LA POSTÉRITÉ JUGERA
Voilà le soldat et voilà l'homme î Voilà celui que des adversaires que je n'ai plus le courage de quali-^ fier ont proscrit comme aspirant à la dictature î
Qu'on me pardonne, et qu'il me pardonne surtout lui-même, de livrer à la publicité ces secrets de sa douleur confiés à l'amitié, les croyant confiés à une tombe.
Mais il fallait bien, pour l'honneur qui fut pendant trente ans son étoile et son idole, le montrer tel qu'il était, avec son âme de héros tragique des temps chevaleresques, superbe dans ses faiblesses ^mêmes.
Il fallait bien démontrer à quel point il avait été méconnu et calomnié, pour le réhabiliter et le venger, et pouvais-je le faire mieux qu'en le laissant parler lui-même^ en lui faisant répéter tout haut, à tous ces pauvres gens pour lesquels il voulait encore vivre, ce qu'il avait dit tout bas à l'ami s'efforçant de lui donner ses consolations.
Le peuple, et peut-être la postérité^ jugeront. J'ai assez de confiance dans leur verdict pour croire qu'il
exprimera d'amers et bien inutiles regrets que cet homme et ce soldat n'ait pu accomplir sa mission dans son pays où dominaient les intrigues et la corruption, et je compte assez sur la justice de l'un et de l'autre pour crier les invectives de la malédiction contre ceux qui l'ont perdu, trahi et condamné à cette proscription qui, en tuant sa compagne, devait le tuer lui-môme.
Je les laisse à leurs remords s'ils en peuvent avoir et à la justice populaire qui, parfois^ se fait Texécutrice de la justice divine.