaient se trompent étrangement. C'était un homme à qui Ton ne faisait ni penser, ni faire ce qu'on voulait.
On pouvait certes le tromper^ abuser de sa confiance, qui était très grande lorsqu'il Pavait accordée à quelqu'un. Mais quand on Tavait trompé une fois, c'était fini pour jamais.
J'avais acquis sa confiance, en lui prédisant presque jour par jour les conséquences fatales des fautes commises; et si l'accord a été si complet entre nous, c'est que, le connaissant bien, je comptais sur sa sincérité, sur sa résolution, sur toutes ses qualités et sur son intelligence positive, ne lui reprochant que son excès de bonté et de désir de conciliation ; c'est que j'essayais de penser comme lui, tout en pensant comme moi, raisonnant en homme d'action et.de fait, lui donnant des raisons, lui démontrant les conséquences des actes à accom'plir, et le laissant réfléchir et décider.
Il avait été un moment un jouet aux mains de politiciens dans la capacité, les convictions et Tamitié desquels il avait foi. Mais, dupé et trahi, dans la dure épreuve qu'il subissait, il s'était retrouvé; il était redevenu l'officier qu'ont connu les élèves de Saint-Cyr, le général du ministère de la guerre, le représentant de la France près de la République américaine. Et ce qu'il était redevenu, il le fût désormais resté toujours.