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LA FUTURE GUERRE

11 n'y avait plus à parler de nos projets? il fallait attendre qu'un mieux se produisît dans l'état de la malade pour y penser.

De tous ceux qui avaient tenté d'accaparer le mouvement boulangiste, les uns avaient trahi et étaient tombés dans le mépris, les autres étaient désavoués ou impuissants, et nous n'avions pas à nous en occuper. Ce que pouvaient faire le gouvernement et les pariementaires de toute catégorie, ne nous inquiétait guère. Nous pouvions donc reprendre nos causeries d'autrefois, au temps de la popularité et du triomphe.

La chose qui le préoccupait le plus, c'était la guerre dont les récents incidents du voyage de Timpératrice Frédéric semblaient rapprocher l'éventualité.

(( Gomme je l'ai dit étant ministre, répétait-il, il faut être fou pour la vouloir. Il n'est que ceux qui ne savent pas ce que c'est qui la puissent désirer. Aussi je trouve coupables ceux qui, comme Déroulède, dans sa brochure du Désarmement, y provoquent. »

Puis passant à des observations plaisantes :

: — J'ai toujours vu que ceux qui poussent à la guerre sont ceux qui n'iront pas. Quand j'entendais et quand j'entends encore des chauvins manifester des sentiments belliqueux, je leur demande simplement: « Dans quel corps êtes-vous? » Je suis sûr qu'ils vont me répondre : « Dans les services auxiliaires ou dans les vétérans, à moins que ce soit dans rien du tout. » Ça n'a jamais raté. »

Revenant à des appréciations plus graves et répondant à des questions que je lui posais :

— Savez-vous ce que je crois? c'est que l'une des armées se débandera et que l'autre mourra de faim.

« De trop grandes forces sont autant un embarras qu'un avantage. C'est très bien de mettre un million d'hommes sous les armes. Mais quel est le général qui pourra conduire une pareille masse, la faire évoluer,, la tenir dans sa main pour que, lorsqu'elle sera victorieuse à droite, elle ne soit pas battue à gauche?

3f8 LE MÉMORIAL DE SAINT-BRELADE

Napoléon P' lui-môme, qui fut le plus grand des hommes de guerre, n*y parviendrait pas.

» Ce n'est pas le tout de conduire des hommes au combat; il faut les nourrir. 11 faut que tout ce qui marche en avant ait sa subsistance assurée, ce que l'intendance, si bien organisée qu'elle soit^ ne peut lui donner.

» Une armée vit sur le terrain où elle opère. C'est difficile, mais possible pour trente, quarante mille hommes; mais quand c'est par centaines de mille qu'une armée avance, le pays est ravagé comme si des nuages de sauterelles avaient passé ; et il ne reste rien pour ceux qui surviennent en masse compacte.

» Si j'y étais, il faudrait bien que j'essaie de m*en tirer. Je prendrais mes dispositions; mais, allez, c'est une tâche bien redoutable, et après laquelle il ne faut pas courir de gaieté de cœur. »

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